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Hors-jeu: Merci les Flames

Jean Dion   27 mai 2004  Actualités sportives
Vous, vous êtes plutôt indépendants de nature, à ce qu'on raconte, et cela est tout à votre honneur, mais pas moi. Il est ainsi, mononcle Rogatien: suiveux. Il aime faire comme tout le monde, penser comme tout le monde, se fondre dans le consensus mou. Tenez, par exemple, quand il se rend assister à un événement sportif et qu'au tableau indicateur il est écrit «Bruit», mononcle Rogatien fait du bruit. Si le DJ de l'amphithéâtre — en général un intellectuel de centre-gauche modéré spécialiste du divertissement des masses — fait jouer l'imbuvable We Will Rock You, il va taper des mains au rythme de l'horripilante mélodie. C'est sa façon d'être en harmonie avec le monde.

Aussi Rogie se sent-il tout Canada à ce moment ici à l'occasion de cette série finale pour l'obtention de la précieuse coupe Stanley. Par la grâce de l'intercession des Flames de Calgary. Quelle belle histoire que la leur, tout de même. Un véritable conte de fées. Oui oui, de fées. C'est ce qu'ils ont dit, l'autre jour, à la télé: un conte de fées. Une équipe Cendrillon. Le gars en plastique qui animait a même fait une allusion littéraire à la citrouille et à la gougoune de vair.

Avant-hier, le Globe and Mail, qui n'est pas précisément une feuille de chou, publiait même un cahier spécial sur les Flames de Calgary. Manchette: «Canada's Team». Et Jarome Iginla est Canada's Captain (il a succédé à Brian Tobin, faut-il déduire). En plus, à la radio, il y avait un gars qui disait que c'était bien beau, Vincent Lecavalier et Martin Saint-Louis et André Roy et Éric Perrin et Brad Richards et le chaud soleil de la Floride, mais lui, il prenait pour les Flames à cause du Canada. Bien d'accord. En examinant attentivement la question, on constate qu'il y a un peu de Calgary dans nous tous, et un peu de nous tous dans Calgary. Cela sans parler de Martin Gélinas, l'autre p'tit gars de Shawinigan.

Et puis et puis et puis. Auriez-vous opportunément noté, dans vos temps libres, que les Flames sont, depuis l'époque immémoriale qui nous ramène avant qu'il n'y eût que juste six équipes, la seule franchise à être partie des États pour s'installer en Canada? Farpaitement. Ils étaient d'Atlanta, les Flames, jusqu'en 1980. Vous en souvient-il, Boom Boom Geoffrion avait entraîneur-en-cheffé là-bas, et les noms enchanteurs des joueurs flanquent aujourd'hui encore le cafard de la nostalgie mal assumée: Larry Romanchych, Bobby Lalonde, Butch Deadmarsh, Vic Mercredi, Miles Zaharko, Noel Price, Darcy Rota, Harold Philipoff.

Les Nordiques sont partis aux États, les Jets ont filé aux States, les Whalers et les North Stars et les Golden Seals et les Rockies et les Scouts et les Barons ont déménagé mais sont demeurés aux USA, alors que les Flames, eux, n'ont pas eu peur de nos taxes absurdement élevées, de notre monnaie de singe, de nos discussions constitutionnelles ou du chinook descendu des Rocheuses. Je pense, très sincèrement, qu'il y a là une authentique leçon d'espoir, surtout à l'orée d'une campagne électorale fédérale qui s'annonce riche en péripéties. Merci les Flames.

Par ailleurs, je ne sais trop si vous croyez aux coïncidences ou si vous pensez qu'il ne s'agit que d'événements qui s'adonnent à survenir en même temps par hasard, mais il faut noter un fait igné: dans cette finale, les Flames affrontent le Lightning. Flammes et foudre, pour les d'entre vous qui tenez un lexique de la chose du sport. Or ce qui devait arriver arriva. Juré, c'est vrai, il est fini le temps où j'inventais des affaires pour me rendre intéressant. Ayant acquis une relative maturité, étant parvenu à l'âge d'homme, je fais maintenant profession de vérité, et tout ce qui est contenu ici s'ancre dans la réalité tangible et a été vérifié, revérifié, contre-vérifié et autorisé par Samson Bélair, le frère de Serge, lui-même en personne.

Bref, pendant le premier match entre les Flames et le Lightning, aussi incroyable que cela puisse paraître sembler, un incendie imputable à une défectuosité du réseau électrique s'est déclaré au domicile d'un joueur du Tampa Bay. Flames, Lightning, incendie, vous allez dire que cette histoire sent le roussi, mais cela ne l'empêche pas pour autant d'être vraie. Et quel est le nom du joueur, vous pensez, chez qui s'est produit ce fâcheux incident? Boyle.

***

Par ailleurs encore, mais pas à la même place que tout à l'heure comme nous allons bientôt le voir, la présence des Flames de Calgary dans la série ultime est certainement attribuable en bonne part — entre 62 % et 71 %, selon le relevé hebdomadaire de Statistique Canada dont mes sources ont obtenu copie en le commandant comme tout le monde — à leur gardien Miikka Kiprusoff, qui a multiplié les exploits depuis le début du détail. Déjà, c'est pas mal comme nom: Miikka. Toujours élégant, le i doublé. J'ai envie d'essayer ça, tenez. Dorénavant, ce sera Rogatiien.

Donc, oui, Kiprusoff est un Finlandais. Né à Turku, tout comme Saku Koivu, Aki Berg, des Maple Leafs, et Sami Salo, des Canucks (et là, il vous est loisible de différer d'opinion, mais je crois qu'avec autant de beaux talents, il est légitime de commencer à parler de pépinière). Ce qui m'a évidemment incité à communiquer avec M. Bergeron, ex-correspondant de Hors-Jeu à Helsinki maintenant installé en banlieue à Espoo (patrie de Jere Lehtinen, des Stars, et, soit dit en passant, question d'éviter toute malencontreuse confusion, ce n'est pas Helsinki qui est installé à Espoo mais M. Bergeron), pour lui demander: «Dis donc, vieille branche, toi la bête mondaine, toi par qui la rumeur publique fait inévitablement étape, toi qui sais énormément de choses quoique moins que moi, dis donc, la verte Finlande effervesce-t-elle au vu des prouesses de son fils Miikka, hum, et, si oui, de quelle manière exprime-t-elle sa liesse et son compréhensible orgueil?»

Ce à quoi M. Bergeron a répondu que, de façon tout à fait déplorable, il était très occupé par les temps qui courent, de telle sorte qu'il n'avait donc pas trop le temps de suivre le hockey.

C'est bête de finir une chronique comme ça, non?

jdion@ledevoir.com
 
 
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