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    Éditorial

    Sport professionnel: Calgary résiste aux Flames

    Dans quelle mesure les équipes de sport professionnel peuvent-elles s’attendre à recevoir l’appui des contribuables pour financer leur présence dans une ville ? Lundi dernier, les électeurs de Calgary ont réélu le maire Naheed Nenshi qui résiste à décrocher la lune pour retenir les Flames, l’équipe de hockey locale.


    Depuis son élection, il y a quatre ans, le maire de Montréal, Denis Coderre, défend activement l’idée du retour des Expos dans un nouveau stade.

     

    Qui financerait une telle infrastructure ? Trop tôt pour le dire, mais tout le monde sait bien que toutes les équipes exigent désormais la construction d’un équipement moderne aux frais des contribuables comme condition de base.

     

    Ce qui fait dire à la candidate de Projet Montréal, Valérie Plante, qu’il faudra tenir un référendum si jamais le projet avance. Ce à quoi s’oppose le maire Coderre, on devine pour quelle raison.

     

    À Calgary, cette semaine, les électeurs ont réélu leur maire de justesse malgré la menace des propriétaires des Flames de quitter la ville. Pourtant, Calgary n’a pas dit non à une aide publique, au contraire. Elle a seulement fixé le plafond de sa contribution au tiers des coûts d’un nouvel aréna, soit 185 millions de dollars, incluant un terrain au centre-ville et la démolition du bâtiment existant vieux d’à peine 34 ans.

     

    La Ville s’engage aussi à percevoir une taxe spéciale sur chaque billet d’admission pour couvrir un deuxième tiers des coûts de construction de l’amphithéâtre. En revanche, l’équipe paierait les taxes locales, comme tout le monde.

     

    Pas mal pour un maire que le directeur des communications des Flames s’est permis de traiter « d’arrogant » dans un tweet incendiaire publié le soir des élections, le qualifiant de « pire que Donald Trump » tout en prévenant les gens de « se préparer au désastre ».

     

    Mais que veulent ces propriétaires au juste ?

     

    Que la Ville assume 225 des 500 millions pour la construction, qu’elle fournisse le terrain et prenne à sa charge la démolition de l’ancien aréna, qu’elle accorde une option d’achat sur les terrains situés à proximité pour du développement immobilier, qu’elle oublie les taxes locales et rembourse les taxes provinciales sur les immeubles, qu’elle abandonne les revenus de stationnement et concède même une partie des gains du Casino Stampede, sans oublier la gratuité du transport en commun les soirs de joute de l’équipe. Le beurre, l’argent du beurre et la vache du cultivateur.

     

    Le mois dernier, le commissaire de la LNH, Gary Bettman, s’est rendu lui-même à Calgary pour expliquer au maire Nenshi qu’un éventuel départ des Flames mettrait fin à sa carrière politique. Les électeurs décideront, a-t-il prévenu. Comme si ces derniers avaient besoin des conseils de cet énergumène aux poches trop profondes pour décider !

     

    La victoire du maire Nenshi dans un contexte difficile financièrement à cause de la crise pétrolière est une réponse à Gary Bettman et aux milliardaires du sport professionnel. De toute façon, nouvel aréna ou pas, les Flames ne quitteront pas Calgary, c’est écrit dans le ciel.

     

    Chez nous, à Québec, la Ville et le gouvernement Charest ont cédé aux pressions des amateurs de hockey, des animateurs de radio et du groupe Québecor qui étaient tous convaincus que la construction d’un amphithéâtre moderne suffirait pour séduire l’ineffable Monsieur Bettman. Ils ne sont pas les seuls, d’autres villes ont commis cette erreur d’appréciation.

     

    Avant même la fin de la construction, les plus mordus étaient persuadés d’assister à un match des nouveaux Nordiques dès l’automne 2015. Compte tenu des 650 millions requis pour faire l’acquisition d’une concession, Québecor s’était alors lancée à la recherche d’un partenaire tout en signant des contrats de publicité à tarif double : avec ou sans la présence d’une équipe de la LNH.

     

    Deux ans plus tard, l’espoir est toujours là, mais les faits sont aussi têtus que Gary Bettman qui, de son côté, a préféré Las Vegas, ville du désert, à Québec pour compléter son circuit.

     

    En attendant le jour N, une majorité de Québécois et leur maire s’enorgueillissent encore d’avoir convaincu le gouvernement d’investir 200 millions dans un centre multifonctionnel très moderne, mais ils doivent assumer les coûts de leur investissement en plus d’une partie des déficits annuels du locataire des lieux, Québecor.

     

    Donnez-leur du pain et des jeux, ironisait Juvenal, mais la prochaine fois, essayez le référendum.













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