Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous
    JO de 2024

    Tollé contre le slogan olympique de Paris en anglais

    11 février 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Actualités sportives
    Le comité d’organisation de Paris a affiché la semaine dernière son nouveau slogan sur la tour Eiffel.
    Photo: François Mori La Presse canadienne Le comité d’organisation de Paris a affiché la semaine dernière son nouveau slogan sur la tour Eiffel.

    En affichant sur la tour Eiffel vendredi dernier le nouveau slogan de la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024, le comité d’organisation ne s’attendait pas à un tel tollé. Le choix d’un slogan en anglais, « Made for Sharing » (Fait pour être partagé), a aussitôt déclenché une petite tempête médiatique. De l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par les organisations de défense de la langue française, la décision a provoqué des dizaines de protestations. Sans compter la tornade qui s’est emparée des réseaux sociaux.

     

    Même le président François Hollande a exprimé son étonnement lundi dernier alors qu’il remettait les insignes de Grand Officier de la Légion d’honneur à l’ancienne ministre des Relations internationales du Québec Louise Beaudoin. Après avoir expliqué le combat de Louise Beaudoin pour la langue française, il a aussitôt abordé la question le sourire en coin.

    Il est important que dans le mouvement olympique on reconnaisse que le français est la langue de Pierre de Coubertin
    François Hollande

    « Vous estimez qu’on ne peut pas défendre la Francophonie si on ne commence pas à parler français là ou, d’ailleurs, le français est une langue reconnue, a-t-il déclaré. C’est vrai également dans le mouvement olympique. […] Il est important que dans le mouvement olympique on reconnaisse que le français est la langue qui est celle de Pierre de Coubertin […] même si c’est vrai qu’il faut se faire accepter par les autres. »

     

    Dans l’entretien qui a suivi, le président qui quittera bientôt l’Élysée a semblé partager l’irritation bien visible de l’écrivain québécois et académicien Dany Laferrière sur le sujet ainsi que l’incompréhension de Louise Beaudoin. « Je ne comprends pas comment on peut prendre une telle décision », a-t-elle déclaré. Le slogan précédent du comité d’organisation était pourtant on ne peut plus français : « Le rêve nous rassemble ».

     

    « Business globish »

     

    Le jour du dévoilement du slogan, cinq associations de défense de la langue française ont unanimement réagi dans un communiqué commun. Les signataires rappellent que le français est l’une des deux langues officielles du mouvement olympique et que la loi française du 4 août 1994 prescrit qu’elle est « obligatoire pour toute publicité écrite, parlée ou audiovisuelle ». Ils appellent l’État français à « faire respecter la langue nationale qui se trouve être aussi la langue de la Francophonie internationale et la langue officielle des Jeux olympiques ».

     

    Selon les auteurs, « l’olympisme n’a que faire d’une pseudo-langue unique mondiale, ce business globish totalitaire qui insulte à la fois la langue de Molière et la biodiversité culturelle indispensable à l’humanité. » Ces organisations devraient intenter un recours devant les tribunaux dans les jours qui viennent.

     

    Surpris d’une telle levée de boucliers, à sept mois du choix du comité olympique qui devra trancher entre Paris, Los Angeles et Budapest, le coprésident de Paris 2024, Tony Estanguet, a expliqué qu’il voulait « donner un caractère universel au projet français ». Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, a aussi tenté de justifier ce slogan en affirmant que « le CIO, qu’on le veuille ou non, c’est bien triste peut-être, diront certains, mais c’est une réalité, c’est 80 % d’anglophones ».

     

    Selon le judoka Teddy Riner, ambassadeur de la candidature de Paris, « pour se faire comprendre, il n’y a pas 36 000 langages ». Les organisateurs ont plaidé que le slogan serait traduit par « Venez partager ». Mais cette traduction n’était visible ni sur la tour Eiffel ni sur les affiches. Son inexactitude fait d’ailleurs débat.

     

    La « carpette anglaise » ?

     

    En pleine campagne présidentielle, l’indignation a aussi gagné le monde politique. « Ce n’est pas en singeant les Anglo-Saxons que nous ferons briller la France dans le monde. Cela me choque beaucoup. Le monde attend que la France soit la France », a déclaré le vice-président du Front national, Florian Philippot, sur les ondes de RTL.

     

    Selon lui, « nous n’avons pas plus de chances en parlant anglais à l’international qu’en parlant français ». Il en a profité pour tacler le candidat à la présidence Emmanuel Macron, qui a fait un discours en anglais à Berlin.

     

    Même indignation à l’autre bout du spectre politique chez les communistes du PCRF qui dénoncent « un esprit de vaincus ou de colonisés ». Le petit parti souverainiste Debout la France a aussi déclaré, par l’entremise de l’historien Éric Anceau, que « les étrangers aiment la France parce qu’elle est la France. Pas parce qu’elle capitule devant l’anglais ». Son président, Nicolas Dupont-Aignan, a déploré « la deuxième mort de Pierre de Coubertin ». Certains s’attendent à une intervention prochaine du leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon.

     

    Du côté de l’Organisation internationale de la Francophonie, qui désigne à chaque édition un Grand Témoin afin de faire rapport sur l’utilisation du français lors des jeux, il n’y a pas eu de protestation officielle. La secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, a cependant tweeté : « C’est en français que Pierre de Coubertin amena le monde à partager l’idéal olympique. Saluons Paris 2024 pour des JO sous le signe du partage ! »

     

    Étrangement, ce slogan est loin d’être nouveau. Il a déjà été utilisé par Cadbury, Burger King, Vodaphone et le confiseur Quality Street. Selon Le Figaro, la formule n’était plus déposée. Nul doute que le comité organisateur, la ville de Paris et sa mairesse, Anne Hidalgo, seront candidats l’an prochain au prix de la Carpette anglaise ironiquement décerné chaque année à une personnalité ou un organisme français qui s’acharne à promouvoir la domination de l’anglais en France.

     

    L’an dernier, le prix est allé à Anne-Florence Schmitt, directrice de la rédaction de Madame Figaro, « pour l’abus constant d’anglicismes et d’anglais de pacotille, dans cette revue destinée à un large public féminin » et à la très respectée École normale supérieure (ENS), qui « développe des filières d’enseignement uniquement en anglais ».













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.