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    Montréal, c’est du sport (5/10)

    Plus vite, à deux roues

    Les sœurs Coles en 1916, lors d’un périple les menant de Montréal à Ottawa
    Photo: Archives photographiques Notman - Musée McCord Les sœurs Coles en 1916, lors d’un périple les menant de Montréal à Ottawa

    L’histoire de Montréal, c’est aussi l’histoire des sports qui s’y sont pratiqués. À l’occasion du 375e anniversaire de la métropole, cette grande série explore les enjeux politiques, culturels, sociaux et économiques autour de différents sports marquants dans l’histoire de la ville. Cinquième de dix articles.


    En mars 1925, les différents clubs cyclistes du Québec se réunissent à Montréal, au café Joffre, pour former une fédération. À l’été, une de leurs premières actions communes sera de demander à la Ville de Montréal de modifier « le règlement qui prescrit que tout vélocipède ne peut être conduit à une vitesse de plus de huit milles à l’heure ». Les cyclistes pestent contre le nouveau règlement 77 qui, à l’article 890, indique que la bicyclette ne peut circuler plus vite sous peine d’amende.

    Photo: Collection Jean-François Nadeau Jules Audy, une des grandes vedettes des courses du Forum dans les années 30 (ici en 1937)

    Après avoir connu un déclin au début du XXe siècle, le vélo retrouve son élan dans l’entre-deux-guerres. Du côté de la compétition cycliste, tout à la fois reflet et témoin de cette vitalité retrouvée, on observe sept clubs en 1925. Plus de 500 membres participent à des courses, souvent organisées dans les environs du boulevard Saint-Joseph.

     

    Le cyclisme a fait sensation dès le XIXe siècle à Montréal. Des champions y sont célébrés, comme Curtis Boisvert, cycliste professionnel canadien-français qui, dans les nombreux vélodromes des États-Unis où il se fait applaudir, est connu sous le nom de… Greenwood.
     

    À Montréal, des pistes cyclables apparaissent dès 1874. Une carte des différentes pistes cyclables de Montréal et des environs est publiée en 1897. Rien à voir bien sûr avec les espaces balisés d’aujourd’hui.

     

    Au vélodrome de Verdun, une des nombreuses pistes en bois que comptera le Québec, une foule compacte assiste aux championnats du monde de la discipline en 1899. Des gens viennent de partout. On applaudit Curtis Boisvert et on observe de près les prouesses du cycliste noir Major Taylor, le grand champion international de ce nouveau sport, malgré le racisme dont il est victime.

     

    Un cycle révolutionnaire

     

    À la même époque, le vélo devient le moteur d’une révolution pour les femmes. Afin de pouvoir profiter de la liberté offerte par cette monture qui n’a pas besoin d’être sellée et nourrie, il faut d’abord libérer son corps des entraves des corsets, des crinolines, des dentelles fines, des frous-frous. La pratique du vélo est un enjeu social pour les Montréalaises : il suscite l’envie autant que la méfiance, voire les condamnations.

     

    Joséphine Marchand-Dandurand, qui ouvre la porte au journalisme féminin à Montréal, écrit ceci en 1893 : « Ce que je crains moi, c’est que le règne de la pédale et du guidon ne nous fasse une génération de filles athlètes en bottes carrées, en jupon court et aux mains déformées. Que deviendront les arts gracieux entre ces mains alourdies ? Que deviendront le piano, le pinceau et l’aiguille ! Que fera-t-on des livres et qu’adviendra-t-il de la science si délaissée de la conversation ! »

     

    Quoi qu’on dise, les femmes s’emparent du vélo. Elles participent à des courses sur route comme sur piste. En 1932 par exemple, la cycliste canadienne-française Gisèle Paquette gagne à Montréal une course de 12 milles où elle brise le record masculin, en parcourant la distance en 28 minutes, soit une moyenne de 41,4 km/h.

     

    Les femmes sont nombreuses à utiliser dans toute la ville le vélo comme mode de déplacement ou pour le seul plaisir de filer comme le vent, sans contrainte.

    Photo: Collection Jean-François Nadeau Au vélodrome de Verdun, on observe de près les prouesses du cycliste noir Major Taylor, le grand champion international de ce nouveau sport, malgré le racisme dont il est victime.
     

    Ralentissement

     

    Mais après le grand élan qu’il connaît au XIXe siècle, le vélo va perdre de la vitesse. À Montréal, en 1898, les autorités recensent 7973 bicyclettes alors que la population de la ville est d’environ 325 000 personnes. Deux ans plus tard, le nombre de deux-roues recensés par la municipalité a baissé de 54 %.

     

    Il faudra du temps pour que le vélo, supplanté par l’effet de nouveauté de l’apparition de l’automobile, fasse à nouveau son nid dans les consciences.

     

    En 1911, dans une entrevue au nouveau quotidien Le Devoir, le président du Montreal Bicycle Club, qui est aussi président du club de raquetteurs Montreal Snowshoe, affirme qu’il a l’intention de relancer le cyclisme. Il souhaite à cette fin présenter des épreuves durant les pauses des très populaires parties de crosses disputées sur le terrain de la Montreal Amateur Athletic Association.

     

    En 1913, quelques courses cyclistes sont à nouveau organisées à Montréal par le club Apollo. Elles laissent croire un instant que le vélo connaît un regain de popularité. Environ un tiers des participants à ces courses sont alors d’origine italienne, mais les Canadiens français continuent de s’y intéresser de près.

     

    Cette année-là, un promoteur du nom d’Henri Hubert tente d’attirer des foules à l’hippodrome du parc de Lorimier, aujourd’hui le parc Baldwin. À la fin de l’été, de la mi-août à la fin septembre, la foule assiste à des courses de motocyclistes et de cyclistes. Ses spectacles, présentés le dimanche sur la piste pour chevaux trotteurs, attirent jusqu’à 2000 personnes, qui payent leur place 25 sous chacun. Mis au fait de ces compétitions qui ne sont pas sanctionnées par la Canadian Wheelmen’s Association, le président de l’organisation, Louis Rubinstein, proteste. Une polémique éclate. Les uns et les autres s’envoient au diable.

     

    Louis Quilicot, fils d’un ingénieur venu organiser la construction d’un tunnel ferroviaire sous le mont Royal, va beaucoup contribuer à revaloriser le cyclisme. À compter de 1915, il organise un système de location de vélos et fonde un club cycliste, tout en faisant aussi, l’hiver venu, la promotion du patinage de vitesse et de la raquette. Quilicot sera pendant des années une incontournable figure paternelle du vélo à Montréal.

     

    Avec les membres du Club cycliste Sylvestre, Quilicot soutient la construction d’un nouveau vélodrome au parc Jarry à l’été 1929. Le parc se trouve encore loin du bourdonnement de la ville : on y voit des vaches qui paissent. La construction nécessite 23 000 planches de pin blanc. Les virages de cette piste très abrupte ont une inclinaison de 49 degrés.

     

    En raison de la crise économique qui s’abat sur les années 1930, le bois des estrades du vélodrome Jarry disparaît : on le vole nuitamment pour se chauffer… Comme la piste n’est pas protégée des intempéries, la pluie et la neige torturent le bois. Il faut changer plusieurs planches à chaque nouvelle saison de course.

     

    Hockeyeurs cyclistes

     

    Le cyclisme profite alors d’un phénomène de popularité international. Des courses sont organisées dans l’enceinte du Forum à partir de juin 1929. On y construit pour chaque épreuve une piste de bois neuve, aux virages serrés.

     

    Ces courses sur piste au Forum attirent des foules considérables. L’assistance est plus importante que pour les parties de hockey. C’est en fait la lutte et le cyclisme qui assurent alors un public important en ce lieu. Le hockey n’a pas encore connu l’élan de popularité pour ce sport à l’ère de Maurice Richard.

     

    Dans les années 1930, le club de hockey du Canadien a d’ailleurs ses représentants cyclistes, dans l’espoir sans doute d’augmenter sa popularité. Les cyclistes professionnels locaux revêtent les couleurs du club de hockey local.

     

    Ils s’affrontent en équipe de deux dans des épreuves qui durent six jours et six nuits. Tout autour d’eux, on chante, on mange, on chante. Les notables viennent s’y faire voir, en offrant parfois des prix en argent ou en se faisant photographier auprès des favoris de la foule, comme Joseph Laporte, Zénon Saint-Laurent, Jules Audy ou le jeune René Cyr.

     

    Un affrontement symbolique entre différentes nations se joue dans ces courses. Selon les besoins de ce théâtre roulant, les Canadiens français représentent souvent des coureurs parisiens… Les vrais Allemands Kilian et Vopel, très acclamés à Montréal avant la guerre, n’hésitent pas à afficher le drapeau à croix gammée à côté de leurs quartiers…

     

    À cause de la Seconde Guerre mondiale, ces courses internationales s’arrêtent. Elles peineront à reprendre ensuite, les modes sportives fabriquées par l’argent des commanditaires s’étant tournées vers d’autres sports. Le vélo n’en regagnera pas moins en popularité à Montréal à compter des années 1960, jusqu’à connaître l’engouement qu’on lui connaît aujourd’hui, à la suite d’un renouvellement d’intérêt à compter des années 1990.

     













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