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Hors-Jeu: Et l'Allemagne gagne 1-0

Jean Dion   22 juin 2002  Actualités sportives
Je vous jure, quand les temps seront consommés, le Créateur reviendra dans toute sa gloire, il examinera tout ça, il reliera le Ciel et la Terre, il séparera les justes des pécheurs et il annoncera que, tout bien considéré, ça se termine 1-0 pour l'Allemagne.

Non mais ça devient lassant, je ne sais pas si vous trouvez. En 15 participations à la Coupe du monde, une dixième présence en demi-finale pour la Mannschaft: plus régulier que ça, tu fais des annonces de fibres. Et puis, toujours, cette prestation mécanique, huilée, terne comme un matin de novembre dans une zone industrielle du bassin de la Ruhr, si magnifiquement huilée que même en cas de pépin elle trouve le moyen de s'en sortir. Ainsi hier des États-Unis d'Amérique, courageux garçons quelque idée que l'on entretienne à l'égard du pays qui les a vus naître, qui ont dominé le match et ont même été escroqués d'au moins un penalty mais ne sont jamais parvenus à ébrécher le bien nommé «Mur de Berlin» et son architecte en chef, le gardien Oliver Kahn.

On regarde jouer l'Allemagne, on s'enfonce dans son sofa mordoré en véritable imitation de simili-cuirette, on se prend à ronronner, et puis hop, le commentateur déclare sur un ton neutre et monocorde que la chose est chose du passé et que l'Allemagne a gagné 1-0.

Quelqu'un quelque part qui n'avait pas tort du tout a déjà dit que le football germanique était bâti à l'image d'une Mercedes: on ne sent rien, puis on est arrivé.

Remarquez qu'on peut dire cela de la morphine et de la mort, aussi.

Merveilleux exercice, du reste, que de s'offrir un tel spectacle à l'occasion de la Journée de la lenteur.



Kahn a sauvé la mise pour son équipe, David Seaman, lui, le keeper anglais, l'a perdue. Tenez, une petite anecdote pour s'égayer un peu le long congé.

Un jour, quelqu'un quelque part avait demandé à Jacques Plante si, malgré une cage à protéger beaucoup moins considérable que celle d'un gardien de soccer, il trouvait son métier stressant. «Si, à chaque fois que vous commettiez une erreur dans votre travail, une lumière rouge s'allumait dans votre dos et que 15 000 personnes vous criaient après, ne ressentiriez-vous point un certain stress?», avait-il répondu, peut-être pas en utilisant le mot «point» ni en maniant le conditionnel avec autant de brio, mais vous voyez un peu le topo.

Avant le match d'hier contre le Brésil — qui était moins un grand cru qu'un petit cuit, si on me permet cette vigoureuse prise de position éditoriale —, Seaman n'avait concédé qu'un but en quatre rencontres. Sur le premier, Ronaldinho, qui a monté comme s'il avait tous les feux de l'enfer aux fesses et un sanglier sur un autre (feu) et l'a glissée à Rivaldo, il n'y avait autant rien à faire qu'en Angleterre lorsqu'on a envie d'un bon souper. Mais sur le second, le très long coup franc du même Ronaldinho, Seaman a triché, il s'est trop avancé dans l'espoir probable de contrer une reprise de tête, et le jeune lui a placé ça dans la lucarne, de l'authentique chirurgie, n'empêche que c'était arrêtable.

Vu du salon, du moins, ça l'était.

Et voilà Seaman en bouc émissaire, un autre David coupable quatre ans après que Beckham eut pris un carton rouge contre l'Argentine, qui dit qu'il espère que les gens ne se souviendront pas seulement de ce coup-là mais qu'il serait mal placé (deux fois dans la même journée, dites donc) pour les en blâmer parce que lui-même aura du mal à l'oublier. Après le match, il en a pleuré. À 37 ans.

Ce qui me rappelle qu'il faudra que j'appelle Rodger à Bonsoir les sportifs pour lui jaser un peu de l'importance des gardiens de but dans le merveilleux monde du sportª qui peut parfois être si cruel.



Dans la série «N'importe quoi, Italian style», on raconte que les tifosi de la péninsule ne décolèrent pas devant le traitement qu'ont fait subir à la Squadra Azzurra les arbitres du Mondial, et particulièrement l'Équatorien Byron Moreno, qui a présidé au huitième de finale Italie-Corée du Sud. Selon mes sources stratégiquement postées dans les toilettes de l'aéroport international de Séoul-Kimpo, une altercation est d'ailleurs survenue au lendemain du match lorsque Moreno et quelques joueurs italiens s'y sont croisés (à l'aéroport, pas dans les toilettes) et que l'officiel a expliqué qu'il n'avait aucun regret et que tout ça ne serait jamais arrivé si eux, les vedettes du foot international, avaient profité des deux filets déserts s'étant présentés à eux au fil de la bataille.

Colère? Après l'incident d'Ahn Jung-hwan, le marqueur coréen du but vainqueur en prolongation répudié par le président de son club de Pérouse, le ministre des Sports de l'Italie a fait savoir qu'il envisageait d'édicter une nouvelle règle restreignant l'embauche de joueurs étrangers par les équipes du Calcio. Et puis, interrogé à savoir si la mésaventure italienne au Mondial reflétait l'«incompétence» des arbitres ou l'existence d'un «complot», l'entraîneur de la sélection nationale Giovanni Trapattoni a répondu: «Je ne sais pas.»

Mais certains semblent avoir une petite idée. Ainsi le diffuseur d'État italien, RAI, qui a déboursé des millions de beaux dollars pour obtenir les droits de présentation de la Coupe du monde au pays, «songe à intenter une poursuite contre la FIFA, arguant qu'un mauvais arbitrage était à blâmer pour la sortie prématurée de l'Italie du tournoi», rapporte l'agence Reuters.

«La société a indiqué qu'elle avait demandé à ses conseillers juridiques d'examiner la possibilité d'un recours en justice afin d'obtenir remboursement des revenus perdus. L'élimination de l'équipe italienne, a-t-elle fait valoir, "fut la conséquence d'erreurs d'arbitrage claires et reconnues par tous, si évidentes qu'on pourrait soutenir qu'elles découlent d'une grossière négligence ou de fraude".»

Voilà. Et maintenant, Forza Sénégal. Si, bien sûr, il n'est pas trop tard.

jdion@ledevoir.com
 
 
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