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    De plus en plus nombreux à battre le bitume

    Dans le monde, la course à pied suscite un engouement renouvelé

    Nadia Bolduc a terminé les 42 kilomètres en 2h51 et remporté dimanche le marathon de Montréal chez les femmes.
    Photo: Mirabelle Ricard Nadia Bolduc a terminé les 42 kilomètres en 2h51 et remporté dimanche le marathon de Montréal chez les femmes.

    Maxime-Olivier Leclerc a été emporté par la quatrième vague du Marathon de Montréal, lancée à 8 h 40 sur le pont Jacques-Cartier. La pluie l’a franchement dérangé pendant les dix premiers kilomètres, surtout les flaques d’eau, en fait. Rendu à mi-course, après le 21e kilomètre, son temps dépassait à peine 1 h 30, son résultat de l’année dernière au demi-marathon. Il a su maintenir l’exigeante cadence pour finalement passer l’arche des champions du parc La Fontaine après 42 km et 3 h 10 de course. Respect et hommage !

     

    « C’est la chose la plus dure que j’ai faite dans ma vie », a dit Maxime-Olivier, en confidences téléphoniques, deux heures après l’exploit. « Je suis épuisé. Tous les muscles de mon corps me semblent vidés. »

     

    Il en a pourtant vu d’autres le jeune collègue de 29 ans, responsable du service à la clientèle, distribution et tirage du Devoir. Grand, svelte, il semble toujours avancer deux fois plus vite que tout le monde dans les couloirs de l’entreprise. « J’ai un côté un peu hyperactif et j’ai besoin de bouger. »

     

    Il a assouvi ce besoin en pratiquant la natation, une vingtaine d’heures par semaine, pendant toute son enfance. Il y a deux ans, il s’est inscrit à un club de gym où il a découvert qu’il détestait l’entraînement avec des machines, sauf la course sur tapis roulant. Le passage au jogging dans la rue s’est fait tout seul.

     

    Récréatif et démocratique

     

    Maxime-Olivier n’est pas seul à battre le bitume crevassé et défoncé de la ville. Les rues de Montréal comme de la majorité des villes du pays et du monde se remplissent de coureurs plus ou moins jusqu’au-boutistes.

     

    « Les statistiques montrent le même regain au Canada, aux États-Unis et en France », dit Blaise Dubois, physiothérapeute du sport, consultant mondialement recherché par les équipes d’entraînement, pilier de La clinique du coureur. « Il y a de plus en plus de monde qui court, et je crois que le boom est actuellement plus fort que dans les années 1980, avec une clientèle bien différente. Il y a trois décennies, la course attirait les jeunes hommes performants. Maintenant, c’est beaucoup plus récréatif et démocratique. »

     

    Les preuves de la nouvelle passion pour la course s’accumulent. Le site iskio.ca calcule que le nombre de coureurs finissants chronométrés dans les épreuves de course du Québec est passé de 38000 en 2008 à près de 140 000 en 2012. La proportion des femmes augmente sans cesse. Le nombre de courses organisées aussi. Il s’en est ajouté 60 juste l’an dernier.

     

    Ils étaient plus de 32 000 inscrits à prendre part dimanche à l’une ou l’autre course (1 km, 10 km, 21 km, etc.), dont 4000 marathoniens. La compétition affichait complet depuis juin dernier. « La mode entraîne la mode », dit encore M. Dubois. Comme pour couronner cet engouement, deux Québécois, David Savard-Gagnon (en 2 h 30) et Nadia Bolduc (en 2h51) ont remporté les honneurs de la longue et harassante épreuve.

     

    Maxime-Olivier Leclerc a peaufiné son entraînement pendant seize semaines en suivant les conseils de Jean-François Harvey dans son livre Courir mieux (Les éditions de l’homme). Les librairies proposent des dizaines d’ouvrages sur la course, dont au moins six ou sept récents d’auteurs québécois. Pas, chroniques et récits d’un coureur d’Yves Boisvert est du lot. Le chroniqueur de La Presse y raconte son parcours de sportif à l’origine « notoirement médiocre » devenu sur le tard, au mi-temps de l’âge, un marathonien accompli. Il courait à Montréal dimanche.

     

    « C’est le meilleur rapport qualité-prix, mais aussi efficacité-temps pour s’entraîner », expliquait-il en entrevue la semaine dernière. Il se décrit comme un amateur enthousiaste ou un témoin privilégié de sa propre expérience. « Je me suis investi là-dedans à ma grande surprise et ça a marché. C’est un sport qui se pratique avec peu d’équipement, n’importe où. »

     

    Le vide et le plein

     

    D’accord, mais ce n’est pas nouveau. Alors pourquoi la course est-elle si populaire ? « C’est peut-être aussi parce qu’elle remplit un vide, comme le yoga, qui comble un vide existentiel ou spirituel, répond le coureur essayiste. J’y vois aussi une manière de retarder les effets du vieillissement et un enjeu de santé publique. Même en commençant à s’entraîner tard, comme je l'ai fait, on éprouve un sentiment un peu euphorique devant les progrès rapides. »

     

    Blaise Dubois ajoute que les milliers d’études savantes sur la course peuvent se résumer à trois conseils de base : il faut des chaussures relativement minimalistes, sans systèmes d’absorption ou de contrôle des mouvements ; il faut une cadence relativement élevée (autour de 180 pas par minute) ; il faut courir avec le plus de légèreté possible, en faisant le moins de bruit possible.

     

    Évidemment, le commerce fait croire au besoin de 1000 $ d’équipement, y compris une montre-ordinateur-GPS, des bas compressifs et une ceinture de bouteilles hydratantes. Une frange de l’upper-high-class se déplace maintenant à travers le monde d’une course glamour à l’autre. Et il y a évidemment toujours un militant des semelles prêt à organiser et à médiatiser une sortie pour appuyer une bonne cause. Au secours !

     

    « Ce que j’aime moi, comme journaliste, c’est que depuis que j’ai écrit Pas, presque chaque jour je reçois un courriel qui ne me parle pas de la Charte des valeurs ou de la commission Charbonneau, dit finalement Yves Boisvert. Les gens me parlent de course à pied, un sujet rassembleur. Ils me racontent leur émerveillement devant cette activité et, moi aussi, j’ai l’impression de me libérer des charges du quotidien quand je cours. »

     

    Maxime-Olivier Leclerc rentre au Devoir un peu plus courbaturé lundi matin. Il pense se remettre assez vite à la course, reprendre la natation et rajouter le vélo avec un nouvel objectif : participer à un triathlon, en fait à un demi-Ironman qui aligne en gros 4 km de nage, 21 de course et 180 de vélo…













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