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C’est du sport ! - Nous, les rustiques

Une petite révolution s’est amorcée lundi lorsque Jason Collins, un centre réserviste qui a terminé la saison avec les Wizards de Washington avant de devenir joueur autonome, a révélé à Sports Illustrated son homosexualité et précisé qu’il entendait poursuivre sa carrière dans la NBA. Jamais un joueur actif dans l’un des quatre grands sports collectifs masculins en Amérique du Nord ne s’était jusque-là livré à pareilles confidences.

Il s’agit d’un moment historique, même si on évitera les comparaisons que certains n’ont pas hésité à faire avec Jackie Robinson. Certes, Collins s’expose aux quolibets qui ne manqueront pas de venir d’intellectuels dans les gradins, de commentateurs patentés qui croient que l’attirance pour les individus de même sexe que soi est un choix délibéré, une perversion et un péché - c’est déjà fait gracieuseté de Chris Broussard du réseau ESPN - et de rivaux qui seront tentés dans le feu de l’action de faire dans l’invective de bas étage. Mais les très larges appuis qu’il a déjà récoltés, tant dans le monde du sport lui-même que de la part du président des États-Unis soi-même en personne, amènent à penser, ou en tout cas à espérer, que le chemin sera moins difficile pour un athlète gai en 2013 que pour un Noir en 1947.


Collins a dit souhaiter que d’autres personnalités d’un univers où l’homosexualité constitue l’un des derniers tabous l’imitent et se donnent en exemple positif pour les jeunes qui éprouvent du mal à accepter leur condition et en souffrent. De fait, depuis quelques semaines, de sérieuses rumeurs, accréditées par des gens du milieu, circulent voulant qu’un joueur de la NFL, pourtant creuset de la posture virile, fasse bientôt son coming out. Dans certains cas, on parle même de plusieurs joueurs en même temps, question de répartir la pression.


À ce sujet, il est intéressant de considérer la position de Chris Kluwe, le botteur de dégagement des Vikings du Minnesota, qui milite en faveur du mariage gai. Selon Kluwe, ce n’est pas tant la crainte d’être rejetés par leurs coéquipiers ou raillés par leurs adversaires qui découragerait les joueurs homosexuels de se révéler comme tels, mais la certitude qu’ils attireraient sur eux une attention médiatique déraisonnable qui représenterait une distraction pour leur club et nuirait à son rendement. Ce qu’aucun athlète professionnel, qui la plupart du temps s’est fait inculquer depuis sa plus tendre enfance le concept d’équipe, ne souhaite. Tout comme il ne souhaite pas vraiment perdre son emploi parce qu’il dérange le groupe.


Bien sûr, comme l’ont dit Kluwe et quantité d’autres, il faudra du temps. Les mentalités sont solidement implantées. Et si, en public, on montre patte blanche comme l’ont fait les Dolphins de Miami en critiquant ouvertement leur receveur de passes Mike Wallace - qui a twitté qu’il ne comprenait pas comment un homme pouvait désirer un autre homme alors qu’il y a tellement de belles femmes dans le monde - et en rappelant que l’équipe applique une politique d’inclusion et de respect, les choses sont parfois moins claires derrière des portes closes. Ainsi plusieurs joueurs universitaires participant au dernier camp d’évaluation de la NFL ont-ils relaté qu’ils s’étaient fait demander en entrevue s’ils avaient une copine ou étaient attirés par les femmes, ce qui a contraint la ligue à rappeler à tous les clubs qu’ils n’avaient rien à faire dans la chambre à coucher des joueurs ni ne devaient s’immiscer excessivement dans leur vie privée.


Quand on examine l’histoire de Jackie Robinson, le premier réflexe consiste à s’étonner de ce que, dans un passé aussi proche, les idées répandues aient pu être si lointaines de ce qu’on connaît largement aujourd’hui. Parions que dans 20 ans, quand ils nous regarderont nous énervant et faisant toutes sortes de manchettes, même positives, avec Jason Collins, ils nous trouveront aussi pas mal rustiques.

 
 
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