Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

La chute d’Armstrong se poursuit

«Il doit être oublié», dit l’UCI, qui bannit le champion cycliste à vie

23 octobre 2012 | Jean Dion | Actualités sportives
<div>
	Lance Armstrong lors du 91e Tour de France, en 2004. Le champion déchu se voit retirer sept victoires consécutives au Tour.</div>
Photo : Agence France-Presse Joël Saget
Lance Armstrong lors du 91e Tour de France, en 2004. Le champion déchu se voit retirer sept victoires consécutives au Tour.
Le sol continue de se dérober sous les pieds de Lance Armstrong, en passe de devenir l’une des légendes à la déchéance la plus retentissante dans l’histoire du sport alors que l’Union cycliste internationale (UCI), instance suprême du vélo, le bannit à vie et lui retire presque tous ses honneurs, dont sept titres consécutifs au Tour de France.

En écho à un rapport dévastateur de l’Agence antidopage des États-Unis rendu public il y a deux semaines, l’UCI a annoncé lundi que le nom du Texan de 41 ans disparaîtra définitivement des livres de records et des classements qui attestaient jusqu’à maintenant son règne à peu près sans partage sur le monde du cyclisme pendant plusieurs années, à compter de 1998.
 
« Il n’y aura pas d’appel auprès du Tribunal arbitral du sport » de la décision antérieure de l’USADA d’exclure définitivement Armstrong, a déclaré le président de l’UCI, Pat McQuaid, lors d’une conférence de presse à Genève. « Lance Armstrong n’a aucune place dans le cyclisme. Il est banni à vie. Il doit être oublié. »
 
Dans son rapport s’appuyant sur les témoignages de 26 personnes, dont 11 ex-coéquipiers d’Armstrong, l’USADA détaille, au terme d’une enquête, les pratiques de dopage au sein des équipes américaines US Postal et Discovery Channel, dont Armstrong était le « patron » et avec lesquelles il a remporté le Tour de France sans discontinuer de 1999 à 2005, évoquant un climat d’intimidation et une loi du silence au service du « programme de dopage le plus sophistiqué, professionnel et réussi que le sport ait jamais vu », « l’un des chapitres les plus sordides de l’histoire du sport ».
 
« Ce que j’ai lu dans le rapport de l’USADA m’a rendu malade », a ajouté M. McQuaid en référence au témoignage du coureur américain David Zabriskie, coéquipier d’Armstrong de 2001 à 2004. « L’histoire qu’il raconte sur la manière dont il a été contraint de se doper est tout simplement ahurissante. »
 
Alors même que plusieurs voix s’élevaient pour reprocher à l’UCI d’avoir agi bien tard, l’USADA a salué le verdict tout en égratignant l’Union, qu’elle avait déjà écorchée dans son rapport. « Malgré son opposition à l’enquête de l’USADA, nous sommes heureux d’observer que l’Union cycliste internationale a finalement changé sa position et validé nos sanctions », a déclaré l’Agence dans un communiqué.
 
« Un système et une époque »

Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, a parlé d’une sanction « tout à fait logique » pour « un vrai talent qui s’est fourvoyé. On est dans le système mafieux au-delà du dopage et même du monde du sport, d’une certaine manière ». Il a évoqué « une crise mondiale : l’aura d’Armstrong touche tout le monde, pas seulement en France, mais partout dans le monde. L’UCI doit en tirer toutes les leçons », tout en assurant que le Tour allait s’en remettre. Il a également appelé à « punir aussi l’entourage » du champion déchu.
 
Si l’UCI annoncera vendredi sa décision de redistribuer ou non les places sur les podiums dont Armstrong a été démis, M. Prudhomme a répété sa préférence pour « un palmarès en blanc », donc pas de gagnant, contrairement à ce qu’on avait fait après les exclusions pour dopage de Floyd Landis, en 2006, et d’Alberto Contador, en 2010. « Dans le rapport de l’USADA, il y a une double mise en cause, d’un système et d’une époque. Cette époque doit être marquée par l’absence de vainqueurs », a-t-il dit. Il faut préciser que tous les dauphins d’Armstrong sur le Tour ont eux aussi été impliqués directement ou indirectement dans des affaires de dopage.
 
Jusqu’à présent, Armstrong a refusé de se prononcer sur le fond de l’affaire, répétant comme il le fait depuis toujours qu’il a subi « des centaines » de tests antidopages au cours de sa carrière et n’y a jamais échoué, et qu’il est victime d’une « chasse aux sorcières » de la part de l’USADA. Dimanche, à l’occasion d’un événement-bénéfice pour sa fondation Livestrong, au Texas, il a reconnu traverser une période « très difficile », tout en ajoutant que « c’est déjà allé mieux, mais c’est déjà allé plus mal », allusion au cancer des testicules qu’il a vaincu dans les années 1990.
 
Une commission indépendante ?

L’USADA a par ailleurs réclamé la création d’une commission indépendante sur le dopage. « Il est important de se souvenir que si aujourd’hui est un jour historique pour le sport propre, cela ne garantit pas que le sport sera propre à l’avenir. Seule une commission de vérité et de réconciliation indépendante pourrait guider le cyclisme vers de réelles réformes et faire naître l’espoir d’un vrai changement par rapport au passé. Beaucoup d’autres détails concernant le dopage sont encore cachés, il reste beaucoup de médecins et de dirigeants corrompus et l’omerta n’est pas encore complètement rompue », a-t-elle déclaré.
 
L’USADA a déjà insinué que l’UCI aurait aidé Armstrong à camoufler un contrôle positif à l’érythropoïétine en 2001. Des allégations qu’a niées Pat McQuaid, qui a fait savoir qu’il ne démissionnerait pas de son poste. « Ces accusations sont fausses. L’UCI n’a rien à cacher concernant le rapport de l’USADA. Si je dois m’excuser de la part de l’UCI, je le fais pour n’avoir pas pu détecter tous les coureurs dopés. » Par le passé, l’UCI a souvent fait l’objet de critiques pour avoir censément protégé Armstrong.
 
En plus de l’opprobre, Armstrong pourrait aussi avoir à acquitter une facture salée. Tout comme la direction du Tour de France, la Fédération française de cyclisme a réitéré lundi son désir de le voir rembourser les sommes liées à ses victoires au Tour de France, qu’elle évalue à quelque 3,8 millions de dollars, brandissant un possible recours aux tribunaux. D’autres, contre lesquels le cycliste l’a emporté en justice au fil des ans, devraient également se manifester.
 
Et après le désistement, la semaine dernière, de commanditaires prestigieux tels Nike et Anheuser-Busch, c’était au tour lundi du lunettier Oakley de mettre fin à son partenariat avec Armstrong. Le magazine Forbes a estimé à 150 millions de dollars le manque à gagner pour le cycliste causé par la perte de ses appuis.
 
Armstrong pourrait par ailleurs avoir à répondre d’accusations de parjure devant diverses instances aux États-Unis, notamment pour avoir menti lors de l’enquête fédérale le visant. Cette enquête a été abandonnée il y a quelques mois.

Avec l’Agence France-Presse
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel