C’est du sport ! - Damnés Yankees
Vu d’ici, le sentiment remonte à Reggie Jackson. Vous en souvient-il, au terme de la saison 1976, le flamboyant voltigeur - questionné à propos du fait qu’il était régulièrement hué lors de joutes à l’étranger, il avait répondu : « People don’t boo nobodies » - possédait le statut de joueur autonome. Il se magasinait dès lors une nouvelle formation, et il était passé par Montréal, où on lui avait fait toutes sortes de courbettes et fait visiter le Stade olympique. Les reportages dans les journaux se faisaient fébriles, si on peut s’exprimer ainsi, et le coeur du partisan de nos Expos battait la chamade.
Mais bien entendu, comme dans d’autres trucs dans l’histoire de nos Expos, cela devait ne jamais se produire. Jackson allait plutôt rejoindre les Yankees et leur club paqueté et on le verrait à l’automne 1977 acquérir le surnom de « Monsieur octobre » en dévissant trois circuits, chaque fois sur le premier lancer, lors du sixième et décisif match de la Série mondiale contre les Dodgers. Pendant ce temps, à Montréal, il ne se passait rien.
Les Yankees étaient certes une équipe de légende, bâtie à grands coups de Babe Ruth et de Lou Gehrig et de Joe DiMaggio et de Mickey Mantle et de Yogi Berra et de Whitey Ford, mais après un passage à vide d’une quinzaine d’années, ils n’allaient désormais être bons que parce que George Steinbrenner disposait d’un compte d’épargne avec opérations sans fond.
Aujourd’hui, le Boss n’est plus, mais la situation perdure d’une manière que personne ne devrait hésiter une seconde à qualifier d’éminemment déplorable. Les Yankees ont une masse salariale de 200 millions $US, et ils comptent trois des six joueurs les mieux rémunérés des ligues majeures. Des noms ? Alex Rodriguez, 29 millions. CC Sabathia, 23 millions. Mark Teixeira, 22,5 millions. Ce dont on peut cependant se réjouir ici en vertu du principe de Schadenfreude, c’est qu’A-Rod a maintenu cette saison une moyenne au bâton extraordinairement ordinaire de, 272 - hé, vous savez un peu comment sont les mauvaises langues, toujours promptes à se faire aller le commentaire désobligeant mais tellement juste, les mauvaises langues ont commencé à surnommer Rodriguez « A-Fraud » -, pendant que Tex s’offrait un rutilant, 251. Ça fait cher le coup sûr, selon les calculs tout frais du statisticien patenté.
Ceci pour dire que cette semaine, il s’est produit quelque chose de franchement rigolo. Mercredi soir, troisième match de la série de championnat de la Ligue américaine, fin de la neuvième, les Yankees tirent de l’arrière 2-1 face aux Orioles de Baltimore (masse salariale 2012: 81 millions $US). Il y a un retrait lorsque vient le tour au bâton d’Alex Rodriguez. Or, que fait le gérant Joe Girardi ? Il délègue un frappeur suppléant, oui madame, en italiques à part ça. L’humiliation.
Et que fait icelui, nommément Raul Ibanez ? Longue balle par-dessus la clôture du champ droit. Ibanez remettra d’ailleurs ça avec un autre circuit, victorieux, en 12e.
Rebelote hier, lors du crucial match numéro 5, A-Rod, 2 en 16 avec neuf retraits au bâton en séries cette année, était cloué au banc pour commencer. Il reste cinq ans à son contrat, d’une valeur globale de 114 millions. Peut-être les Yankees vont-ils regretter leurs largesses passées, voilà du moins la grâce qu’on leur souhaite.
La prochaine fois, nous verrons qu’il n’y a pas si longtemps, les défenseurs de Lance Armstrong accusaient les Français d’être frustrés qu’un Américain vienne remporter leur grande course de bicycle et qu’il est parfois renversant de constater comme ça change vite dans le merveilleux monde du sport™.








