Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

C’est du sport! - Encore un complot

3 octobre 2012 | Jean Dion | Actualités sportives

Voyez-vous ça : vous vous absentez quelques nanosemaines question d’aller jouer à rien, et quelle regrettable occurrence en profite pour se produire sans en demander la permission ? Je ne vous le fais point dire : les Nationals de Washington décrochent le championnat de la division Est de la Ligue nationale de baseball majeur. Ce fut confirmé lundi soir. Certes, nous pressentions tous confusément que cela allait arriver un jour, mais nous n’étions pas nécessairement pressés d’y assister. Z’auraient pu encore sécher un peu, si vous voulez l’avis éclairé d’un seul homme qui fait bien davantage preuve d’objectivité que d’amertume.


Nos Expos de naguère, ciboulette. Trente-six saisons au compteur, et jamais un titre dans une vraie saison complète. C’est que nos Expos entretenaient une relation débordante d’ambiguïté avec les conflits de travail. En 1981, ils avaient gagné une demi-campagne dans une année marquée par une grève avant d’aller se faire indiquer par Rick Monday qu’ils n’avaient pas d’affaire en Série mondiale. En 1994, ils voguaient résolument sur les flots bleus de l’été lorsqu’ils s’échouèrent sur une autre grève. Dans l’ensemble, un gâchis premier choix avant une interminable agonie, pleine de souffrance et de Jeffrey Loria et de Bud Selig.


Voilà donc les Nationals au grand rendez-vous, et nous en position foetale dans un recoin sous un ventilateur brassant l’air en vain, perclus d’espoir perdu et agité de sanglots en forme de hoquets à l’idée de ce qui ne devait jamais être, ou quelque chose du genre. Il en a sérieusement arraché depuis le déménagement, le Washington, mais il a finalement su se constituer un club potable - 96 victoires avant son match d’hier soir, ce qui abaisse la marque de franchise de 95 réalisée par nos Expos en 1979, vous souvient-il de l’effervescence de cette année-là, ils avaient été éliminés au dernier jour de la saison mais nous conservions l’intime conviction que la décennie 1980 imminente allait apporter de grands triomphes et que le monde s’habillerait mieux et qu’on éviterait le passage par la disquette molle en route vers le progrès cybernétique, qu’est-ce que nous pouvions être naïfs -, un mélange d’individus inconsciemment désireux d’écoeurer Montréal en lui passant l’assiette sous le nez. Certes, aucun porte-couleurs de nos Expos ne fait encore partie des Nationals, mais ça suscite quand même une douleur désagréable dans la région.


Et puis tenez, pour ajouter le camouflet à la taloche, les Nats ont annoncé hier que Frank Robinson serait invité à effectuer le lancer protocolaire lors d’un des matchs à domicile de la première série éliminatoire. Dernier gérant de nos Expos et premier des Nationals, Robinson fut l’un des plus grands joueurs de tous les temps, il est au Temple de la renommée et toutes ces choses, mais comme entraîneur, il convient de repasser. Vous n’avez sans doute pas oublié cette joute du 29 août 2003 en Floride où de très mauvaises décisions avaient fauché le neuf montréalais en plein fol élan et amorcé une chute en spirale dont il ne se relèverait jamais.


Vous dire, messieurs dames, s’il fallait, la justice immanente nous en préserve, que les Nationals de Washington remportent la Série mondiale, il s’agirait d’une preuve supplémentaire, après que l’Avalanche du Colorado eut soulevé la Stanley un an après avoir quitté Québec et que les Ravens de Baltimore eurent remporté le Super Bowl quelque temps après avoir levé les feutres de Cleveland, que nous évoluons dans un univers profondément absurde. D’autant plus que le lockout au hockey empêche Canadien de perdre des matchs. Il y a comme un complot quelque part, c’est sûr.


***


Mais à l’autre bout des États, il y a motif de liesse. On y découvre avec émoi que l’effet Brad Pitt existe, et qu’il ne touche pas que les dames en pâmoison.


Un an après la sortie du film Moneyball, dans lequel Pitt interprète Billy Beane, le directeur général des Athletics d’Oakland qui avait réussi à bâtir une équipe gagnante avec des ressources extrêmement limitées en défiant les idées reçues, les A’s se sont qualifiés pour la deuxième saison, lundi soir itou. Avec une bande de jeunes inconnus pour l’essentiel, ils ont notamment devancé les Angels de Los Angeles, qui s’étaient paqueté un club à coups de dizaines de millions de dollars pendant la morte saison. « Nous n’avons pas d’affaire ici, mais nous y sommes », s’est réjoui le lanceur Brendan McCarthy.


En début de saison, le jeune prodige Yoenis Cespedes, exilé de Cuba, a surpris tout le monde en choisissant les A’s. Mais qu’est-ce qu’il va faire dans ce trou ? s’interrogeaient les experts. Bien voilà : il ne faut jamais se fier aux experts.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel