C’est du sport ! - Bleu comme le sang
On ne peut que s’émouvoir, et accessoirement pleurer de rage tout en étant recroquevillé en position foetale même s’il fait beau dehors, lorsqu’il est question de nos Expos. Même indirectement, même par la bande, même si l’équipe n’était de manière soutenue pas fiable (un concept à la mode, à ce qu’on raconte), même si elle est morte depuis huit ans et ne continue pas à travailler fort dans l’au-delà, contrairement à ce que Tommy LaSorda entend faire.
Car Tommy LaSorda, messieurs dames, est un homme admirable. On s’explique.
Dans le temps, nos Expos s’avéraient d’une médiocrité presque touchante. En 1976, ils avaient bouclé la saison avec un rendement de 55-107, à 46 matchs de la tête dans la section Est de la Ligue nationale de baseball. Ils disputaient leur dernière campagne au parc Jarry dans l’indifférence généralisée, puisque toute l’attention sportive, cet été-là, était retenue par les Jeux olympiques de Montréal dont le slogan aurait pu être « Avec toi avec pas de toit ».
Pendant la débâcle, le club s’était lancé à la recherche d’un nouveau gérant et avait sérieusement courtisé Tommy LaSorda. Instructeur au troisième coussin des Dodgers de Los Angeles depuis quelques années, LaSorda connaissait bien Montréal pour y avoir porté l’uniforme des Royaux, la filiale des Dodgers (précédemment de Brooklyn) dans la Ligue internationale, pendant huit saisons dans les années 1950. Hé, il était même le lanceur qui avait connu le plus de succès dans l’histoire de la franchise avec 107 victoires.
Le hic, c’est qu’à ce moment, de sérieuses rumeurs voulaient que le vénérable gérant des Dodgers Walter Alston, en poste depuis 3000 ans, fût sur le point d’annoncer sa retraite. Et LaSorda, d’évidence son dauphin, était considéré comme marié à tout jamais à l’organisation, à tel point qu’on disait de lui qu’il avait du sang bleu, la couleur du club.
Et de fait, à la fin de la saison 1976, Alston a plié bagage et LaSorda, le bedonnant adjoint qui n’a jamais rencontré un plat de pâtes avec lequel il ne s’entendait pas, lui a succédé. De telle sorte que cinq ans plus tard, le 19 octobre 1981, c’est depuis l’abri de l’équipe visiteuse au Stade olympique qu’il a vu Rick Monday freiner en plein élan les espoirs de toute une génération, ou quelque chose d’approchant. Il a célébré au lieu de faire comme tout le monde, c’est-à-dire aller se recroqueviller, etc.
Ceci pour dire que LaSorda, aujourd’hui âgé de 84 ans, sera un homme de baseball jusqu’à son dernier souffle, et même après. Il récupère bien d’une crise cardiaque subie en juin, mais cette semaine, il a fait connaître une partie de ses ultimes volontés.
« J’ai déjà dit à ma femme que lorsque je serai parti, je veux qu’un calendrier des Dodgers soit apposé sur ma pierre tombale. Je veux que les gens qui viennent au cimetière pour visiter ceux qui leur ont été chers disent : “Allons à la tombe de LaSorda pour voir si les Dodgers jouent à domicile ou à l’étranger.”J’aime tellement cette organisation que je veux travailler pour elle même quand je serai mort. »
Si ce n’est pas là la définition d’un homme admirable, je veux bien que le grand cric me croque.
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Autre motif de nostalgie légitime : hier, Bartolo Colon, qu’on pourrait qualifier d’athlète largiligne, a écopé d’une suspension de 50 joutes pour avoir échoué à un test antidopage. La testostérone, encore elle, mériterait une bonne fessée.
Vous en souvient-il, le beau Bartolo, qui avait trouvé cette année un job avec les A’s d’Oakland et se tirait plutôt bien d’affaire, a déjà sévi avec nos Expos, brièvement en 2002. Il avait été acquis de Cleveland dans une transaction qui donne encore des tourments dans la région à l’amateur montréalais. Non pas que Colon n’était pas bon, c’est plutôt qu’il allait, comme tant d’autres, être surtout bon ailleurs, ainsi qu’en témoigne son trophée Cy Young de 2005 chez les Angels ; et dans l’échange, nos Expos avaient cédé Cliff Lee, Brandon Phillips et Grady Sizemore. Ouf, ouf, ouf.
Et puis, question de tourner encore un peu la plaie autour du fer qu’il faut battre pendant qu’il est chaud parce qu’il a bu pour oublier le passé, ne regardez pas trop vite de crainte de perdre connaissance, mais un coup d’oeil au classement nous indique que les Nationals de Washington présentent la meilleure fiche de la division Est de la LN. Mieux, la meilleure fiche de la LN. Mieux, la meilleure fiche du baseball majeur au complet, 77-46, à peine inférieure à celle de 74-40 de nos Expos en 1994, quand il y avait eu la grève et gnagnagna.
Au fond, c’est plutôt mal fait, la vie.








