Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

C’est du sport ! - Matière à kleenex

16 août 2012 | Jean Dion | Actualités sportives
Vu du Canada, l’histoire à fendre le coeur des Jeux de Londres était celle du relais 4 x 100 mètres masculin. En ce samedi soir, Gavin Smellie, Seyi Smith, Jared Connaughton et Justyn Warner stupéfient le parterre et prennent le troisième rang de la finale de l’épreuve. Ils sont médaillés de bronze, et ils le resteront… pendant sept minutes. Le temps que les juges examinent la reprise et constatent que Connaughton a posé le pied sur l’une des lignes de démarcation de son couloir. Le quatuor est disqualifié. Après quelques éphémères moments d’extase - « la plus agréable sensation que j’aie jamais éprouvée », a dit Warner -, les gars quittent la piste en larmes, dévastés. Deux sortes de larmes se succèdent.

Déjà émouvante, leur mésaventure va se transformer en histoire à faire fondre une pierre. Veuillez SVP sortir vos papiers-mouchoirs double, voire triple épaisseur.


Quelque part dans l’île de Terre-Neuve, dans la petite ville de Paradise pour être précis, un jeune garçon atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme, assiste à la déconvenue des sprinteurs et il s’en trouve touché. Il décide de leur envoyer un mot, question de les réconforter. À la main, il écrit :


« Chers Justyn, Gavin, Jarred et Oluseyi,


Je suis Elijah Porter. J’ai 10 ans et je vis à Terre-Neuve, au Canada. Quand j’ai appris ce qui est arrivé le 11 août, je savais qu’il y avait une erreur. Les règlements sont injustes. Mais j’ai finalement réalisé combien vous étiez bons. Nous sommes des Canadiens. Nous persévérons. Nous rendons meilleure la vie des autres. Le froid ne nous empêche pas de vivre dans le Nord. Nous n’avons pas perdu la guerre de 1812. Nous nous adaptons et nous survivons. Nous avons gagné notre liberté. Un jour, si je deviens biologiste et si je deviens riche, et si je m’en souviens, je donnerai de l’argent aux athlètes olympiques canadiens d’été et d’hiver. J’espère que vous aimerez la médaille. Elijah Porter »


La médaille en question, c’est la seule qu’ait reçue le petit Elijah de toute sa vie, lorsqu’il avait quatre ans et jouait dans une ligue de soccer Timbits, commanditée par la chaîne Tim Hortons.


La mère d’Elijah, Kim, qui est aussi son enseignante puisqu’il ne va pas à l’école, prend une photo de la lettre et de la médaille, qu’elle expédie par courriel à Athlétisme Canada. Athlétisme Canada publie la photo sur son compte Twitter. Justyn Warner aperçoit la photo et la retwitte, avec la mention « This. Kid. Rocks. » Bientôt, des milliers et des milliers de personnes tombent sous le charme et l’histoire prend feu sur le Web.


« Je sais que je ne peux pas changer les règles, mais je peux les aider à se sentir mieux », a dit Elijah. Une médaille Timbits, a-t-il ajouté, « ce n’est pas grand-chose mais c’est mieux que si j’avais découpé une médaille dans du papier ».


Hier matin, Elijah, la nouvelle coqueluche du sport canadien, était l’invité d’une station de radio de St. John’s pour une entrevue. On lui avait réservé une surprise : au bout du fil se trouvait… Justyn Warner, depuis l’Allemagne où il s’entraîne. Warner a dit qu’il aurait communiqué par Skype, mais qu’il ne disposait pas d’une connexion Internet suffisamment puissante. Après l’entretien, il a écrit : « Elijah m’a encore une fois mis au bord des larmes. Quel enfant charmant qui essayait seulement de nous faire sentir mieux quand nous avions le coeur brisé. » À une abonnée sur Twitter qui lui disait qu’il était une « inspiration », il a répondu, après avoir *rougi* que « c’est pour ça que je cours. Pour inspirer. »


Warner a indiqué être en discussion avec Tim Hortons pour déterminer comment aider Elijah. La chaîne de restauration, qui reçoit évidemment une tonne de publicité positive inattendue, a déjà fait savoir qu’elle allait lui donner une bicyclette toute neuve.


Le jeune garçon, lui, insiste constamment auprès de sa mère pour qu’elle envoie la lettre et la médaille par la poste, ce qu’elle n’a pas encore eu le temps de faire. Mais cela ne devrait plus tarder. Et quand les quatre gaillards les recevront, ils auront entre les mains quelque chose qu’ils chériront peut-être davantage qu’une médaille olympique. Hier, Seyi Smith a écrit à Warner : « Tu as le droit de garder la médaille pendant les trois premiers mois de l’année, ensuite c’est mon tour ! »


Et non, ce que vous avez dans l’oeil, ce n’est pas une poussière.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel