Londres et la lumière
Une cérémonie teintée d’humour donne le coup d’envoi aux JO 2012
Tous les textes du Devoir sur les Jeux Il ne lui fallait qu’attendre un peu pour en avoir une idée. Dans l’imagination du réalisateur de Slumdog Millionaire, il y a James Bond, le vrai Daniel Craig, qui débarque en taxi à Buckingham Palace et, flanqué de deux corgis - la race de chiens qu’affectionne Sa Majesté -, est accueilli par la reine d’Angleterre, la vraie Elizabeth II soi-même en personne. Les deux partent faire un tour d’hélicoptère, qui survole Londres alors que sonne Big Ben, reçoit les salutations de la statue de Winston Churchill, passe au milieu du Tower Bridge puis arrive au-dessus du stade olympique. De là, un faux Bond et une souveraine tout aussi factice sautent, et leurs parachutes à l’enseigne de l’Union Jack s’ouvrent.
Il y a aussi Mr. Bean qui joue les notes de Chariots of Fire accompagné d’un orchestre et se prend à rêver que lui aussi court pieds nus sur la plage et fait une partie du trajet en voiture afin de finir premier d’une épreuve inexistante.
Dans un événement ordinairement marqué par la solennité, il était tout à fait justifié, et logique, que l’humour british se fraie un chemin, et Boyle n’a pas raté sa chance, ça et là dans une longue évocation de la riche histoire de son pays, d’adresser quelques clins d’oeil au monde entier. L’honneur d’amorcer la représentation a échu à Bradley Wiggins, premier vainqueur britannique du Tour de France cycliste il y a quelques jours, qui a fait tintinnabuler une clochette de 23 tonnes avant qu’on ne passe du jaune au vert en évoquant le passé rural du pays.
Au fil du temps, on a pu constater qu’ils en ont inventé des affaires, les Britanniques. De la bucolique campagne, on est passé à la Révolution industrielle avec ses immenses cheminées crachant leur fumée. On a vu les suffragettes, le coquelicot de l’effort de guerre, Mary Poppins, Lord Voldemort, et entendu la meilleure musique jamais composée, Tubular Bells de Mike Oldfield, The Who et les Beatles, puis de David Bowie à Depeche Mode, de Frankie Goes to Hollywood à Eurythmics, plus d’autre plus récente que les vieux ne connaissent pas.
Hé, on a même droit au créateur des Internets, Tim Berners-Lee. Quand on songe à tout ce qu’il est possible de faire aujourd’hui grâce aux Internets, on se rend compte que ce n’est pas rien de les avoir inventés.
Par la suite, après beaucoup de danse et de lumière et de joie générale de vivre - il n’est pas vain de noter au passage qu’en fait de vert, 40 000 bouteilles et 10 000 sacs de plastique sont entrés dans la fabrication des costumes -, les équipes nationales ont défilé dans le stade, nous rappelant à point nommé qu’il existe vraiment beaucoup de pays dans le monde et qu’il y aurait peut-être lieu de faire un peu de ménage là-dedans. Genre en finir avec les drapeaux et que tout le monde se représente soi-même.
Vous n’êtes d’ailleurs pas seul à trouver l’exercice légèrement longuet : les organisateurs eux-mêmes ont eu l’idée de faire jouer, au moment où les délégations paradaient, de la musique à 120 battements par minute afin d’encourager les athlètes à marcher plus vite.
Dans son allocution, la reine a déclaré les Jeux ouverts, et dans la sienne, le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, a signalé que pour la première fois de l’histoire, tous les pays avaient envoyé des femmes, « un progrès indéniable pour l’égalité des genres ». Il a ajouté que les Britanniques avaient en effet tout inventé, y compris le fair-play et l’inclusion du sport dans les écoles comme facteur de développement des jeunes.
C’est David Beckham qui a été chargé de chauffer la vedette sur la Tamise qui apportait la flamme olympique. La torche a été remise à Steve Redgrave, médaillé d’or lors de cinq JO consécutifs, qui l’a fait entrer dans le stade. Et là, l’univers connu a retenu son souffle collectif : qui donc allait allumer la vasque ? Roger Bannister ? Keith Richards ? Les Monty Python ?
Réponse : aucun de ceux-là. Ce sont plutôt sept jeunes athlètes, chacun ayant été choisi par un sportif britannique de marque, qui se sont relayés et ont mis le feu aux 205 composants de la vasque, qui se sont élevés pour se rejoindre au sommet.
Question de feu, il restait à sir Paul McCartney d’interpréter Hey Jude, la toune-briquets par excellence, ensuite de quoi les pièces pyrotechniques explosaient. Londres et la lumière, en quelque sorte.
Ça commence pour de vrai aujourd’hui.











