Point chaud - Les Jeux de Londres : loin de la démesure de Pékin
Cinq Jeux d’été emblématiques, selon Romain Roult
1976 (Montréal): Modèle d’échec post-olympique par excellence
1984 (Los Angeles): Premiers et derniers Jeux 100% privés
1992 (Barcelone): Modèle de reconversion réussie des héritages olympiques
2000 (Sydney): Premiers Jeux «verts»
2008 (Pékin): Jeux de la démesure
Il y a d’abord les chiffres. Près de 40 milliards de dollars ont été investis lors des Jeux de Pékin, soit environ quatre fois la somme déboursée par Londres pour organiser ses Jeux. Mais au-delà des calculs comptables, les Jeux de la XXXe olympiade qui auront lieu du 27 juillet au 12 août prochain seront avant tout le fruit d’une vision diamétralement opposée à celle adoptée par les Chinois.
« Pour beaucoup d’analystes, les jeux de Pékin en 2008, c’était du jamais vu. C’était 20 milliards de dollars injectés seulement pour la construction des installations olympiques et un autre 20 milliards injectés pour des parcs, des espaces résidentiels, des corridors routiers, etc. […] Londres n’est pas tombée dans la même spirale : le comité organisateur est revenu à une logique beaucoup plus humaine en s’assurant que les infrastructures servent à la communauté, explique M. Roult. Londres a construit des installations qui correspondent beaucoup plus à la logique urbaine occidentale et à celle de la Grande-Bretagne. »
Selon le chercheur et professeur au département d’études en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières, la comparaison entre les Jeux de Pékin et de Londres démontre qu’il existe désormais deux modèles d’organisations olympiques. Pendant que les villes occidentales doivent justifier tous leurs investissements auprès de populations qui s’inquiètent du contexte économique difficile, les villes de pays « émergents dominants » d’Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient ou d’Amérique du Sud sont souvent influencées par des régimes politiques dictatoriaux ou dirigistes. Ces villes n’ont donc « pas ou très peu de limites financières » et veulent « montrer à la face du monde qu’elles font partie de la hiérarchie mondiale, qu’elles sont au même niveau que des villes mondiales comme Paris, New York et Tokyo et qu’elles sont en mesure d’attirer des investisseurs majeurs à l’échelle internationale », précise M. Roult.
Le symbole par excellence de ces jeux londoniens plus modestes, c’est le Stade olympique, situé dans la banlieue est de la capitale. Pendant le passage des athlètes, il pourra accueillir jusqu’à 80 000 spectateurs, puis sa capacité d’accueil sera réduite à 25 000 sièges une fois les compétitions terminées, ce qui permettra de faciliter sa gestion postolympique. Mis à part le stade de Sydney, qui est passé en 2000 de 110 000 à 80 000 places après la tenue des Jeux, c’est la première fois qu’on prévoit abaisser à ce point la capacité d’un stade.
Les Jeux olympiques de Londres s’inspirent donc plutôt de ceux de Barcelone (1992), dont l’intégration urbaine des installations olympiques a été particulièrement réussie, et de Sydney (2000), considérés comme les premiers Jeux « verts ».
« On met de plus en plus de l’avant des candidatures qui doivent avoir des impacts positifs sur les citoyens, en régénérant par exemple des quartiers ou en construisant des installations qui vont servir à la population locale. […] Londres a également repris la logique de Sydney avec l’implantation d’un processus de recyclage des matières, l’installation de plusieurs panneaux solaires ou l’importance accordée au transport en commun. »
Dans son dossier de mise en candidature remis au Comité international olympique (CIO) en 2005, Londres a d’ailleurs beaucoup joué la carte de l’environnement. Le Parc olympique, y écrivait-on, « créerait un grand parc naturel en zone urbaine, avec la restauration de zones humides et de cours d’eau, des couloirs naturels, des solutions environnementales concernant les ressources en eau, la gestion des déchets et de l’énergie, ainsi que des projets de construction respectant les principes du développement durable ». À première vue, cette volonté d’organiser des Jeux « verts » semble s’être concrétisée, croit M. Roult, mais attention : « Quand on décortique le discours du comité olympique ou du comité organisateur, il faut vraiment y aller avec des pincettes. Parce que pour évaluer si les installations olympiques sont bien intégrées ou non à la ville, il faut généralement attendre 5 à 10 ans après les Jeux. »
De nombreux défis
Mis à part le format du stade et les mesures environnementales envisagées, le comité organisateur des Jeux a opté pour plusieurs installations temporaires, moins tape-à-l’oeil, mais dont le coût est potentiellement moins difficile à absorber financièrement. « En priorisant des structures temporaires pour des disciplines qui ne représentent pas un véritable attrait pour les clientèles sportives locales ou nationales, on se prémunit contre des ratés éventuels », explique M. Roult. Au total, sur la trentaine de sites sportifs qui seront utilisés lors des deux semaines de compétitions, 13 sont des constructions existantes et 9 sont temporaires.
Les organisateurs des Jeux de Londres auront à relever trois défis de taille, selon Romain Roult. Ils devront tout d’abord faciliter le transport des athlètes, mais aussi des touristes et des résidants, alors que le réseau de transport en commun est déjà surchargé aux heures de pointe. Le comité organisateur tâchera également de se défaire de son image de « ville de riche » et convaincre la planète qu’elle est une métropole accueillante pour tout le monde. Et par-dessus tout, la question de la sécurité sera la priorité absolue, lance sans hésiter M. Roult. Pour ajouter aux inquiétudes des participants et des organisateurs, G4S, la firme privée chargée de la sécurité lors des Jeux a récemment avoué ne pas être en mesure de déployer suffisamment de personnel pour suffire à la tâche. L’armée britannique a donc annoncé qu’elle fournira 3500 soldats supplémentaires outre les 7500 déjà prévus pour sécuriser les sites de compétition.
Le chercheur le répète, seules les années permettront d’évaluer le succès ou l’échec des préparatifs, mais selon lui, une certitude demeure : d’un point de vue strictement financier, l’organisation de Jeux olympiques n’est pas une entreprise rentable. « Si [organiser des Jeux olympiques] était rentable, des joueurs privés seraient tentés de le faire de A à Z, ce qui n’est pas du tout le cas. […] Par contre, ça peut être rentable d’un point de vue social. Par exemple, la construction d’infrastructures peut amener un mieux-vivre dans certains quartiers. Mais les retombées économiques mesurables, elles, tombent souvent dans les poches des élites économiques : les commanditaires, le CIO et les fédérations internationales, le secteur touristique, etc. C’est sûr que le citoyen londonien moyen profite peu de retombées directes de ce type de méga-événement. »










