C'est du sport! - Échos de l’au-delà
On n’en fera probablement pas un film parce que ça manquerait un peu d’action - quoiqu’on pourrait envisager un interminable métrage à la Ciné-club, un drame de moeurs hongrois coté 1 en noir et blanc sous-titré qui raconte les mésaventures d’un paysan médiéval qui par mégarde s’embarre à l’intérieur de son étable et en profite pour ressasser son passé de raté avec en toile de fond l’invasion des Tatars de 1241 -, mais il s’agit quand même d’une sacrée histoire.
À l’été 2003, Roger Federer était un jeune loup de 21 ans qui n’avait encore jamais accédé au premier rang mondial en matière de tennis professionnel. Mais il venait tout juste de remporter son premier tournoi du Grand Chelem à Wimbledon, et Nick Newlife croyait très fort en son potentiel.
À tel point que Newlife, qui aimait beaucoup gager, a misé gros sur le Suisse. Pour être précis, 1520 livres sterling que Federer allait triompher sept fois au All England Club d’ici 2019. Ce qui, on le sait, s’est produit dimanche.
La cote offerte au parieur était de 66 contre 1, si bien que Newlife, un résidant du village de Tackley, près d’Oxford, a empoché un peu plus de 100 000 livres, soit environ 158 000 $. La patience a ses vertus. Pas toujours, mais des fois.
Cependant, l’homme n’a pas été en mesure d’aller jusqu’au bout de sa patience. En dépit de son nom, Nick Newlife est décédé en 2009, à l’âge de 69 ans. Dans son testament, il a tout légué, y compris le précieux ticket de pari de la firme William Hill, à l’organisme humanitaire Oxfam.
C’est que, apprend-on, Newlife était un personnage fort particulier. Il n’avait ni famille ni amis, et il vivait reclus dans sa maison. Il sortait rarement de chez lui. Il était légèrement parano et il confiait à ses voisins le soin d’enregistrer ses paris parce qu’il était convaincu que les preneurs aux livres le refuseraient, lui, sous prétexte qu’il exploitait un « système ».
Selon le Daily Mail, auquel je suis abonné et qui propose un journalisme d’enquête sans complaisance, poussé et rafraîchissant, Newlife « ne se lavait pas souvent ».
Aux dires de l’un de ses voisins, il affectionnait particulièrement les paris à long terme. Il en aurait fait plusieurs, notamment en faveur du pilote britannique de Formule 1 Lewis Hamilton, avant même que celui-ci ne commence à s’imposer sur le circuit.
Un porte-parole de William Hill a par ailleurs déclaré que c’était la première fois en 40 ans de carrière qu’il voyait « un gain dans les six chiffres depuis l’au-delà ».
Restez par ailleurs aux aguets pour voir si Charlene et Myla Federer, des jumelles identiques qui auront trois ans dans deux semaines, sauront poursuivre dans le sillage de leur illustre père, qui a déjà déclaré ne pas vouloir faire de ses filles des « machines de tennis ». Des cotes ont été attribuées : 100 contre 1 que l’une d’elles gagnera Wimbledon en simple, et 200 contre 1 qu’elles accompliront l’exploit en double. On devrait être fixé d’ici 2040 ou 2045.
Remarquez, ce ne serait pas là une première. On connaît les succès obtenus par les Américains Bob et Mike Bryan, eux-mêmes des vrais jumeaux qui ont décidé tôt dans leur carrière de ne jouer qu’en double parce que chacun ne ressentait aucun plaisir à gagner en simple sans son frère.
L’ancien pro Justin Gimelstob disait des Bryan qu’il était sidérant de les voir aller, l’un finissant la phrase commencée par l’autre, toujours en harmonie, chacun sachant où l’autre se trouve sur le terrain et ce qu’il s’apprête à faire. « Quelqu’un qui commencerait à jouer en double à la naissance et conserverait toujours le même partenaire aurait quand même neuf mois de retard sur eux », avait-il déclaré.
Avoir du temps, tout est là.








