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C’est du sport ! - Histoires de fous

Pendant que tout le monde s’excite pour rien à propos de l’identité du prochain homme qui fera les cent pas derrière le banc de Canadien avant de se faire virer parce qu’il n’a pas de club, nous venons d’obtenir la preuve tangible qu’il est possible de devenir une mégastar dans sa contrée en restant tranquillement assis les mains au-dessus de la table, en calant quelque peu et en portant des lunettes.

Nous faisons en l’occurrence allusion à Boris Gelfand, 43 ans, né au Bélarus et ayant émigré en Israël. Cette semaine, au terme d’un affrontement épique qui a duré une vingtaine de jours, Gelfand s’est incliné devant l’Indien Viswanathan Anand au championnat du monde d’échecs, à Moscou. C’était 6-6 après les 12 matchs réglementaires, et en prolongation, on disputait des blitz qu’Anand a remportés au score de 2,5-1,5. Des 16 joutes disputées, 13 se sont soldées par un verdict nul et, comme chacun sait, la nullité a toujours, dans tous les domaines de l’activité humaine, un effet euphorisant. Sidérant, non ?


Sa défaite n’a cependant nullement entamé le prestige de Gelfand, qui dispose du statut d’authentique coqueluche en Israël. Il a fait régulièrement la page frontispice des journaux et la manchette des bulletins de nouvelles. Les parties étaient diffusées en direct à la télévision, les échecs constituant après tout une discipline hautement télégénique. Des milliers d’amis l’ont rejoint sur Facebook. Après le duel au sommet, Shimon Peres et Benjamin Nétanyahou lui ont téléphoné pour le féliciter (ce dernier lui a dit : « lorsque vous pensiez, je pensais à ce à quoi vous pensiez »). Il a tellement attiré l’attention dans les Internets que le site de la Fédération d’échecs d’Israël s’est planté.


Vous auriez dû voir ça. De la défense semi-slave. De la défense nimzo-indienne. Un gambit de la dame refusé. De toute beauté. Et pas de commotion cérébrale ni de luxation de la coiffe du rotateur ni de talon d’Achille mis à mal (sérieux, j’ai déjà entendu un commentateur sportif dire cela : « il est blessé au talon d’Achille ») ou autres cochonneries si courantes ailleurs. Juste des hauts du corps réfléchis et posés mettant à l’épreuve la véritable dureté du mental.


***


Comment saluer dignement le merveilleux monde du sport™ quand il s’adonne à passer dans toute sa spectaculaire munificence pas trop loin de chez vous ? Il existe plusieurs options, comme par exemple se mettre debout et retirer son couvre-chef et faire semblant qu’on connaît les paroles de l’hymne national, ou alors se quérir une petite froide à seule fin que l’ivresse de la victoire se consomme au sens propre et au sens sale. Thomas Manly, lui, a plutôt décidé de changer de nom.


Manly, un jeune homme de 28 ans domicilié à Birmingham, en Angleterre, a voulu souligner de manière durable la tenue, dans deux mois, des Jeux de la xxxe olympiade d’été dans son pays, et du même coup de faire parler de lui dans la gazette. Soucieux d’honorer ses athlètes favoris, il a fait une demande officielle auprès des autorités compétentes et obtenu de modifier son appellation personnelle, de telle sorte qu’il répond désormais au nom de Thomas Steve Redgrave Matthew Pinsent Linford Christie Ian Thorpe Daley Thompson Chris Hoy Sebastian Coe Carl Lewis Steve Ovett Jonathan Edwards Ben Ainslie Usain Bolt Manly.


Selon des sources, le message sur le répondeur téléphonique de l’individu dure maintenant 10 minutes, sa blonde ne peut plus l’engueuler en disant son nom au complet comme tous les gens qui engueulent quelqu’un d’autre le font, et les jeunes à identité à pentures tels Zéphyrin-Desdémon Tranchemontagne-de la Durantaye sont quelque peu jelly, comme qu’on dit. Il en a coûté 33 livres sterling à Manly pour les procédures. Et il conserve une attitude mentale extrêmement saine : « Certaines gens disent que je suis dingue, mais je m’en fous », dit-il.


La prochaine fois, nous verrons que Jean Dion, c’est un peu court pour se forger une signature qui a un semblant d’allure.

 
 
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