C'est du sport - Euroscepticisme
L’ancien défenseur et capitaine de la sélection nationale anglaise, pour sa part, est allé plus loin : il a invité tous les amateurs britanniques à ne pas faire le voyage. « Restez à la maison et regardez les matchs à la télé. Ne prenez aucun risque, parce que vous pourriez revenir dans un cercueil. » Il a blâmé l’Union européenne de football d’avoir accordé l’Euro à deux pays (l’autre étant la Pologne) qui éprouvent de sérieux problèmes de hooliganisme. « Ils ont eu tort, a-t-il ajouté. Ils auraient dû dire : “Si vous voulez présenter ce tournoi, réglez d’abord vos problèmes.” Tant que la situation ne se sera pas grandement améliorée, vous ne méritez pas qu’un tournoi prestigieux soit disputé dans votre pays. »
Récemment, une équipe de l’émission d’affaires publiques Panorama, de la BBC, a passé un mois à assister à des matchs de soccer en Pologne et en Ukraine. Elle a recensé des saluts nazis dans les gradins, des joueurs noirs invectivés avec des cris de singe et un comportement antisémite répandu. Elle a aussi vu et filmé à Kharkiv, en Ukraine, un groupe de jeunes d’origine asiatique se faire tabasser par des fanatiques. Certains de ceux-ci ont déclaré à la BBC qu’ils scandent « Sieg Heil » parce que Hitler détestait « les Juifs et les Noirs » et que c’est leur façon d’appuyer leur équipe. Non mais quoi, c’est logique…
Appelée à commenter, l’UEFA a rappelé qu’elle pratiquait une politique de tolérance zéro en matière de racisme et que les arbitres avaient le loisir de mettre fin à un match si des incidents de cette nature survenaient dans les tribunes. (On soulignera ici à cet égard que suspendre une joute devant une salle comble est considéré de manière générale comme une excellente manière de ramener la paix dans la foule, qui entreprend toujours dans ces circonstances de quitter calmement l’enceinte en rangs ordonnés et par ordre alphabétique ou de grandeur.)
Du côté de la Pologne, une porte-parole du ministère de la Justice a déclaré qu’aucune perturbation majeure n’était prévue pendant le tournoi. Mais vous savez comment c’est la vie, n’est-ce pas, on n’est jamais trop prudent et même si on ne s’attend à rien, il faut être prêt à tout.
Afin de faire de la place, on procède donc au transfert de quelque 600 détenus qui occupent une chambre dans une prison située dans l’une des quatre villes qui accueilleront des matchs de l’Euro, en l’occurrence Varsovie, Gdansk, Wroclaw et Poznan.
En outre, les services de 350 juges ont été retenus. Ils seront en disponibilité les jours de match, et des salles de tribunal seront aménagées à l’intérieur même des stades pour juger les infractions sommaires commises dans les gradins. D’autres juges pourraient être appelés en renforts en cas de besoin, et des avocats et des interprètes seront également mis à contribution.
C’est tout ? Bien sûr que non. Le syndicat Solidarnosc a annoncé qu’il profitera de l’attention médiatique portée à l’Euro pour augmenter les protestations liées à la hausse de l’âge de la retraite décrétée par l’État. Et puis, le leader nationaliste Jaroslaw Kaczynski, le frère jumeau du président Lech Kaczynski qui a trouvé la mort dans un accident d’avion en Russie il y a deux ans, tiendra une cérémonie commémorative le 10 juin. Les partisans de Kaczynski soutiennent que les autorités russes ont joué un rôle dans l’écrasement et rejettent les rapports d’enquête qui ont évoqué une erreur de pilotage et la présence de brouillard. Or la cérémonie aura lieu juste à côté de l’hôtel Bristol, où logera… l’équipe de Russie.
À vrai dire, il ne leur manque plus que des casseroles.








