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C'est du sport - Torpeur judiciaire

Quand on se ramasse essoufflé par toute l’action qu’induit une succession infinie d’événements sportifs à décoller la tapisserie, il est possible de retrouver son calme en faisant autre chose. Par exemple, en suivant un procès. La vraie justice qui se respecte exige des procédures longues et complexes et fastidieuses qui ne tolèrent point que l’on tourne les coins rond. Au fil des témoignages, des objections, des plaidoiries et des ajournements, on devient totalement zen même si on est payé pour ne pas l’être, comme on le verra dans quelques instants.

Ces jours-ci, du côté de Washington, se déroule le procès de Roger Clemens. Clemens est l’un des meilleurs lanceurs de toute l’histoire du baseball, 354 victoires en carrière, sept fois gagnant du trophée Cy Young. Il est poursuivi par les États-Unis d’Amérique pour parjure : il aurait menti sous serment en déclarant, lors d’une comparution devant un comité du Congrès américain, qu’il n’avait jamais pris de stéroïdes diabolisants ni d’hormones inhumaines de croissance ni de Quik aux fraises avec du lait homo.


Les audiences permettent de prendre connaissance de toutes sortes de détails extrêmement captivants. Ainsi, Brian McNamee, l’ancien entraîneur personnel de Clemens, affirme avoir fait des injections à son client à plusieurs reprises entre 1998 et 2001. Cette première année, il aurait procédé une dizaine de fois avant de cesser parce que Clemens souffrait d’un ulcère à une fesse. Il aurait aussi injecté la femme de Clemens (!) pour des motifs mystérieux.


Ils sont nombreux à penser que ces tentatives de pincer des sportifs qui se seraient dopés constituent une perte de temps et d’argent, et que le gouvernement a mieux à faire. Ceux-ci rappellent que Barry Bonds a été reconnu coupable d’un seul chef d’accusation (entrave à la justice) alors que, dans le cas de Lance Armstrong, l’enquête fédérale a été abandonnée faute de preuves.


Mais voici où se situe la paix de l’esprit : pour être retenu comme juré, il ne faut pas avoir d’idées préconçues sur la cause à entendre. En l’occurrence, ne pas savoir qui est Roger Clemens et ignorer dans une certaine mesure que le baseball majeur a connu une sombre période d’usage de substances répréhensibles. Donc, ne pas être amateur de balle. Re-donc, se ficher un peu de ce qui se dit dans ce procès.


Résultat : mardi, un membre du jury, celui qui occupait le siège numéro 1, a été renvoyé pour s’être endormi pendant les procédures. Il était le deuxième à subir ce sort pour cause d’assoupissement. Et ça pourrait bien ne pas être tout : dans son portrait, la jurée numéro 16 mentionne que ses passe-temps favoris sont « cuisiner et dormir ».


Voyez bien qu’on s’énerve parfois pour rien.

 
 
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