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C'est du sport! - Souvenirs du «Kid»

Jean Dion   18 février 2012  Actualités sportives
Au début des années 1970, nos Expos souffraient, comme c'est le lourd lot de presque toutes les équipes d'expansion. Rome ne s'est pas bâtie en un jour, ainsi que le disait le poète entrepreneur en construction, et il en va de même d'un club de balle.

Mais, nous assurait-on, l'avenir s'annonçait radieux. L'organisation s'était dotée d'un réseau de filiales de tous les diables, et les prospects de qualité pullulaient. On entendait parler de Steve Rogers, de Larry Parrish, d'Andre Dawson, de Warren Cromartie, d'Ellis Valentine, qui promettaient de faire sortir la franchise de la médiocrité.

Et, évidemment, de Gary Carter, qui allait devenir la deuxième grande star de l'équipe, digne successeur de Rusty Staub.

Quand il est arrivé pour de bon avec le grand club en 1975, les Expos comptaient sur un autre espoir au poste de receveur, du nom de Barry Foote, et les deux se partagèrent le travail, de telle sorte qu'on vit souvent Carter patrouiller dans le champ droit au vieux parc Jarry. Particularité: même en défense, il portait un casque protecteur, uniformément bleu alors que la casquette du club était, on le saura, douteusement tricolore.

Pourquoi le casque? Honnêtement, je ne l'ai jamais su. Mon père et moi en discutâmes sur le balcon en regardant les matchs du mercredi soir à Radio-Canada décrits par Guy Ferron et Jean-Pierre Roy — à côté d'une patente électrique qui attirait et tuait les moustiques —, et nous conclûmes que c'était probablement parce qu'il avait hâte d'aller frapper. C'était cela, Gary Carter: comme une urgence de s'amuser.

Foote ayant été échangé en 1977, il a pu prendre toute la place alors que les Expos arrivaient au Stade olympique. Et il aimait avoir de la place, et on ne s'en plaignait pas alors que cette merveilleuse équipe nous transportait dans une gamme d'émotions à décoller le papier peint. Nous serions toujours déçus à la fin, mais bon, on ne peut pas empêcher un coeur d'aimer.

J'ai souvenance floue d'un message publicitaire qu'il tourna pour un concessionnaire automobile de Montréal. Il y était avec l'une de ses filles et il disait, dans un français extrêmement approximatif mais honorable: «Une chance qu'elle ne joue pas pour les Dodgers». Oublié le motif de cette intervention...

Souvenir de 1992, la dernière présence au bâton de sa carrière. Un double au champ droit, la balle qui, clin d'oeil d'entre les clins d'yeux, passe par-dessus le gant du voltigeur des Cubs. Qui s'adonne à être un certain Andre Dawson. Retiré du match à la faveur d'un coureur suppléant, Gary Carter rentre à l'abri en pleine gloire, sous les vivats de la foule en délire. Si Babe Ruth a construit l'ancien Yankee Stadium, le no 8 en a beaucoup fait pour le Stade olympique.

Réminiscence de 1986. Je regarde la Série mondiale sur une minuscule télé noir et blanc qui aurait dû rendre l'âme il y a longtemps. Sixième match, les Red Sox mènent la série 3-2. Fin de la 10e manche, Boston domine 5-3 et les Mets ont deux retraits avec personne sur les buts.

Carter s'amène au bâton. Il frappe un simple au champ gauche, maintenant son équipe en vie («il était hors de question que je fisse le dernier retrait de la Série mondiale», déclara-t-il plus tard). Suit un autre simple. Puis un autre, qui fait marquer Carter. Au tour de Mookie Wilson à la plaque. Il frappe mille fausses balles. Puis un mauvais lancer, et c'est 5-5 avec Ray Knight au deuxième.

La suite fait partie de l'anthologie. Wilson frappe un faible roulant le long de la ligne du premier but. À la télé, le vénérable Vin Scully, d'ordinaire plutôt calme, s'emporte. «Little roller up along first... Behind the bag! It gets through Buckner! Here comes Knight, and the Mets win it!» L'erreur de Bill Buckner, la plus célèbre de toute l'histoire du baseball. New York allait gagner le 7e match et maintenir bien vivante la malédiction du Bambino.

Le «Kid» avait remporté la Série mondiale, et il fallait que ce fût dans l'uniforme des maudits Mets.

C'était ça aussi, appuyer les Expos de Montréal: voir les meilleurs aller gagner ailleurs. Mike Torrez avec les Yankees. Jeff Reardon avec les Twins. Marquis Grissom avec les Braves. John Wetteland et Tim Raines avec les Yankees. Moises Alou et Cliff Floyd avec les Marlins. Randy Johnson avec les Diamondbacks. Pedro Martinez avec les Red Sox. Des moins meilleurs aussi: Jeffrey Loria, pour prendre un exemple au hasard.

Mais on dira ce qu'on voudra, c'était le bon temps. Et que celui qui a tellement aimé la vie repose en paix.
 
 
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  • André Fortin - Abonné
    18 février 2012 17 h 32
    Merci!
    Merci Gary Carter!
    Merci Jean Dion!
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  • LeCommentateurPublic - Inscrit
    19 février 2012 00 h 00
    Objection!
    Pas pour faire mon obstineux, mais je trouve un peu tiré par les longs cheveux de Randy Johnson lui-même (enfin, ceux qu'il arborait jadis) que de l'inclure dans cette liste de joueurs qui «allaient gagner ailleurs». Parce qu'au fond, des mouvements de joueurs, y en a à chaque année. Et une équipe sur les 30 gagne à chaque année aussi. Juste que des fois, on vend et d'autres fois, on achète. Comme cette fois-là en 89.

    On avait échangé le grand gaucher, alors encore un diamant loin d'être fini de polir, contre un lanceur établi. Pas qu'il ait été mauvais, Mark Langston, mais les Expos ont fini par faire patate: de meneurs à quatrièmes dans la division. Puis là, des joueurs ont quitté. Amer et fatigué, à ce qu'on lit, Bronfman vendit l'équipe et c'était la fin d'un chapitre.
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