C'est du sport! - L'effet babillard
Dans le merveilleux monde du sport™, il existe une vertu cardinale consistant à ne pas approvisionner l'adversaire en raison de vous vaincre au-delà de ce qu'il possède déjà. Cela provoque ordinairement un chapelet de clichés et de phrases creuses où il est question de respect de l'opposition qui a un bon club et il faudra travailler fort et l'importance de l'exécution et de l'observation du plan de match et de jouer 60 minutes et ce sera un gros match difficile et ça se joue sur le terrain et puis euh.
En fait, il s'agit d'éviter soigneusement le coup du babillard. Vous faites une déclaration incendiaire, ou juste un peu baveuse? L'entraîneur-chef rival va se faire un plaisir de découper la manchette et de la placer bien en vue sur le mur de son vestiaire. Et là, ses joueurs ne tarderont pas à se gonfler à bloc par un procédé psychologique de l'intellect et vous en pâtirez.
Une exception notable à cette tendance lourde nous est gracieusement fournie par la boxe. Avant un combat, un pugiliste doit nécessairement couvrir son vis-à-vis de menaces, genre «M'a te l'faire saigner du nez ton nez», «Tu vas manger de la soupe aux dents», «Ta femme ne te reconnaîtra pas» ou «J'espère que tu disposes d'un arrangement funéraire préalable, car il appert que le terme "préarrangement" ne figure pas dans le dictionnaire». C'est comme ça, on n'y peut rien.
La principale entorse au coup du babillard est survenue en janvier 1969 quand le quart-arrière des Jets de New York, Joe
Namath, a garanti une victoire des siens au Super Bowl III. Les Jets étaient négligés par 17 points face aux Colts de Baltimore, mais ils ont quand même gagné, 16-7. Namath s'est ainsi confectionné une place dans la légende, qu'il devait consolider en 2003 lorsque, interviewé sur les lignes de côté pendant un match par Suzy Kolber, il avait
déclaré «Je veux t'embrasser, je me fous royalement des problèmes des Jets, je veux t'embrasser». Il se trouvait alors en situation générale de boisson, et il s'est plus tard excusé.
Ce qui nous amène au demi de sûreté des Giants de New York Antrel Rolle. Mardi, à quelques jours du Super Bowl XLVI, Rolle a dit: «Nous allons gagner. Nous allons gagner ce match pour une foule de bonnes raisons.» Plus tard, invité à dire s'il garantissait une victoire de son équipe, il a déclaré: «Je n'ai pas dit que nous allions gagner. J'ai dit que nous allions faire tout ce que ça prendra pour gagner.» Voyez? Il a probablement ressenti l'angoisse du babillard.
Pour sa part, le plaqueur défensif des Patriots Vince Wilfork a offert la quintessence de l'antibabillard. «Écoutez, c'est le dernier match de la saison. Je crois bien que les Giants veulent gagner et que nous voulons gagner, point à la ligne. Vous avez deux bonnes équipes de football qui ne veulent pas repartir d'ici avec une défaite. Les deux clubs devront jouer du très bon football. Croyez-moi, nous ne sommes pas les seuls à vouloir remporter ce match. Ils veulent la même chose. C'est le dernier match, et le plus gros d'une carrière. C'est ce pour quoi vous jouez.»
Et puis euh.
En fait, il s'agit d'éviter soigneusement le coup du babillard. Vous faites une déclaration incendiaire, ou juste un peu baveuse? L'entraîneur-chef rival va se faire un plaisir de découper la manchette et de la placer bien en vue sur le mur de son vestiaire. Et là, ses joueurs ne tarderont pas à se gonfler à bloc par un procédé psychologique de l'intellect et vous en pâtirez.
Une exception notable à cette tendance lourde nous est gracieusement fournie par la boxe. Avant un combat, un pugiliste doit nécessairement couvrir son vis-à-vis de menaces, genre «M'a te l'faire saigner du nez ton nez», «Tu vas manger de la soupe aux dents», «Ta femme ne te reconnaîtra pas» ou «J'espère que tu disposes d'un arrangement funéraire préalable, car il appert que le terme "préarrangement" ne figure pas dans le dictionnaire». C'est comme ça, on n'y peut rien.
La principale entorse au coup du babillard est survenue en janvier 1969 quand le quart-arrière des Jets de New York, Joe
Namath, a garanti une victoire des siens au Super Bowl III. Les Jets étaient négligés par 17 points face aux Colts de Baltimore, mais ils ont quand même gagné, 16-7. Namath s'est ainsi confectionné une place dans la légende, qu'il devait consolider en 2003 lorsque, interviewé sur les lignes de côté pendant un match par Suzy Kolber, il avait
déclaré «Je veux t'embrasser, je me fous royalement des problèmes des Jets, je veux t'embrasser». Il se trouvait alors en situation générale de boisson, et il s'est plus tard excusé.
Ce qui nous amène au demi de sûreté des Giants de New York Antrel Rolle. Mardi, à quelques jours du Super Bowl XLVI, Rolle a dit: «Nous allons gagner. Nous allons gagner ce match pour une foule de bonnes raisons.» Plus tard, invité à dire s'il garantissait une victoire de son équipe, il a déclaré: «Je n'ai pas dit que nous allions gagner. J'ai dit que nous allions faire tout ce que ça prendra pour gagner.» Voyez? Il a probablement ressenti l'angoisse du babillard.
Pour sa part, le plaqueur défensif des Patriots Vince Wilfork a offert la quintessence de l'antibabillard. «Écoutez, c'est le dernier match de la saison. Je crois bien que les Giants veulent gagner et que nous voulons gagner, point à la ligne. Vous avez deux bonnes équipes de football qui ne veulent pas repartir d'ici avec une défaite. Les deux clubs devront jouer du très bon football. Croyez-moi, nous ne sommes pas les seuls à vouloir remporter ce match. Ils veulent la même chose. C'est le dernier match, et le plus gros d'une carrière. C'est ce pour quoi vous jouez.»
Et puis euh.
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