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C'est du sport! - Par ici la postérité

Jean Dion   31 janvier 2012  Actualités sportives
Il y a de ces moments dans une longue vie d'amateur professionnel où l'on songe à part soi que voilà, c'est pour ça qu'on aime ça. Il n'y en a pas beaucoup, mais il y en a, et ils sont précieux justement parce que rares. Ils ne sont pas aisés à décrire, trop chargés, et on aurait plutôt tendance à dire à la personne qui ne nous croit pas: tiens, voici le moment en question, regarde-le et viens donc me raconter après que tu n'es pas transporté par son incommensurable beauté en dépit de ton blasement permanent.

En l'occurrence, le moment a duré cinq heures et cinquante-trois minutes, ce qui tend à montrer un peu l'élasticité du temps. La finale des Internationaux de tennis d'Australie disputée dimanche (et qui s'est terminée lundi là-bas) entre Novak Djokovic et Rafael Nadal. Un match immense, épique, comme on pense qu'il n'en existe qu'au cinéma. 5-7, 6-4, 6-2, 6-7, 7-5, ce ne sont que des chiffres qui n'arrivent que symboliquement à tenter d'essayer de commencer un début d'ébauche d'explication de ce qui s'est passé, le combat, la persévérance, la résilience, et bien sûr, la dureté du mental.

Si vous voulez l'avis d'un seul homme, ce match se classe dans le top 3 de tous les temps, avec la finale de Wimbledon 2008 Nadal-Federer et une autre finale au même All England Lawn Tennis Club, celle de 1980 entre Björn Borg et John McEnroe. One for the ages, comme disait le poète, par ici la postérité, Djokovic l'a dit, nous venons d'écrire un petit bout d'histoire. Nadal a déclaré que c'était la défaite qui lui faisait le moins mal, lui qui encaissait un troisième revers consécutif contre le même homme en finale d'un tournoi du Grand Chelem. On le comprend: juste d'avoir fait partie de ça constitue un honneur.

Ils ont tout donné. Au cinquième set, on croyait réellement que le gagnant n'allait pas être le premier à remporter six jeux, mais le dernier à s'écrouler d'épuisement. Mais non, ils continuaient à piocher et piocher, puisant dans des réserves d'énergie si profondes qu'on se prenait à se demander ce qu'ils pouvaient bien mettre dans leurs céréales. Le tennis est un sport d'une désarmante simplicité: je place la balle dans ton camp, tu la renvoies dans le mien, et on répète. Il peut aussi être d'une fulgurante beauté.

À plusieurs moments, on croyait bien que le coup de grâce venait d'être porté. Mais quand les deux sont portés par la grâce, quand les deux refusent obstinément de lâcher le morceau, quand les deux sont des puissances de la nature, c'est une autre histoire. Celui qui vient de tomber trouve le moyen de se relever, alors s'il serait si facile de déclarer forfait. Et quand ce fut finalement fini, quand on put passer à la cérémonie de remise des trophées, ils avaient tellement tout donné qu'on dut leur apporter des chaises.

Le match s'est terminé à 1h39 heure locale, mais personne n'avait envie d'aller se coucher. Bon, peut-être Djokovic et Nadal, mais rien n'est moins sûr.
 
 
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  • François Dugal - Abonné
    31 janvier 2012 08 h 15
    La beauté du tennis
    La beauté du tennis vient du faite que c'est le meilleur qui gagne; les habiletés, la stratégie, la forme physique et l'endurance sont les apanages d'un athlète complet.
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  • Andre Vallee - Abonné
    31 janvier 2012 10 h 03
    Deux champions
    Ça aurait été aussi juste de tirer à pile ou face au lieu de s'exténuer pendant 6 heures... mais il n'y aurait pas eu de spectateurs; le tout se serait passé dans un studio de TV. Le “show must go on”. Le sport est plus beau que la politique.
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