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C'est du sport! - Simplement le catch

Jean Dion   12 janvier 2012  Actualités sportives
Il y a de ces moments où l'Histoire effectue une rotation sur elle-même à l'intérieur de la circonférence d'une pièce d'un dixième de dollar ayant cours légal (malgré sa joliesse, l'expression «virer sur un 10 cennes» est toujours frappée d'opprobre par l'Académie). À un instant précis, elle s'en va résolument dans un sens, puis paf, c'est direction opposée toute, et l'humanité ne sera jamais plus la même.

Pareille occurrence est survenue le 10 janvier 1982. C'était il y a 30 belles années avant-hier, et cela ne nous rajeunit pas une miette.

Finale de l'Association nationale de football, Dallas à San Francisco. Avec 58 secondes à jouer, les 49ers, tirant de l'arrière 27-21, ont un troisième essai et trois verges à faire à la ligne de 6 des Cowboys. Le quart Joe Montana roule sur sa droite, mais son receveur prévu, Freddie Solomon, glisse en effectuant son tracé. Il s'approche dangereusement de la ligne de touche et trois joueurs des Cowboys s'apprêtent à fondre sur lui, dont l'ailier défensif Ed «Too Tall» Jones, 6 pieds 9 pouces et affectionnant les sacs.

Montana a la vue obstruée. Il pourrait sortir du terrain et miser sur un quatrième jeu, mais il dirige plutôt un haut ballon dans la région générale où devrait se trouver son ailier espacé Dwight Clark. La passe semble s'en aller nulle part, mais soudain, Clark apparaît, défie la loi de la gravité en se projetant dans les airs et capte le ballon du bout des doigts.

Le touché, dont Montana, plaqué, ne saura qu'il a été réussi qu'en entendant la foule du Candlestick Park hurler, couronne une poussée de 89 verges de la onzième heure typique du grand quart-arrière et donne une victoire de 28-27 aux Niners. Il passera à la postérité sous le simple nom de The Catch. Montana et Clark ont assuré qu'ils avaient préparé ce jeu de rechange lors des entraînements; l'entraîneur-chef Bill Walsh, lui, a dit qu'il n'était absolument pas au courant et songeait déjà au jeu à tenter lors du quatrième essai lorsque les gradins ont explosé.

L'Histoire venait de faire demi-tour. Deux semaines plus tard, les 49ers, le paillasson sur lequel bien des équipes s'essuyaient les pieds dans les années 1970, amorçaient une dynastie en remportant le premier de quatre Super Bowls en neuf saisons. Dallas, qui avait atteint le match de championnat cinq fois depuis 1970, n'allait pas y retourner avant plus d'une décennie.

Cette semaine, Clark a rappelé qu'à peu près personne ne parlait des 49ers à l'époque et qu'il fallait ouvrir les yeux. Or, par une belle ironie, nous voici replongés dans une situation semblable par-delà trois décennies. San Francisco s'est montré passablement médiocre ces dernières années, et lorsqu'on jette un coup d'oeil aux pronostics des experts qui ne se trompent jamais, on constate qu'en début de saison, ils étaient généralement promis au dernier rang de leur division. Mais ils ont maintenu un rendement de 13-3, le même que lors de la campagne de 1981.

Une autre dynastie commencerait-elle donc samedi en fin d'après-midi face à La Nouvelle-Orléans? Mettons qu'il faudrait d'abord se garder de confondre Alex Smith avec Joe Montana. L'Histoire ne change pas de page tous les jours, sinon on ne tarderait pas à mourir de frissons dans la région.

Les 49ers ont une bonne raison de se venger. Lors d'une rencontre pré-saison, les Saints ont blitzé et blitzé en route vers un gain facile, une tactique douteuse dans un match qui ne compte pas. On a raconté que Sean Payton, leur entraîneur, voulait punir son vis-à-vis Jim Harbaugh de ne pas avoir communiqué avec lui pour qu'ils se parlent un peu de l'affrontement à venir, comme il serait de coutume. Payton a nié. Les atomes crochus ne seront pas au rendez-vous.
 
 
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