Et puis euh - Nostalgie
Il était rigoureusement impossible, en ce dimanche après-midi, de ne pas ressentir comme un petit frétillement dans la région. Une bouffée de nostalgie, genre. La conscience aiguë qu'on a eu quelque chose, qu'on l'a perdu et qu'il ne reviendra jamais, et le profond désespoir existentiel, confinant à la neurasthénie, qui vient avec. Avant-hier, à Cooperstown, Andre Dawson prononçait son discours d'intronisation au Temple de la renommée du baseball.
(Et si vous me permettez une précision en passant, contrairement à ce qu'on a pu fréquemment entendre ces dernières heures dans l'espace public, il ne s'agit pas du Temple de la renommée du baseball majeur, mais du baseball, point. Sinon, plusieurs grands joueurs des ligues de Noirs ne s'y retrouveraient pas, ni le présumé inventeur du sport, Alexander Cartwright. Le National Baseball Hall of Fame and Museum est géré par un organisme indépendant des ligues majeures. Sans doute s'agit-il d'un détail, mais en matière de balle, les détails sont de la plus haute importance.)
Juste avant que Hawk ne prenne la parole, on a entendu des cris hors champ, «Let's Go Expos». Comme dans le bon vieux temps où il y avait du monde au Stade olympique.
(Et si vous me permettez une autre précision en passant, ce surnom de «Hawk» lui a été attribué en bas âge par son oncle Matthew Napier, avec lequel il avait l'habitude de s'entraîner. Napier trouvait que contrairement aux autres jeunes qui montraient certaines craintes lorsqu'il leur frappait des roulants, son neveu, lui, sautait sur toutes les balles avec une agressivité n'étant pas sans rappeler celle d'un oiseau de proie.)
Dawson, il faut le dire, a été immortalisé avec une casquette de nos Expos sur la tête, mais il aurait préféré porter celle des Cubs de Chicago. C'est qu'après une dizaine d'excellentes années à Montréal, on l'avait remercié en lui offrant une baisse de salaire. Or cela s'était produit au moment même où les propriétaires d'équipes se livraient à de la grosse collusion en s'entendant derrière des portes commodément closes pour ne pas accorder de gros contrats à des joueurs autonomes. Dawson avait alors songé à prendre sa retraite ou à aller jouer au Japon, mais les Cubs lui avaient finalement proposé un petit quelque chose.
Il a salué ses prédécesseurs à Chicago membres du Temple, Ernie Banks, Billy Williams et Ferguson Jenkins, en soulignant qu'en tant que joueurs noirs arrivant dans les années 1950 et 1960, ils l'avaient eue passablement plus difficile que lui.
Un brin d'humour, aussi. Il a mentionné qu'au déjeuner dimanche matin, l'ancien as lanceur des Mets de New York et des Reds de Cincinnati Tom Seaver lui avait lancé un petit pain à la tête «pour que je ne me sente pas trop dépaysé». De Tom LaSorda, Dawson a révélé que l'ancien gérant des Dodgers de Los Angeles lui avait appris comment obtenir un repas gratuit: «Tu commandes un steak, tu en manges la moitié, puis tu le renvoies à la cuisine en te plaignant qu'il n'est pas à ton goût, et on t'en rapporte un nouveau.»
Un bon mot pour nos Expos, qui «m'ont repêché et m'ont donné ma première chance. Vous m'avez donné mes premières 10 années dans les ligues majeures, et vous m'avez permis de connaître une autre culture et de jouer dans un autre pays.» Aux partisans: «Merci de votre gentillesse et de votre admiration.»
Et on a vraiment pu éprouver une certaine amorce de trépignement intérieur lorsqu'il a évoqué son passage chez les Marlins de la Floride, a prononcé les noms de Jeffrey Loria et David Samson, et qu'on a entendu, au fond là-bas, des huées bien méritées de la part de gens qui ont la mémoire longue.
***
Dawson a brièvement fait allusion, sans nommer directement le phénomène, aux récentes années troubles dans le monde du baseball. Mais ce sont des individus, a-t-il dit, qui ont «choisi le mauvais chemin» et dont les «erreurs» ont entaché le sport, alors qu'il ne devrait pas l'être: «Le baseball n'est pas en cause, et il ne l'a jamais été.»
Déclaration intéressante. Cooperstown carbure au mythe, à commencer par le fait que contrairement à une idée répandue, le baseball n'y est pas né. Et là-bas, tout est de l'Histoire avec un H majuscule, tous les personnages sont plus grands que nature, tout concourt à vous persuader que vous entrez dans un univers magique.
Pourtant, la réalité devrait se faire plutôt dérangeante dans un proche avenir. Nous arriverons bientôt à l'admissibilité des gros noms qui ont fait la manchette dans l'ère des stéroïdes. L'Association des chroniqueurs de baseball d'Amérique, dont les membres élisent les joueurs au Temple, a déjà commencé à faire la vie dure à Mark
McGwire, et elle aura au cours des prochaines années à se pencher sur des dossiers délicats comme ceux de Sammy Sosa, Roger Clemens, Rafael Palmeiro, Barry Bonds, et un jour d'Alex Rodriguez qui pourrait bien à ce moment être le roi des coups de circuit de tous les temps. Les barrera-t-on à tout jamais? Y aura-t-il plutôt un purgatoire? On pourrait connaître bien des séances annuelles de votation où aucun candidat ne sera retenu.
En ce qui a trait à nos Expos, la dernière chance d'en voir un porte-couleurs accéder aux honneurs réside dans Tim Raines. Avec 30 % des voix cette année alors qu'il en faut 75 %, il en est encore loin, mais Dawson a mis neuf ans avant d'enfin se voir récompenser.
Et puis, s'il y a une justice, on trouvera aussi une place pour Jacques Doucet.
(Et si vous me permettez une précision en passant, contrairement à ce qu'on a pu fréquemment entendre ces dernières heures dans l'espace public, il ne s'agit pas du Temple de la renommée du baseball majeur, mais du baseball, point. Sinon, plusieurs grands joueurs des ligues de Noirs ne s'y retrouveraient pas, ni le présumé inventeur du sport, Alexander Cartwright. Le National Baseball Hall of Fame and Museum est géré par un organisme indépendant des ligues majeures. Sans doute s'agit-il d'un détail, mais en matière de balle, les détails sont de la plus haute importance.)
Juste avant que Hawk ne prenne la parole, on a entendu des cris hors champ, «Let's Go Expos». Comme dans le bon vieux temps où il y avait du monde au Stade olympique.
(Et si vous me permettez une autre précision en passant, ce surnom de «Hawk» lui a été attribué en bas âge par son oncle Matthew Napier, avec lequel il avait l'habitude de s'entraîner. Napier trouvait que contrairement aux autres jeunes qui montraient certaines craintes lorsqu'il leur frappait des roulants, son neveu, lui, sautait sur toutes les balles avec une agressivité n'étant pas sans rappeler celle d'un oiseau de proie.)
Dawson, il faut le dire, a été immortalisé avec une casquette de nos Expos sur la tête, mais il aurait préféré porter celle des Cubs de Chicago. C'est qu'après une dizaine d'excellentes années à Montréal, on l'avait remercié en lui offrant une baisse de salaire. Or cela s'était produit au moment même où les propriétaires d'équipes se livraient à de la grosse collusion en s'entendant derrière des portes commodément closes pour ne pas accorder de gros contrats à des joueurs autonomes. Dawson avait alors songé à prendre sa retraite ou à aller jouer au Japon, mais les Cubs lui avaient finalement proposé un petit quelque chose.
Il a salué ses prédécesseurs à Chicago membres du Temple, Ernie Banks, Billy Williams et Ferguson Jenkins, en soulignant qu'en tant que joueurs noirs arrivant dans les années 1950 et 1960, ils l'avaient eue passablement plus difficile que lui.
Un brin d'humour, aussi. Il a mentionné qu'au déjeuner dimanche matin, l'ancien as lanceur des Mets de New York et des Reds de Cincinnati Tom Seaver lui avait lancé un petit pain à la tête «pour que je ne me sente pas trop dépaysé». De Tom LaSorda, Dawson a révélé que l'ancien gérant des Dodgers de Los Angeles lui avait appris comment obtenir un repas gratuit: «Tu commandes un steak, tu en manges la moitié, puis tu le renvoies à la cuisine en te plaignant qu'il n'est pas à ton goût, et on t'en rapporte un nouveau.»
Un bon mot pour nos Expos, qui «m'ont repêché et m'ont donné ma première chance. Vous m'avez donné mes premières 10 années dans les ligues majeures, et vous m'avez permis de connaître une autre culture et de jouer dans un autre pays.» Aux partisans: «Merci de votre gentillesse et de votre admiration.»
Et on a vraiment pu éprouver une certaine amorce de trépignement intérieur lorsqu'il a évoqué son passage chez les Marlins de la Floride, a prononcé les noms de Jeffrey Loria et David Samson, et qu'on a entendu, au fond là-bas, des huées bien méritées de la part de gens qui ont la mémoire longue.
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Dawson a brièvement fait allusion, sans nommer directement le phénomène, aux récentes années troubles dans le monde du baseball. Mais ce sont des individus, a-t-il dit, qui ont «choisi le mauvais chemin» et dont les «erreurs» ont entaché le sport, alors qu'il ne devrait pas l'être: «Le baseball n'est pas en cause, et il ne l'a jamais été.»
Déclaration intéressante. Cooperstown carbure au mythe, à commencer par le fait que contrairement à une idée répandue, le baseball n'y est pas né. Et là-bas, tout est de l'Histoire avec un H majuscule, tous les personnages sont plus grands que nature, tout concourt à vous persuader que vous entrez dans un univers magique.
Pourtant, la réalité devrait se faire plutôt dérangeante dans un proche avenir. Nous arriverons bientôt à l'admissibilité des gros noms qui ont fait la manchette dans l'ère des stéroïdes. L'Association des chroniqueurs de baseball d'Amérique, dont les membres élisent les joueurs au Temple, a déjà commencé à faire la vie dure à Mark
McGwire, et elle aura au cours des prochaines années à se pencher sur des dossiers délicats comme ceux de Sammy Sosa, Roger Clemens, Rafael Palmeiro, Barry Bonds, et un jour d'Alex Rodriguez qui pourrait bien à ce moment être le roi des coups de circuit de tous les temps. Les barrera-t-on à tout jamais? Y aura-t-il plutôt un purgatoire? On pourrait connaître bien des séances annuelles de votation où aucun candidat ne sera retenu.
En ce qui a trait à nos Expos, la dernière chance d'en voir un porte-couleurs accéder aux honneurs réside dans Tim Raines. Avec 30 % des voix cette année alors qu'il en faut 75 %, il en est encore loin, mais Dawson a mis neuf ans avant d'enfin se voir récompenser.
Et puis, s'il y a une justice, on trouvera aussi une place pour Jacques Doucet.
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