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Et puis euh - Un autre appel

Jean Dion   26 janvier 2010  Actualités sportives
On ne le dira jamais assez, le destin tient à bien peu de chose, c'en est même complètement mental. Prenez par exemple vous. Un matin au hasard, vous partez pour l'ouvrage cinq minutes plus tôt que prévu afin de vous arrêter au magasin général pour vous procurer un exemplaire de gomme à mâcher. Au coin de la rue, vous croisez quelqu'un que vous connaissez et qui est accompagné d'une autre personne. Les présentations sont faites, vous regardez cette autre personne dans les yeux et paf, c'est le coup de foudre. Vous échangez les numéros de téléphone et vous passez le reste de vos jours à être heureux ensemble.

Imaginez: si vous aviez quitté la maison à l'heure prévue, vous n'auriez jamais rencontré l'amour de votre vie. Vous instaurez un culte religieux qui vénère la gomme à mâcher.

À l'inverse, vous partez cinq minutes plus tard que prévu, alors qu'il se met à tomber un crachin verglaçant. Le trottoir est glissant, vous chutez lourdement dessus et vous vous abîmez ce faisant une coiffe d'un rotateur. Vous instaurez un culte religieux qui honnit le trottoir.

Ou encore, vous partez à l'heure prévue, et il ne se passe strictement rien. Vous passez une autre journée plate au burlingue, et vous rentrez à domicile en méditant sur l'absurdité de tout cela.

On constate donc aisément comment un rien peut transformer une vie, n'est-ce pas? Dans sa dernière livraison, le magazine ESPN, auquel je suis abonné jusqu'en 2043, raconte une bien belle histoire qui illustre le concept.

Retournons en 2005. Cette année-là est la cinquième de Drew Brees dans l'uniforme des Chargers de San Diego. Il ne se débrouille pas trop mal dans ses fonctions de quart-arrière partant, et il s'apprête à devenir joueur autonome et à toucher le gros lot. Les Chargers, eux, ont fait l'acquisition du jeune prospect Philip Rivers — les vieux prospects demeurent un phénomène relativement rare, on en conviendra — en retour d'Eli Manning qui ne voulait pas jouer à San Diego pour des raisons qui ne regardent que lui, et il est clair comme de l'eau de source que Rivers représente l'avenir.

Brees dispute le dernier match du calendrier contre le Denver. Tout va plutôt bien jusqu'à ce que, vers la fin de la première demie, il reçoive sur son haut du corps un plaqueur défensif de 320 livres. Grave blessure à l'épaule. Il devra être opéré et se faire poser un tas de bidules.

Résultat: les offres se font rares pendant la morte-saison. Deux équipes seulement font des propositions sérieuses: Miami et La Nouvelle-Orléans. Celle des Saints est supérieure, mais Brees la refuse, convaincu qu'il peut tout de même encore faire monter les enchères. Et il n'est pas certain qu'il veut s'établir dans la métropole louisianaise. Les Saints ont une longue histoire de médiocrité, et ils viennent de terminer la campagne 2005 avec un reluisant dossier de 3-13. Et puis, La Nouvelle-Orléans ne paraît guère hospitalière quelques mois après le passage de l'ouragan Katrina.

Mais les Dolphins ne se manifestent pas. Et c'est là, messieurs dames, que le destin frappe. En plein là.

Le nouvel entraîneur-chef des Saints est Sean Payton, lui-même un rescapé en quelque sorte. Adjoint avec les Cowboys de Dallas, il convoitait le poste de grand patron des Packers de Green Bay, mais ceux-ci lui ont préféré quelqu'un d'autre, et il s'est rabattu sur La Nouvelle-Orléans un peu par défaut, genre. Et il tient à Brees. Il l'invite à venir rencontrer les dirigeants du club et à visiter la ville.

Les deux hommes effectuent un tour de machine lorsque Payton emprunte la mauvaise sortie sur l'autoroute. Ils se perdent et se retrouvent pendant trois quarts d'heure dans l'un des secteurs les plus dévastés de l'agglomération urbaine. Des débris partout, et une sale odeur d'égout à ciel ouvert.

Brees entend alors l'appel. «J'ai réalisé que la ville, les Saints et moi, nous avions tous quelque chose à reconstruire, et que nous pouvions le faire ensemble», dit-il. «Ç'a été un moment déterminant de ma vie.»

Il décide aussitôt d'accepter l'offre des Saints. Son épouse et lui s'installent dans une vieille maison qui a été en partie détruite par l'ouragan. Pendant des semaines, des partisans leur apportent de la nourriture. Il crée une fondation qui récolte plusieurs centaines de milliers de dollars pour la reconstruction de parcs, de terrains de jeu et d'écoles de La Nouvelle-Orléans.

«La foi en cette ville est si forte que vous êtes porté à croire que son destin l'appelle, que nous allons réussir ce que nous devons réussir. Ce n'est qu'une question de temps», dit Brees.

Et voyez-vous ça, quatre ans plus tard, après que le quart-arrière eut réalisé des saisons époustouflantes de 4418, 4423, 5069 et 4388 verges par la passe, les Saints prendront part à leur premier Super Bowl en plus de 40 ans d'existence.

Ce qui ne serait peut-être jamais arrivé si Sean Payton avait pris la bonne sortie.

***

On remarquera que si les Saints sont encore en vie, c'est en bonne part parce que les Vikings du Minnesota se sont enfargés dans les fleurs du tapis avec tous ces échappés, ces interceptions et autres bourdes, comme avoir un joueur de trop dans le caucus alors que la victoire était à portée de main.

À ce sujet, un partisan des Vikings aux espoirs brisés depuis si longtemps a décidé de mettre son allégeance à l'équipe... en vente sur eBay. Celui qui soumettra la plus forte enchère gagnera le droit de choisir le club que le dénommé pickle4200 appuiera désormais.
 
 
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  • Denis Seguin - Abonné
    26 janvier 2010 14 h 56
    L'appel
    A moins que je me trompe...serais-ce le néant absurde ce genre de coup du destin....
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