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Hors-jeu: En avoir ou pas

Jean Dion   22 mai 2003  Actualités sportives
Voyez comme le monde est mal fait. Hier, il faisait un temps d'une beauté à rendre jalouses toutes les starlettes du Festival de Cannes elles-mêmes en personnes et en décolletés, aussi en avez-vous profité pour aller jouer dehors. Mieux: vous êtes allés vous asseoir sur une terrasse, d'où vous avez regardé passer les gens sur le trottoir. Un jour, il faudra bien se rendre à l'évidence: après le hockey, le curling et la conversation au cellulaire au volant, l'activité physique de prédilection de ce pays consiste à regarder passer le monde sur le trottoir.

Je vous comprends donc. C'est tellement agréable.

Mais pendant que vous caracoliez à la recherche d'une place (de terrasse + de stationnement = vaste programme), vous avez manqué plein de choses. Vous n'étiez pas au Stade, par exemple, où se trouve une bien belle équipe de balle qui, je le reconnais, me fait rêver dès les ides de mai, bien qu'hyperréaliste intransigeant et prosélyte, à une participation au détail. Où se trouvent aussi des amateurs mille fois moins nombreux que ceux qui n'arrêtent pas de se demander, sans y aller, pourquoi il n'y a pas de spectateurs au Stade. Probablement qu'ils sont en train de regarder passer des gens sur le trottoir, que je réponds alors à ceux-là, et croyez-moi, ça fait son petit effet à tout coup.

Cela étant, vous avez aussi raté un vrai quelque chose. Hier avait lieu le tout premier match de tennis nu diffusé sur Internet.

Exactement, du tennis nu. Avec pas de linge, juste des raquettes et, à la rigueur, des petits poignets en ratine. Une autre occasion de constater que pour freiner le progrès, il faut vraiment mettre son cadran à l'heure des poules. (Et dans la même veine, une pensée du jour: la maxime veut que l'avenir appartienne à ceux qui se lèvent tôt. C'est faux. L'avenir appartient à ceux qui ont des employés qui se lèvent tôt.)

Le tournoi était organisé par un club naturiste de la Floride, le Lake Como Nudist Resort — qui, soit dit en passant, a un directeur du marketing appelé Elf Anderson, ce qui ne veut rien dire mais évoque drôlement un film suédois, mettons un drame de moeurs psychologiques coté 7. À l'origine, l'événement devait avoir lieu le 11 mai dernier, mais une très forte demande, qui risquait de faire planter le site (www.tennisnaked.com), a forcé son report à hier; c'est du moins ce que relate la toute dernière livraison du Naturist Journal, une publication qui nous rappelle le bon vieux temps quand ça ne coûtait pas si cher de s'habiller, genre paradis terrestre, et à laquelle vous devriez, comme moi, vous abonner. (Si vous êtes trop gênés, vous pouvez demander que le magazine vous soit livré sous pli banalisé confidentiel.)

Le tournoi réunissait 20 joueurs nus, se produisant devant une centaine de spectateurs nus. Il paraît qu'on a eu droit à d'excellents matchs et à du jeu dépouillé. Je dis «il paraît» parce que je n'ai pu y assister, le visionnement coûtant 13 $US et tout le budget du mois de mai de Hors-Jeu ayant été englouti dans des appels interurbains à Anna Kournikova, qui réside en Floride, question de connaître ses activités ces jours-ci. Et, pour des raisons qui m'échappent, le tournoi n'était pas radiodiffusé.

Le succès de l'événement, a déclaré Donald Whalen, qui a récemment mis sur pied le Nudist Webcasting Network, devrait par ailleurs inciter les autorités naturistes à organiser des tournois de volleyball nu et des séances de karaoké nu sur Internet. Dans le cas du karaoké, il s'agirait d'une présentation interactive, «comme un American Idol nu», a ajouté M. Whalen.

Mentionnons enfin, puisqu'il le faut, que le tournoi de tennis nu offrait 2000 $US en... bourses.

***

Puisqu'il est question de vêtements ou de leur relative absence, impossible de ne pas souligner que l'équipe de soccer d'Angleterre vient de signer un contrat de trois ans avec le designer Giorgio Armani. Armani, qui a déjà habillé l'équipe nationale d'Italie, sera chargé de confectionner les fringues pour usage hors terrain des joueurs anglais.

La première collection, me confient mes sources dans le domaine en pleine effervescence de la haute couture — un article de journal, en fait, mais je vous l'ai dit, le budget de recherche est épuisé —, est constituée «de pantalons taille basse à devant plat, d'une chemise de coton gris perle, d'une cravate de soie iridescente gris bleu foncé et d'un veston aux genoux en laine légère paré de cinq boutons à attache asymétrique» (traduction d'un gars qui s'y connaît plutôt peu en mode). Le tout s'accompagne d'accessoires tels les verres fumés Armani, la montre Armani, la ceinture Armani, les chaussures Armani et les bobettes Armani.

Les équipiers de l'Angleterre ont d'ailleurs l'occasion d'étrenner leur nouveau linge chic à ce moment ici puisqu'ils disputent ce soir même un match amical contre l'Afrique du Sud à Johannesburg. Notez-le, ça pourrait toujours servir: en échange de sa participation au voyage, David Beckham, qui arbore maintenant des tresses tressées serré à l'africaine, a exigé de rencontrer personnellement Nelson Mandela.

Quant à l'équipe anglaise, elle a exigé que chacun de ses repas comprenne des biscuits Jaffa — base de gâteau éponge, milieu en ersatz de confiture à saveur d'orange, le tout recouvert de chocolat, voyez un peu où le sport nous emporte, art vestimentaire, coiffure de pointe, art culinaire, c'est fascinant —, de même que du ketchup Heinz. Des demandes qui, semble-t-il, ont eu l'heur de choquer ses hôtes sud-africains.

Comme quoi l'habit et le moine qui va dessous ne sont pas toujours nécessairement assortis.

***

Après les patates frites et le pain doré, l'Austin American-Statesman (abonnement pas cher) nous apprend que Bobby French, un joueur de baseball de l'école secondaire Westlake, située dans la capitale du Texas, est désormais présenté aux spectateurs, lorsqu'il s'amène au bâton, sous le nom de Bobby Freedom.

Hé ben.

jdion@ledevoir.com
 
 
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