Et puis euh - Un homme de trop
Alors, voici à peu près comment ça se passe. Vous êtes attelé à la tâche de rédiger un papelard rapport au match de la Coupe Grey. À un moment donné, vous observez le quart-arrière des Roughriders de la Saskatchewan Darian Durant — à éviter dans la mesure du possible de confondre avec l'orchestre Duran Duran — qui porte lui-même le ballon sur 16 verges et plonge dans l'en-but pour le touché. Il reste un peu plus de 10 minutes à disputer, et c'est maintenant, après transformation, 27-11 pour la Saskatchewan. La Saskatchewan, dont le jeu au sol a traversé la défense des Alouettes de Montréal, relativement solide jusque-là, comme du beurre lors de la dernière séquence. Les Alouettes, qui connaissent un match étonnamment ordinaire considérant leur excellente saison, paraissent avoir abandonné la partie. L'affaire est dans le sac pour les hommes en vert.
Vous écrivez donc: «Durant a assené le coup de grâce», etc. Et vous vous trouvez très perspicace et vous vous félicitez de posséder ce don de prescience qui fait un tel tabac dans les cocktails huppés des grands boulevards.
Puis, environ une demi-heure plus tard, vous êtes forcé de reconnaître que vous vous êtes salement gouré. Les Alouettes ont remonté la pente savonneuse qu'ils s'étaient eux-mêmes badigeonnée et l'ont emporté par un point sur la deuxième reprise du dernier jeu du match (plus in extremis que ça, ben, tu perds, genre). Vous devez donc vous amender, et cela prend cette tournure: «Durant semblait avoir assené le coup de grâce», etc.
Voyez comment un passé composé devenu imparfait/infinitif passé peut modifier la perspective. Tout est dans la conjugaison. En plus, il vous fait passer pour clairvoyant. Le lecteur se dit: il a tout vu, le bougre. Tout le monde croyait que Durant avait assené le coup de grâce alors que lui avait bien compris qu'il n'avait que semblé le faire.
C'est pour ça, messieurs dames, que le monde du sport est si merveilleux. Parce qu'on pense qu'il y a eu coup de grâce, pour mieux se rendre compte qu'on était dans les patates pilées et qu'un redressement spectaculaire a eu lieu devant nos yeux ébahis. Comme à la lutte arrangée, véhicule de merveilleux entre tous les véhicules de merveilleux, quand un des combattants apparemment à l'article du décès se réveille soudain et se met à rouer l'adversaire de coups jusqu'à ce que ce dernier dise «chute».
Quant aux deux touchés marqués subséquemment par Montréal avant le placement décisif, vous devez faire preuve de créativité. Car que devient le cliché «trop peu, trop tard», que vous aviez évoqué avec une originalité à décoller la tapisserie, quand ce n'est pas trop peu et qu'il n'est pas trop tard? «Assez, assez tôt»? «En masse, avec du lousse»? Tant de questions, et cette heure de tombée qui approche à grandes enjambées.
Les Als, comme disent les supporters de l'abréviation — et en passant, une autre question qui me turlupine le ciboulot depuis au moins trois générations: pourquoi le mot «abréviation» est-il si long? et pourquoi n'a-t-il pas d'abréviation? une ab, me semble, ça se placerait super dans une conversation à bâtons rompus —, les Als, oui, ont donc gagné 28-27 sur un placement de Damon Duval qui s'essayait pour la deuxième fois.
Et là, j'ai encore une question.
C'est 27-25 Saskatchewan avec quatre ou cinq secondes au cadran quand Duval s'amène. Il rate son botté, trop à droite, mais une punition est imposée aux Riders qui ont trop de joueurs sur le terrain. Treize, en fait, alors que le règlement précise qu'au football professionnel canadien, il va à l'encontre de l'esprit sportif, et il est même rigoureusement interdit, d'en déployer plus de 12. La punition va permettre aux Alouettes de reprendre le jeu.
Sur image arrêtée, on en voit 12 qui sont massés sur la ligne de mêlée. Et à ceux-là, il faut ajouter le retourneur de bottés Jason Armstead, qui lui se trouve profondément dans sa zone des buts.
Et la question, qui mérite des italiques pour l'ensemble de son oeuvre, est: mais bondance de calvette, qu'est-ce qu'il faisait là?
Bon, l'erreur resterait assez peu pardonnable, mais compréhensible si on avait eu 13 joueurs sur la ligne. Excès de volonté de bloquer le botté, et toutes ces choses. Alors qu'il ne servait strictement à rien, à rien, qu'Armstead se trouve à cet endroit. Si Duval réussissait sa tentative, c'était fini et les Als gagnaient. S'il la ratait, c'était un simple, c'était fini et les Riders gagnaient 27-26.
Laisser un gars ou deux en arrière au cas où il y aurait mauvaise remise (ou jeu truqué) et où les Alouettes tenteraient de courir ou de passer? Oui, mais 10 ou 15 ou 20 ou 25 verges derrière la ligne de mêlée, pas au fond de la zone des buts!
Et par-dessus le marché, alors que le match était prétendument gagné pour la Saskatchewan, soit avant qu'on sache qu'il y avait punition, Armstead a fait la seule chose qu'il ne fallait pas faire: il a capté le ballon et s'est mis à courir et est sorti des buts. Risquant ainsi de commettre un échappé que les Als auraient recouvré avec possibilité de marquer un touché sur le jeu. Risque mince, certes, mais risque pareil.
Enfin. Ça doit être que je ne comprends rien au football.
La prochaine fois, nous verrons que l'arrêt-court des Yankees de New York Derek Jeter, nommé hier sportif de l'année par Sports Illustrated, est en train de se faire construire en Floride une résidence de 30 875 pieds carrés comprenant 62 pièces, dont sept chambres à coucher et neuf salles de bains, tout cela parce qu'il n'a pas les moyens de s'offrir un appart sur le Plateau.
Vous écrivez donc: «Durant a assené le coup de grâce», etc. Et vous vous trouvez très perspicace et vous vous félicitez de posséder ce don de prescience qui fait un tel tabac dans les cocktails huppés des grands boulevards.
Puis, environ une demi-heure plus tard, vous êtes forcé de reconnaître que vous vous êtes salement gouré. Les Alouettes ont remonté la pente savonneuse qu'ils s'étaient eux-mêmes badigeonnée et l'ont emporté par un point sur la deuxième reprise du dernier jeu du match (plus in extremis que ça, ben, tu perds, genre). Vous devez donc vous amender, et cela prend cette tournure: «Durant semblait avoir assené le coup de grâce», etc.
Voyez comment un passé composé devenu imparfait/infinitif passé peut modifier la perspective. Tout est dans la conjugaison. En plus, il vous fait passer pour clairvoyant. Le lecteur se dit: il a tout vu, le bougre. Tout le monde croyait que Durant avait assené le coup de grâce alors que lui avait bien compris qu'il n'avait que semblé le faire.
C'est pour ça, messieurs dames, que le monde du sport est si merveilleux. Parce qu'on pense qu'il y a eu coup de grâce, pour mieux se rendre compte qu'on était dans les patates pilées et qu'un redressement spectaculaire a eu lieu devant nos yeux ébahis. Comme à la lutte arrangée, véhicule de merveilleux entre tous les véhicules de merveilleux, quand un des combattants apparemment à l'article du décès se réveille soudain et se met à rouer l'adversaire de coups jusqu'à ce que ce dernier dise «chute».
Quant aux deux touchés marqués subséquemment par Montréal avant le placement décisif, vous devez faire preuve de créativité. Car que devient le cliché «trop peu, trop tard», que vous aviez évoqué avec une originalité à décoller la tapisserie, quand ce n'est pas trop peu et qu'il n'est pas trop tard? «Assez, assez tôt»? «En masse, avec du lousse»? Tant de questions, et cette heure de tombée qui approche à grandes enjambées.
Les Als, comme disent les supporters de l'abréviation — et en passant, une autre question qui me turlupine le ciboulot depuis au moins trois générations: pourquoi le mot «abréviation» est-il si long? et pourquoi n'a-t-il pas d'abréviation? une ab, me semble, ça se placerait super dans une conversation à bâtons rompus —, les Als, oui, ont donc gagné 28-27 sur un placement de Damon Duval qui s'essayait pour la deuxième fois.
Et là, j'ai encore une question.
C'est 27-25 Saskatchewan avec quatre ou cinq secondes au cadran quand Duval s'amène. Il rate son botté, trop à droite, mais une punition est imposée aux Riders qui ont trop de joueurs sur le terrain. Treize, en fait, alors que le règlement précise qu'au football professionnel canadien, il va à l'encontre de l'esprit sportif, et il est même rigoureusement interdit, d'en déployer plus de 12. La punition va permettre aux Alouettes de reprendre le jeu.
Sur image arrêtée, on en voit 12 qui sont massés sur la ligne de mêlée. Et à ceux-là, il faut ajouter le retourneur de bottés Jason Armstead, qui lui se trouve profondément dans sa zone des buts.
Et la question, qui mérite des italiques pour l'ensemble de son oeuvre, est: mais bondance de calvette, qu'est-ce qu'il faisait là?
Bon, l'erreur resterait assez peu pardonnable, mais compréhensible si on avait eu 13 joueurs sur la ligne. Excès de volonté de bloquer le botté, et toutes ces choses. Alors qu'il ne servait strictement à rien, à rien, qu'Armstead se trouve à cet endroit. Si Duval réussissait sa tentative, c'était fini et les Als gagnaient. S'il la ratait, c'était un simple, c'était fini et les Riders gagnaient 27-26.
Laisser un gars ou deux en arrière au cas où il y aurait mauvaise remise (ou jeu truqué) et où les Alouettes tenteraient de courir ou de passer? Oui, mais 10 ou 15 ou 20 ou 25 verges derrière la ligne de mêlée, pas au fond de la zone des buts!
Et par-dessus le marché, alors que le match était prétendument gagné pour la Saskatchewan, soit avant qu'on sache qu'il y avait punition, Armstead a fait la seule chose qu'il ne fallait pas faire: il a capté le ballon et s'est mis à courir et est sorti des buts. Risquant ainsi de commettre un échappé que les Als auraient recouvré avec possibilité de marquer un touché sur le jeu. Risque mince, certes, mais risque pareil.
Enfin. Ça doit être que je ne comprends rien au football.
La prochaine fois, nous verrons que l'arrêt-court des Yankees de New York Derek Jeter, nommé hier sportif de l'année par Sports Illustrated, est en train de se faire construire en Floride une résidence de 30 875 pieds carrés comprenant 62 pièces, dont sept chambres à coucher et neuf salles de bains, tout cela parce qu'il n'a pas les moyens de s'offrir un appart sur le Plateau.
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