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Et puis euh - Mal de tête

Jean Dion   29 octobre 2009  Actualités sportives
Disons-le comme on le sent: notre monde postmoderne est d'une beauté attendrissante. La communication connaît un paroxysme — ce qui permet notamment à Canadien de traverser d'heureux moments, d'ailleurs je ne sais ce que vous en pensez, mais personnellement, je trouve que Jacques Martin communique en diable — et, grâce au cyberespace, il est devenu possible de ne rien manquer du tout, même si on passe une demi-heure au lavabo à se savonner les mains dans le but d'éviter la propagation du virus B(J3M4). C'est que ça devient sérieux, ce truc: un jeune hockeyeur ontarien en est mort, trois joueurs de la Ligue nationale en sont atteints, et voilà que des associations de hockey mineur recommandent de ne pas se passer la bouteille d'eau et se demandent s'il ne faudrait pas abandonner les poignées de main à la fin des matchs. Côté Canadien, on apprenait hier que le personnel de l'équipe s'assurait que les porte-couleurs se lavent fréquemment les mains.

Ne rien manquer, donc. Autrefois, vous auriez entendu parler de la mise en échec servie par Mike Richards, qui a expédié David Booth au pays des rêves — commotion cérébrale — samedi dernier, vous auriez demandé à voir parce que vous n'êtes pas du genre à croire sans avoir vu et vous auriez dû attendre, attendre le bulletin de nouvelles qui ne l'aurait peut-être même pas montré. Et ça, c'est si on avait des images. Ils ne filmaient pas tout, dans le temps. Essayez par exemple de trouver ne serait-ce que deux ou trois petits faits saillants de la saison 1884 dans le baseball majeur. Bonne chance.

Aujourd'hui, même pas besoin de fil. Vous entrez «richards booth» — la majuscule est en sérieuse voie de disparition dans les nouvelles technologies de l'information — au clavier et paf, une cinquantaine de documents vidéo vous sautent dessus. Vous avez alors tout loisir de vous repaître d'extraits, de les faire jouer en boucle, d'examiner le dossier sous tous ses angles. Vous maîtrisez la situation. Vous êtes libre. Vous êtes même un peu maître de l'univers, genre.

Et vous constatez qu'en fait de mise en échec, c'est de la grosse mise en échec. Style TGV qui débarque sans crier gare (dans le sens de), le coude haut à part ça. À un endroit dangereux de la surface glacée, quand le gars entre en zone adverse sur l'aile, passe la rondelle et coupe au centre. Booth n'a rien vu venir.

On parlait l'autre jour des choses qui ne changent pas? En voici une autre: Richards a reçu une inconduite de partie pour son geste, mais l'auguste NHL n'a pas jugé bon de le suspendre. Un simple coup de massue à la tête? On ne va quand même pas s'énerver pour si peu. Comme pour Savancosinus dans La Zizanie, cela relève plutôt de la guerre psychologique.

Évidemment, comme cela se produit chaque fois que pareil incident se produit, la question a été soulevée par la communauté des observateurs: va-t-il falloir attendre que quelqu'un meure pour qu'on se décide à agir? Car bien sûr, un jour, quelqu'un va laisser sa peau sur la patinoire.

Pour critiquer la NHL, la communauté des observateurs fait d'ailleurs souvent le parallèle avec ce qui se trame dans la Ligue nationale de football. Ces dernières années, la NFL a instauré plusieurs règles pour mieux protéger les quarts-arrières et punir plus sévèrement les coups à la tête ou portés avec la tête. Mais on est encore loin du compte.

Coïncidence, le commissaire de la NFL Roger Goodell comparaissait hier devant un comité du Congrès des États-Unis, dont quelques membres ont manifesté des inquiétudes concernant la santé des joueurs. Une étude récente a établi que les anciens joueurs de football professionnel américain souffrent de dommages au cerveau et de diverses maladies comme l'Alzheimer dans une proportion beaucoup plus grande que la population en général. Un reportage publié par Sports Illustrated il y a deux ans montrait quantité d'ex-footballeurs accablés par des douleurs permanentes dues à l'arthrite ou à d'autres maux similaires, incapables de faire certains mouvements ou de prendre leurs petits-enfants dans leurs bras.

Hier, Goodell a refusé de faire un lien entre le traitement que s'administrent les joueurs pendant les matchs et ces complications, et il a répété que tout est mis en ¶uvre pour assurer le mieux possible leur sécurité. Il faut dire que les joueurs eux-mêmes ne s'aident pas toujours. La compétition pour chaque poste est tellement vive qu'il arrive qu'ils ne dévoilent pas leur état même s'ils sentent que quelque chose ne tourne pas rond.

Un bon indice de ce que jouer au football peut s'avérer une entreprise risquée si votre première priorité est la santé? Aux États-Unis, l'espérance de vie moyenne pour un homme ordinaire est de 75 ans. Pour un joueur de la NFL, elle est de 55 ans. Et de 53 ans pour un joueur de ligne.

Bien sûr, ses conséquences vont avec le principe même du jeu. Mettez 22 athlètes format géant sur un terrain et demandez-leur de se rentrer dedans à qui mieux mieux, il y aura nécessairement de la casse. Les joueurs sont de plus en plus gros, ils courent de plus en plus vite, ils frappent de plus en plus fort. Ils sont prêts à courir des risques de plus en plus grands pour notre divertissement (et accessoirement, un petit salaire).

Dans une récente entrevue, le quart des Bengals de Cincinnati Carson Palmer déclarait: «Un jour, quelqu'un va mourir sur le terrain.» Et il sera trop tard.






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