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Et puis euh - Choc aquatique

Jean Dion   20 octobre 2009  Actualités sportives
Veuillez d'avance pardonner l'auteur du présent texte s'il, le texte, pèche par découture*, c'est qu'il, l'auteur, se trouve encore sous le choc. Voici les faits à l'origine de: dimanche en début d'après-midi, l'auteur se dirige vers le match des Alouettes auquel un copain détenteur d'un abonnement — l'auteur, on le saura, est abonné à plein d'affaires, mais pas aux Alouettes — l'a gracieusement convié. Peut-être est-ce l'excitation, le tout est matière à débat, mais toujours est-il que, chemin faisant, il se discerne une petite sécheresse dans la région. Il décide donc de s'arrêter au dépanneur pour s'acheter une bouteille d'eau. Il n'est pas un partisan de la bouteille d'eau en général pour toutes sortes de raisons qui le regardent, mais des fois, faut ce qui faut.

Il entre donc dans le commerce en question, cavale jusqu'au frigo, se choisit un flacon et va à la caisse. La jeune dame passe l'objet au lecteur optique et le prix apparaît, juste à côté du grand tableau qui nous invite à nous procurer des billets de loterie, parce qu'en vertu d'un phénomène que vous expliquerez à l'auteur un jour, le camouflage de ce vice qu'est le tabagisme s'est paradoxalement accompagné du passage à l'avant-scène, et pas à peu près, du jeu de hasard. Les voies de l'État ne sont pas très sondables.

3,38 $. Trois dollars trente-huit. Et il s'agit d'une petite bouteille.

Perdon? balbutie l'auteur après qu'on lui eut administré les procédures de réanimation. On lui explique: c'est que ça vient des îles Fidji, monsieur, qui ne se situent pas précisément à la porte, et vous savez comme moi, transport, manutention, tout le bataclan... Certes, on peut s'interroger sur un autre paradoxe, qui veut que le pays qui possède les plus grandes réserves d'eau potable au monde importe de l'eau des îles Fidji, mais bon, c'est comme ça. Et ça se vend très bien, dit le jeune homme qui est aussi à la caisse et ne semble pas en revenir davantage que l'auteur.

Bien sûr, ce n'est là que le début, puisqu'au stade Percival-Molson la bouteille de flotte se détaille 4,25 $. Ce qui se comprend: dans une enceinte sportive, le client est captif, et ils savent que vous vous êtes laissé tenter dès votre arrivée par le fumet de ce chien chaud format géant (il n'y a pas de format ordinaire) et qu'une heure plus tard, ben, vous avez soif, et aussi excitant le spectacle soit-il, vous ne pouvez le goûter pleinement avec le gosier desséché. Ça fait que.

Les Alouettes ont gagné 41-38.

(*L'auteur déteste que des mots n'existent pas. Si « cousu » partage sa vie avec « couture », pourquoi « décousu » devrait-il rester tout seul dans son coin sans sa « découture »? Hein, pourquoi? On ne le sait pas, mais on dit merci à Et puis euh de repousser les frontières du langage.)

***

Que de contrastes, mes aïeux, que de contrastes. Il faut vraiment s'armer d'imperturbabilité pour ne pas sombrer dans la gamme des émotions, ce qui, selon des sources, peut causer des hauts et des bas avec tout ce que cela induit. Ou quelque chose du genre.

Samedi après-midi, donc, l'Impact remporte le championnat de la ligue United. On n'aurait pas cru ça dans un passé relativement récent, n'est-il pas? Mais voilà ce que peuvent faire six victoires en six matchs éliminatoires. Quand vous ne perdez aucune joute en séries, messieurs dames, vos risques de passer rapidement au golf se voient lourdement diminuées. (Pour peu, évidemment, que les joueurs de soccer se mettent au golf au terme de leur saison professionnelle. Comme ils terminent en octobre, voilà encore une matière à débat.) On aura donc droit à un défilé, peut-être le premier de deux puisque ça va aussi pas mal pas pire pour les Alouettes.

À moins que ce ne soit le premier de trois? Car on a tendance à l'oublier dans cette ville, il y a aussi Canadien nouveau. Et Canadien nouveau connaît un début de campagne en feu.

Mais non, c'est pas vrai, c'était juste pour voir si vous suiviez. Canadien nouveau n'est pas en feu, mais dans l'eau chaude, ce qui, contrairement à ce qu'on pourrait croire à première vue, n'est pas pareil. (Précisons en passant que se trouver dans l'eau chaude a un prix, mais moins élevé que l'eau embouteillée.)

Contraste, donc: l'Impact célèbre en après-midi, et Canadien nouveau se fait copieusement et collectivement huer samedi soir au Centre Bell Téléphone. À son deuxième match local. Et l'Artiste se paie le luxe de marquer le but d'assurance vers la fin de la troisième période avec le plomb sur le bord du poteau qui a fait sa notoriété. Voilà qui vous commence un deuxième siècle autrement que ce que vous auriez sans doute espéré.

Non, ça ne va pas bien du tout. Et il appert que ce n'est pas la faute du manque de communication, ni de la rumba. On aurait donc affaire à un authentique mystère, qui confond jusqu'aux plus grands experts. Mais l'auteur croit discerner une piste de solution quelque part.

Ça prend un grand ménage. Oh, certes, vous entendrez parler ces prochaines semaines de patience, mais quand tout le monde dira, aux alentours de janvier prochain, que ça prend un grand ménage, vous seriez choux de vous rappeler que vous l'avez lu ici en premier.

****

jdion@ledevoir.com






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