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Voyage voyage

Jean Dion   15 octobre 2009  Actualités sportives
Il n'y a pas moyen d'en être vraiment certain parce qu'on ne peut se fier à personne, mais selon la rumeur ambiante, Guy Laliberté est discrètement allé quelque part en voyage, la grippe A(H1N1) va faire des milliards de morts si vous n'apprenez pas à éternuer dans votre coude, le compteur d'eau est un instrument hautement surfait dont on ne sait même pas à quoi il sert et les nouveaux Nordiques de Québec vont disputer un premier match après-demain soir.

Et ce n'est pas tout: Georges Laraque aurait tourné dans une annonce de linge serré aux endroits stratégiques en compagnie de gros plans de boisson énergisante contenant de l'alcool.

Ce qui soulève évidemment la question du jour: dans quelle sorte de monde vivons-nous? Je vous le demande un peu, même si je sais que vous ne disposez pas de tous les éléments de réponse nécessaires.

Bien oui, donc, le retour de la Ligue nationale à Québec est pour très très bientôt. Car, contrairement à Rome, le Colisée Pepsi peut se bâtir en un jour (c'est la détérioration qui est plus longue, ainsi que l'indique le Colisée de... Rome, justement, qui est peut-être un Colisée Coke, ou 7-Up, ou Mountain Dew, ou Nectar Denis, allez savoir). Il suffit d'alimenter les travailleurs de la construction en boisson énergisante, quoique avec pas d'alcool cette fois.

Rêve-t-on? Personnellement, ayant vécu la rivalité Canadien-Nordiques de la belle époque — les années 1981 à 1987, grosso modo — avec une ferveur à décoller la tapisserie, vous imaginez que j'éprouve des frétillements dans la région juste à y penser. Bien sûr, il y a toutes sortes d'obstacles, à commencer par un plancher salarial d'une quarantaine de millions de dollars américains, mais s'ils peuvent y arriver à Ottawa, à Calgary ou à Edmonton, ben c'est ça qui est ça. De toute manière, au rythme où vont les choses, notre bonne vieille piastre du Canada vaudra sous peu 5,75 $US, et on pourra acheter les États-Unis au complet en payant comptant.

Et on remarquera que les dirigeants de la Nationale Hockey Ligue, qui écartaient du revers de la palette tout scénario de déménagement d'équipe(s) il n'y a pas si longtemps, commencent à changer de discours. Ce n'est point une coïncidence.

En fait, il s'agit d'une fichue bonne idée. Aussi bonne que le but d'Alain Côté. C'est tout dire, me semble.

***

Certains voyagent dans l'espace (on le saura), d'autres s'offrent un périple dans le temps. Ces cinq dernières années, le journaliste Alain Usereau s'est livré à un travail de moine. Le résultat: L'Époque glorieuse des Expos, plus de 300 pages d'évocation d'un passé pendant lequel Montréal, le Québec et même une bonne partie du Canada vibraient au rythme du baseball. Le bouquin, publié chez Les Éditeurs réunis, couvre la période 1977-1984.

C'était le temps où les Expos étaient immensément populaires, parfois plus que le Canadien même si la chose paraît parfaitement inimaginable aujourd'hui. Après les années de misère qui attendent chaque équipe d'expansion, le club, grâce à un excellent réseau de filiales qui avait produit des prospects en rafales et à des acquisitions stratégiques, s'est mis à émerger à compter de la saison 1977. Personne n'a oublié Steve Rogers, Gary Carter, Larry Parrish, Andre Dawson, Warren Cromartie, Ellis Valentine, Tim Raines, Tim Wallach, Ron LeFlore, Rodney Scott, Ray Burris, Scott Sanderson, Bill Gullickson, et je me retiens pour ne pas étirer la liste jusqu'à demain matin...

(Souvenir: les Expos suscitaient un tel engouement qu'en 1979, alors que j'avais acheté des billets deux mois avant un match, les meilleures places disponibles se situaient au niveau 700, au deuxième balcon derrière la clôture du champ droit.)

Maniaque fini de balle, Usereau — qui a récemment fait la une de la section des sports du New York Times après avoir remporté le jeu-questionnaire complètement tordu* auquel la Society for American Baseball Research soumet ses membres à son congrès annuel — a relu tous les journaux de l'époque et fait des dizaines et des dizaines d'entrevues pour présenter un tableau détaillé de cette portion d'histoire. Quiconque aime un tant soit peu le baseball et s'est entiché des Expos y trouvera matière à nostalgie. C'est avec délices qu'on se replonge dans le quotidien de la meilleure équipe à n'avoir jamais pris part à la Série mondiale.

(*Des questions du genre: quel joueur non intronisé au Temple de la renommée a réussi le plus de triples en carrière? Quels sont les huit lanceurs que le vétéran Jamie Moyer a dépassés cette saison pour le nombre de victoires en carrière? Contre quel lanceur Reggie Jackson a-t-il réussi son premier circuit en séries éliminatoires? Comme on ne tarde pas à le constater juste en observant, il faut avoir une vie intérieure relativement mouvementée pour se dépêtrer de pareil traquenard, même avec l'apport de Wikipédia.)

Non, ils n'ont pas atteint la Série mondiale. Mais chaque fois on se disait que c'était pour l'année suivante. Avoir su que cela ne se produirait jamais, on en serait sans doute morts de chagrin. On les aimait tellement. Et au fond, on s'en rend compte en lisant le livre d'Alain Usereau, on les aime encore.






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