Sport extrême avant la lettre
Les canots à glace entrent dans la course sur le Saint-Laurent, dimanche, dans la Vieille Capitale
Il faut être fou ou fichtrement en forme pour prendre part à la Course de canots du Carnaval de Québec qui se tiendra dimanche. Pour le public, c'est l'occasion d'assister à un sport extrême sous le signe de l'endurance et de la connaissance du fleuve.
Québec — «Ma mère n'a jamais vu de course. Tout ce qu'elle fait, c'est allumer des lampions», raconte Nathalie Dufour, de l'équipe Royal Lepage élite. Âgée de 44 ans, la nouvelle présidente de l'Association des coureurs de canots à glace paraît facilement dix ans de moins. Elle a visiblement opté pour un passe-temps qui tient en forme...
Il y a 15 ans qu'elle fait de la course et elle ne s'en lasse pas. «Ce n'est pas un sport de moumoune!», lance-t-elle à propos de la compétition qui la fera traverser le fleuve avec quatre coéquipières. «Ce qui est dur dans ce sport-là, c'est que tu ne peux jamais t'arrêter. Si tu prends une pause, le courant va te repousser et tu risques de perdre tout ce que tu as gagné.»
L'autre défi, ajoute-t-elle, est plus cérébral. «Il faut être en perpétuelle analyse. Tu dois surveiller le courant et les glaces en tout temps.» La compétition de dimanche promet à ce titre d'être relevée en raison de la marée montante. «Si on fait face à un vent d'est, le courant risque d'être deux fois plus fort.» Et encore, il faudra aussi surveiller les glaces...
«C'est fascinant. Il n'y a pas deux traversées semblables. Ce n'est pas comme en ski où tu peux dire que tu maîtrises telle ou telle piste. Le fleuve, lui, tu ne le maîtriseras jamais.»
Les valeureux participants — on recense environ une cinquantaine d'équipes dans l'association — disent tous la même chose: le défi, c'est le «cardio». Même les sportifs les plus aguerris tombent de haut quand ils attaquent ce sport. «J'ai un ami qui a voulu essayer à son retour des Olympiques. Il faisait du patin sur longue piste. On lui a fait faire un petit trajet et pourtant, à la fin, il a dit qu'il n'avait jamais autant souffert de sa vie.»
La plupart des coureurs en canot de glace sont des athlètes. Ils pratiquent le vélo de montagne ou le rafting, des sports complémentaires dont les saisons ne chevauchent pas celles du canot l'hiver. Originaire de l'Île-aux-Coudres, Nathalie est pour sa part l'une des rares descendantes des canoteurs de la vieille tradition.
Encore aujourd'hui, le sport est associé à des familles de coureurs comme les Lachance, les Anderson et les Gilbert. Comme nous le rapportions récemment, de nombreux champions de canot à glace étaient dans le passé des insulaires qui avaient appris à composer avec les caprices du fleuve l'hiver. Les canots servaient traditionnellement à transporter les malades, les écoliers, les marchandises, etc. Un patrimoine si précieux que la Ville de Québec a entrepris de le faire reconnaître par l'UNESCO.
L'impitoyable fleuve
Lorsqu'on demande à Nathalie de comparer son sport aux nouveaux sports extrêmes comme le Red Bull Crashed Ice, elle n'hésite pas longtemps: «Le canot, c'est beaucoup plus dur! Tu n'as pas de protection. Si ta jambe reste prise entre deux bouts de glace, elle est broyée, c'est tout.» Or, les amateurs n'en sont pas peu fiers; on ne recense ni décès ni accident grave dans l'histoire du canot de glace.
Pourquoi? Il semble, ironiquement, que ce soit une question de... modestie. «Le grand défi, d'une fois à l'autre, c'est de se surpasser. Parce que le fleuve, lui, tu ne peux pas le défier. Si tu le fais, c'est sûr que c'est lui qui va gagner.»
Depuis quelques années, le programme s'est enrichi de nouvelles courses.
Quatre compétitions
Ainsi, les équipes peuvent désormais concourir dans quatre compétitions menant à la Coupe des Glaces. La semaine derrière, elles ont affronté la résistance du courant entre Saint-Joseph-de-la-Rive et l'Île-aux-Coudres, de loin la course la plus relevée, selon Nathalie.
Suivent celles du Carnaval ce dimanche, la Course de la banquise à Portneuf (les 13 et 14 février) et le Grand Défi des glaces (le 7 mars), à Québec, qui comprend dix traversées pour les hommes et six pour les femmes, alors que celle de ce week-end n'en compte que quatre pour les hommes et deux pour les femmes.
Nathalie rêve du jour où l'on suivra assidûment les courses qui mènent à la Coupe comme on le fait pour les séries éliminatoires de hockey.
En attendant, le canot à glace s'impose comme un sport de plus en plus onéreux. Si les commanditaires de certaines équipes assument quasiment toutes les dépenses, dans d'autres cas, il leur faut débourser des milliers de dollars en équipement. Et, sachez-le, ce n'est pas l'uniforme qui coûte cher!
Les canoteurs ne portent même pas de dry suit (combinaison pour prémunir les sportifs d'hypothermie dans l'eau froide). Seules leurs jambes sont protégées. «On aurait trop chaud!», dit Nathalie, qui est découragée par la météo de dimanche. «On annonce quelques degrés au-dessus de zéro, alors que pour moi, la température idéale, c'est moins 20!»
- www.carnaval.qc.ca.
Québec — «Ma mère n'a jamais vu de course. Tout ce qu'elle fait, c'est allumer des lampions», raconte Nathalie Dufour, de l'équipe Royal Lepage élite. Âgée de 44 ans, la nouvelle présidente de l'Association des coureurs de canots à glace paraît facilement dix ans de moins. Elle a visiblement opté pour un passe-temps qui tient en forme...
Il y a 15 ans qu'elle fait de la course et elle ne s'en lasse pas. «Ce n'est pas un sport de moumoune!», lance-t-elle à propos de la compétition qui la fera traverser le fleuve avec quatre coéquipières. «Ce qui est dur dans ce sport-là, c'est que tu ne peux jamais t'arrêter. Si tu prends une pause, le courant va te repousser et tu risques de perdre tout ce que tu as gagné.»
L'autre défi, ajoute-t-elle, est plus cérébral. «Il faut être en perpétuelle analyse. Tu dois surveiller le courant et les glaces en tout temps.» La compétition de dimanche promet à ce titre d'être relevée en raison de la marée montante. «Si on fait face à un vent d'est, le courant risque d'être deux fois plus fort.» Et encore, il faudra aussi surveiller les glaces...
«C'est fascinant. Il n'y a pas deux traversées semblables. Ce n'est pas comme en ski où tu peux dire que tu maîtrises telle ou telle piste. Le fleuve, lui, tu ne le maîtriseras jamais.»
Les valeureux participants — on recense environ une cinquantaine d'équipes dans l'association — disent tous la même chose: le défi, c'est le «cardio». Même les sportifs les plus aguerris tombent de haut quand ils attaquent ce sport. «J'ai un ami qui a voulu essayer à son retour des Olympiques. Il faisait du patin sur longue piste. On lui a fait faire un petit trajet et pourtant, à la fin, il a dit qu'il n'avait jamais autant souffert de sa vie.»
La plupart des coureurs en canot de glace sont des athlètes. Ils pratiquent le vélo de montagne ou le rafting, des sports complémentaires dont les saisons ne chevauchent pas celles du canot l'hiver. Originaire de l'Île-aux-Coudres, Nathalie est pour sa part l'une des rares descendantes des canoteurs de la vieille tradition.
Encore aujourd'hui, le sport est associé à des familles de coureurs comme les Lachance, les Anderson et les Gilbert. Comme nous le rapportions récemment, de nombreux champions de canot à glace étaient dans le passé des insulaires qui avaient appris à composer avec les caprices du fleuve l'hiver. Les canots servaient traditionnellement à transporter les malades, les écoliers, les marchandises, etc. Un patrimoine si précieux que la Ville de Québec a entrepris de le faire reconnaître par l'UNESCO.
L'impitoyable fleuve
Lorsqu'on demande à Nathalie de comparer son sport aux nouveaux sports extrêmes comme le Red Bull Crashed Ice, elle n'hésite pas longtemps: «Le canot, c'est beaucoup plus dur! Tu n'as pas de protection. Si ta jambe reste prise entre deux bouts de glace, elle est broyée, c'est tout.» Or, les amateurs n'en sont pas peu fiers; on ne recense ni décès ni accident grave dans l'histoire du canot de glace.
Pourquoi? Il semble, ironiquement, que ce soit une question de... modestie. «Le grand défi, d'une fois à l'autre, c'est de se surpasser. Parce que le fleuve, lui, tu ne peux pas le défier. Si tu le fais, c'est sûr que c'est lui qui va gagner.»
Depuis quelques années, le programme s'est enrichi de nouvelles courses.
Quatre compétitions
Ainsi, les équipes peuvent désormais concourir dans quatre compétitions menant à la Coupe des Glaces. La semaine derrière, elles ont affronté la résistance du courant entre Saint-Joseph-de-la-Rive et l'Île-aux-Coudres, de loin la course la plus relevée, selon Nathalie.
Suivent celles du Carnaval ce dimanche, la Course de la banquise à Portneuf (les 13 et 14 février) et le Grand Défi des glaces (le 7 mars), à Québec, qui comprend dix traversées pour les hommes et six pour les femmes, alors que celle de ce week-end n'en compte que quatre pour les hommes et deux pour les femmes.
Nathalie rêve du jour où l'on suivra assidûment les courses qui mènent à la Coupe comme on le fait pour les séries éliminatoires de hockey.
En attendant, le canot à glace s'impose comme un sport de plus en plus onéreux. Si les commanditaires de certaines équipes assument quasiment toutes les dépenses, dans d'autres cas, il leur faut débourser des milliers de dollars en équipement. Et, sachez-le, ce n'est pas l'uniforme qui coûte cher!
Les canoteurs ne portent même pas de dry suit (combinaison pour prémunir les sportifs d'hypothermie dans l'eau froide). Seules leurs jambes sont protégées. «On aurait trop chaud!», dit Nathalie, qui est découragée par la météo de dimanche. «On annonce quelques degrés au-dessus de zéro, alors que pour moi, la température idéale, c'est moins 20!»
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