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Et puis euh - Une étude pour le prouver

Jean Dion   28 octobre 2008  Actualités sportives
Alors, est-ce que Philadelphie a gagné? Voilà le hic lorsqu'on écrit avant le fait: on sait pas. Certes, on peut s'adonner à des analyses croisées, élaborer des courbes de tendances, faire s'aligner l'abscisse et l'ordonnée en un tonitruant crescendo, mais c'est sur le terrain que ça se joue, n'est-ce pas, et le sport professionnel regorge historiquement d'occurrences qui n'étaient pas censées se produire. Aussi, dans le cas d'un match de Série mondiale disputé hier soir et d'un Pulitzer rédigé hier après-midi, faut-il se contenter d'un point d'interrogation, même si ça ne fait pas très très expert.

Chose certaine, à Philadelphie, ils sont affamés. Quatre équipes pros, et aucun championnat depuis 1983, quand ils jouaient encore au basket en culottes courtes. En 125 ans de vie, les Phillies ont remporté un total de un titre, vous en souvient-il, ça se passait en 1980. Les Phillies se trouvaient à égalité avec nos Expos avec trois matchs à jouer au Stade olympique. Philadelphie avait gagné le vendredi soir, puis le samedi après-midi, c'était même en relatif début de soirée puisqu'il avait plu, nos Expos menaient 4-3 avec deux retraits en neuvième manche lorsque Bob Boone avait frappé un simple bon pour un point contre Woodie Fryman, Fryman qui exploitait une plantation de tabac au Kentucky et gagnait toujours les concours de traite de vaches lors de la journée de la Ferme annuelle au parc Jarry. Puis, en 11e, Mike Schmidt en avait dévissé une dans les gradins de gauche, ça s'était terminé 6-4 et le match du dimanche ne voulait plus rien dire, ce qui s'avérait d'autant plus maudit que je possédais des billets pour la rencontre en question. Enfin. Cela pour dire qu'avec ce que les Phillies et les Pirates nous ont fait subir au fil des ans, il est étonnant qu'un mouvement antipennsylvain ne se soit pas fait jour en nos contrées. (Et on ne parle pas des Flyers du printemps dernier.)

En plus, les foules sportives de Philadelphie entretiennent la réputation d'être les plus sévères, indomptées, exigeantes, impossibles à satisfaire, intimidantes en Amérique du Nord, sinon dans tout le monde industrialisé. Les fans ont déjà lancé des boules de neige au père Noël. L'ancien joueur et commentateur Bob Uecker racontait qu'une fois, des spectateurs avaient hué des enfants qui éprouvaient des difficultés à mener à bien une chasse aux oeufs de Pâques. Dans une déclaration célèbre, l'ex-lanceur Bo Belinsky s'était dit d'avis que «ces gens hueraient des funérailles». En 1980, on avait d'ailleurs assisté à une première lorsque la police s'était déployée avec un nombre incalculable de chiens sur les côtés du terrain, avant la fin du match, afin de prévenir tout débordement.

Et il y a Sarah Palin. Ah, je savais que vous brûliez d'avoir des nouvelles de la «hockey mom» par excellence. Madame Palin, donc, candidate à la vice-présidence des États-Unis — la perspective seule jette l'effroi —, a procédé à la mise en jeu protocolaire lors du match inaugural des Flyers il y a deux semaines. Copieusement conspuée qu'elle a été, la dame. À tel point qu'il a fallu monter le volume de la musique dans l'amphithéâtre pour couvrir tant bien que mal l'expression de la vindicte populaire.

Remarquez, ça s'est passé un peu mieux à St. Louis, vendredi dernier, lors d'un match des Blues. Quelques huées, mais un avantage aux applaudissements. Tout aurait été nickel, en fait, si le gardien local Manny Legace ne s'était enfargé dans le tapis prévu à cet effet pour la mise en jeu symbolique. Legace s'est ainsi procuré une élongation dans la région et a dû quitter le match après la première période. Il a cependant affirmé ne pas en vouloir à Mme Palin, dont la seule présence «est bonne pour le hockey».

Et puis tenez, puisqu'on cause de sport et de femmes républicaines, vous voulez une autre nouvelle? Condoleezza Rice. On sait qu'à compter de la fin janvier, quand la guerre en Irak aura été gagnée et que l'administration Bûche se retirera en pleine gloire, Condoleezza Rice se retrouvera avec pas d'emploi. Or selon des sources, la secrétaire d'État aurait confié à des proches être tentée par un poste de direction dans une équipe de football de la NFL. D'après le San Jose Mercury News, auquel je suis abonné les jours impairs, une entente serait même pratiquement déjà conclue avec les 49ers de San Francisco. Les 49ers ont toutefois nié la rumeur, même s'ils seraient effectivement à la recherche d'un ou d'une président ou présidente (quel plaisir, en vérité, d'écrire correctement «s'ils seraient»).

On sait aussi, même si on ne sait pas trop pourquoi, qu'il ne faut pas mélanger le sport et la politique. Sauf, bien sûr, quand un club veut des bébelles comme des déductions fiscales ou quand il s'agit de sauver une course de chars à forte teneur en retombées. Or à San Francisco, lit-on un peu plus loin dans le cyberespace, plusieurs croient que Mme Rice pourrait jouer un rôle important dans les démarches faites par les 49ers en vue d'obtenir un nouveau stade, eux qui sont coincés dans le vétuste et froid et venteux Candlestick Park. Tiens donc. Toute est dans toute, on ne le répétera jamais assez.

La prochaine fois, sérieux, nous verrons qu'une balle de tennis qui semble atterrir à l'extérieur du terrain a plus de chances d'être à l'intérieur qu'une balle qui semble être à l'intérieur à de chances d'être à l'extérieur. Sérieux, je dis. Ça tombe bien, j'aurai une étude pour le prouver.
 
 
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  • Rénald Marchand - Abonné
    28 octobre 2008 22 h 36
    Fou brake
    Quel plaisir

    Rénald Marchand
  • fermer
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  •  
  • Rémi Catafard - Abonné
    30 octobre 2008 13 h 19
    Nostalgie et "songeries" .
    Merci, M. Dion.
    Votre rappel de la douloureuse et néfaste série contre les
    Phillies en 1980 a ravivé une vielle blessure, presqu'autant
    que le malencontreux circuit de Rick Monday (était-ce bien lui?) des Dodgers, contre notre as Steve Rogers appelé en relève; ce qui mettait fin aux espoirs de nos Expos, après une saison de rêve.
    C'est votre dernier paragraphe qui provoque mes "songeries".
    La balle de tennis qui semble à l'extérieur, mais qui serait à l'intérieur...et vice-versa. J'en perds le sommeil jusqu'à
    votre prochaine chronique sérieuse doublée d'une savante étu-
    de qui dissipera tous mes doutes et me redonnera mes nuits
    revigorantes.
    En passant, c'est peut-être "fou braque" qu'il aurait fallu
    écrire plutôt que "fou brake" qui semblerait vouloir mettre
    un "frein" à vos fantaisies littéraires que j'apprécie pres-
    que toujours sans réswerve.
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