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Grand Prix du Canada - Faire la piastre !

Foi de Bernie Ecclestone, il n'y en aura pas de facile pour le Grand Prix du Canada! Après le coup fourré de 2003 et l'ultimatum de 2007, le dirigeant de la Formula One Managment (FOM) sort l'artillerie lourde: il fait du Grand Prix de Montréal 2009 une dépouille, et l'élimine du calendrier en invoquant un bris de contrat.

Les amateurs de course automobile savent que le sieur Ecclestone, maître du bluff et de la menace, a plus d'un tour dans son sac. Usant habilement des médias, il a déjà dans le passé réussi à faire plier ses interlocuteurs, l'objectif étant toujours le même: ne pas perdre un denier sur la piste.

Mardi matin, on apprenait que la Fédération internationale de l'automobile avait décidé de détrôner Montréal au profit d'Istanbul. Malgré d'intenses négociations, le Grand Prix du Canada 2009, dirigé par Normand Legault, n'aura pas lieu. Derrière cette agonie se camoufle un différend commercial suffisamment imposant pour que les deux interlocuteurs, habiles gens d'affaires, retirent leurs billes. Quand on ne peut plus faire la piastre, qui donc veut encore rouler?

Si le coureur automobile avance pour une première place, le promoteur de courses vise en effet la rentabilité. L'événement n'étant plus viable, l'entreprise de M. Legault stoppe la course. Le promoteur affirme avoir usé le modèle d'affaires. Il refuse de tripler ou quadrupler le prix des entrées.

Ailleurs sur le globe, les autres grands prix sont soutenus par des organisations gouvernementales, faisant de l'événement montréalais le seul à être orchestré par le privé. L'entreprise de M. Legault refuse l'aide publique, dont elle n'a jamais été trop friande, mais elle suggère au passage une relève possible: pourquoi pas une OSBL, du type de celles qui soutiennent des festivals misant sur le jazz et l'humour? Attention!

La méthode Ecclestone a beau toujours produire son effet — émoi, consternation politique, branle-bas de combat, déploiement des dollars —, un temps d'arrêt s'impose avant que les gouvernements ne songent à investir des millions de dollars pour soutenir un week-end de vrombissements sur le circuit de l'île Notre-Dame. Les derniers grands prix forcent les organisateurs à verser des redevances allant jusqu'à 50 millions de dollars. Pour un Grand Prix, 50 millions?

Il est vrai que l'événement, qui n'a pas le caractère populaire et gratuit de festivals comme Juste pour rire ou le Festival de jazz, génère entre 75 et 100 millions de retombées, sans compter une visibilité hors pair pour Montréal, soudainement lorgnée par 300 millions de personnes au petit écran. Mais avec 50 millions, en cette ère de compressions où l'on oppose sport et culture, combien d'événements culturels pourraient prendre leur envol? Combien de manières de faire connaître Montréal?

Avant de réagir de manière épidermique et de sauver un événement qui n'a plus de Villeneuve pour raviver la flamme, il faut débattre de la pertinence de soutenir à fort coût le Grand Prix du Canada. Sa disparition probable ne rappellera jamais la mort des Nordiques ou celle des Expos, que certains portent encore en berne. Si l'entreprise privée jette l'éponge, rien n'indique que le public doive s'y jeter tête perdue.

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machouinard@ledevoir.com
 
 
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