Même pas proche...
Avec la victoire d'Usain Bolt au 200 m, la Jamaïque est en train de faire du Nid d'oiseau de Pékin un temple reggae
Photo : Agence France-Presse
«Qu'y a-t-il à dire?» Donovan Bailey est un grand monsieur de l'athlétisme, et en plus il a le visage perpétuellement rieur, les yeux qui scintillent. Au cours des derniers jours, on l'a souvent vu à la CBC, fin analyste de la chose sportive, décortiquant la prouesse sportive, le 100 mètres ridicule, comme dans ridiculement facile, d'Usain Bolt, le triplé jamaïcain au même sprint chez les dames, cette Jamaïque qui a de longue date fait belle figure dans les courtes courses, mais là explose et est en train de faire du Nid d'oiseau de Pékin un temple reggae. Hier, tout de suite après le 200 m, pendant que Bolt ramassait son sac à dos et s'en allait vers de nouvelles aventures, Bailey a esquissé un sourire. «Qu'y a-t-il à dire?», a-t-il dit.
C'est en effet à peu près tout ce que l'on peut, comment dire, dire. Une chance que le nom même de Bolt autorise de multiples calembours — il est surnommé «Lightning Bolt», l'éclair, et évidemment toutes les manchettes du monde étaient prêtes: on a maintenant la preuve que la foudre peut frapper deux fois au même endroit, et en plus, «to bolt» peut être rendu par «se sauver» —, parce que la banque de qualificatifs est épuisée. N'en cherchez pas, il n'y en a plus.
Qu'y a-t-il à dire? Michael Johnson, dont la marque réputée imbattable est tombée, a dit: «Wow». Tous ceux qui le connaissent racontent que Johnson n'est pas un homme que l'on impressionne aisément, mais il n'en revenait pas. «Quand je l'ai vu décoller des blocs, j'ai simplement fait "Wow"», a-t-il déclaré à la BBC. «Il a eu un excellent départ et son virage était absolument fabuleux. Il est Superman 2.» À l'ère du cellulaire, il faudra demander à Bolt où il trouve des cabines téléphoniques pour enfiler son maillot.
Sa compatriote Melaine Walker, elle-même médaillée d'or au 400 m haies et auteure d'un record olympique, a dit: «Je suis heureuse qu'il vienne de la Jamaïque et qu'il soit un être surnaturel.»
Bolt, lui, a dit: «Je suis sous le choc. Je ne m'attendais pas à cela. Je ne croyais pas que c'était possible.»
Le choc, il va sans dire, ne venait pas de sa victoire. Tout le monde savait qu'il allait gagner. C'est ce 19 s 30 qui prive le monde de mots, ajouté à un 9 s 69 au 100 m.
Le plus drôle étant que Bolt ait déclaré qu'il se sentait fatigué...
Bolt est devenu le neuvième coureur de l'histoire à enlever le 100 et le 200 lors des mêmes Jeux. Mais il est le premier à le faire en établissant deux marques mondiales. Et son avance au 200 est la plus forte jamais vue dans l'olympisme: 0,66. Deux tiers de seconde, après la disqualification de Martina et Spearmon pour avoir couru hors de leur couloir. Même pas proche, comme dirait Rodger.
Qu'y a-t-il à dire? Le sport, on n'a qu'à lire L'Équipe pour s'en convaincre, peut pousser à de prodigieux élans poétiques, mais il n'est sans doute jamais aussi admirable que lorsqu'il force au silence.
***
Dans la série «Ah, c'est donc ça le truc», un entraîneur de l'équipe masculine chinoise de gymnastique, Huang Yubin, a expliqué comment les dirigeants de la formation s'y étaient pris pour provoquer un redressement spectaculaire. Les messieurs de la Chine n'avaient remporté qu'une médaille d'or en 2004, et ils en sont à sept cette fois-ci.
«Après notre échec à Athènes, nous avons placardé sur les murs de notre gymnase toutes les critiques négatives que les médias nous avaient adressées», a confié Huang.
Et vous qui croyiez les sportifs quand ils disaient qu'ils ne lisent pas les journaux.
***
Tranche de vie.
Il y a quelques jours, le cycliste sur piste britannique (c'est le cycliste qui est britannique, pas la piste, qui est chinoise selon des sources) Jamie Staff s'est rendu dans l'une des salles de buanderie du village olympique.
«Soudain», relate-t-il, «je réalise que le gars à la machine à laver juste à côté de la mienne est Rafael Nadal. Je ne voulais pas le déranger, mais je constatais qu'il mettait tous ses vêtements, les blancs et les couleurs, dans la même brassée. J'avais envie de lui dire: "Mon vieux, tu t'exposes à un cauchemar. Tu ne peux pas faire ça." Mais je n'ai pas osé.»
Pour la petite histoire, Staff a remporté la médaille d'or au concours de vitesse par équipes. Nadal a aussi remporté l'or en simple au tennis, et il l'a fait en portant un maillot rouge et un short blanc tout à fait immaculés.
Et je dois dire que, personnellement, je n'ai jamais vraiment cru à ces histoires de brassées de blanc. Quand Nadal se présentera en rose de pied en cap, je serai disposé à me raviser.
***
Tiens donc. Après la fausse chanteuse et le faux flou, faites connaissance avec la fausse ethnie.
«Les enfants censés représenter les 56 ethnies de la Chine à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin étaient en fait tous issus de la communauté majoritaire han», rapporte le Wall Street Journal, auquel vous n'êtes pas abonnés mais moi si.
«Le spectacle devait en théorie montrer la mosaïque de communautés formant la Chine, grâce à des enfants de différentes régions habillés dans leur tenue traditionnelle. Mais les enfants qui ont encadré la procession d'un grand drapeau chinois dans le stade national étaient des Hans», a expliqué Yuan Zhifeng, directeur adjoint de la compagnie de danse Galaxy. Les Hans forment quelque 90 % de la population de la Chine.
Selon des sources, il n'y a pas de commission Bouchard-Taylor en Chine, et vous ne devriez pas retenir votre souffle en en attendant une.
***
Je vous laisse, je dois aller graisser mon BMX.
C'est en effet à peu près tout ce que l'on peut, comment dire, dire. Une chance que le nom même de Bolt autorise de multiples calembours — il est surnommé «Lightning Bolt», l'éclair, et évidemment toutes les manchettes du monde étaient prêtes: on a maintenant la preuve que la foudre peut frapper deux fois au même endroit, et en plus, «to bolt» peut être rendu par «se sauver» —, parce que la banque de qualificatifs est épuisée. N'en cherchez pas, il n'y en a plus.
Qu'y a-t-il à dire? Michael Johnson, dont la marque réputée imbattable est tombée, a dit: «Wow». Tous ceux qui le connaissent racontent que Johnson n'est pas un homme que l'on impressionne aisément, mais il n'en revenait pas. «Quand je l'ai vu décoller des blocs, j'ai simplement fait "Wow"», a-t-il déclaré à la BBC. «Il a eu un excellent départ et son virage était absolument fabuleux. Il est Superman 2.» À l'ère du cellulaire, il faudra demander à Bolt où il trouve des cabines téléphoniques pour enfiler son maillot.
Sa compatriote Melaine Walker, elle-même médaillée d'or au 400 m haies et auteure d'un record olympique, a dit: «Je suis heureuse qu'il vienne de la Jamaïque et qu'il soit un être surnaturel.»
Bolt, lui, a dit: «Je suis sous le choc. Je ne m'attendais pas à cela. Je ne croyais pas que c'était possible.»
Le choc, il va sans dire, ne venait pas de sa victoire. Tout le monde savait qu'il allait gagner. C'est ce 19 s 30 qui prive le monde de mots, ajouté à un 9 s 69 au 100 m.
Le plus drôle étant que Bolt ait déclaré qu'il se sentait fatigué...
Bolt est devenu le neuvième coureur de l'histoire à enlever le 100 et le 200 lors des mêmes Jeux. Mais il est le premier à le faire en établissant deux marques mondiales. Et son avance au 200 est la plus forte jamais vue dans l'olympisme: 0,66. Deux tiers de seconde, après la disqualification de Martina et Spearmon pour avoir couru hors de leur couloir. Même pas proche, comme dirait Rodger.
Qu'y a-t-il à dire? Le sport, on n'a qu'à lire L'Équipe pour s'en convaincre, peut pousser à de prodigieux élans poétiques, mais il n'est sans doute jamais aussi admirable que lorsqu'il force au silence.
***
Dans la série «Ah, c'est donc ça le truc», un entraîneur de l'équipe masculine chinoise de gymnastique, Huang Yubin, a expliqué comment les dirigeants de la formation s'y étaient pris pour provoquer un redressement spectaculaire. Les messieurs de la Chine n'avaient remporté qu'une médaille d'or en 2004, et ils en sont à sept cette fois-ci.
«Après notre échec à Athènes, nous avons placardé sur les murs de notre gymnase toutes les critiques négatives que les médias nous avaient adressées», a confié Huang.
Et vous qui croyiez les sportifs quand ils disaient qu'ils ne lisent pas les journaux.
***
Tranche de vie.
Il y a quelques jours, le cycliste sur piste britannique (c'est le cycliste qui est britannique, pas la piste, qui est chinoise selon des sources) Jamie Staff s'est rendu dans l'une des salles de buanderie du village olympique.
«Soudain», relate-t-il, «je réalise que le gars à la machine à laver juste à côté de la mienne est Rafael Nadal. Je ne voulais pas le déranger, mais je constatais qu'il mettait tous ses vêtements, les blancs et les couleurs, dans la même brassée. J'avais envie de lui dire: "Mon vieux, tu t'exposes à un cauchemar. Tu ne peux pas faire ça." Mais je n'ai pas osé.»
Pour la petite histoire, Staff a remporté la médaille d'or au concours de vitesse par équipes. Nadal a aussi remporté l'or en simple au tennis, et il l'a fait en portant un maillot rouge et un short blanc tout à fait immaculés.
Et je dois dire que, personnellement, je n'ai jamais vraiment cru à ces histoires de brassées de blanc. Quand Nadal se présentera en rose de pied en cap, je serai disposé à me raviser.
***
Tiens donc. Après la fausse chanteuse et le faux flou, faites connaissance avec la fausse ethnie.
«Les enfants censés représenter les 56 ethnies de la Chine à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin étaient en fait tous issus de la communauté majoritaire han», rapporte le Wall Street Journal, auquel vous n'êtes pas abonnés mais moi si.
«Le spectacle devait en théorie montrer la mosaïque de communautés formant la Chine, grâce à des enfants de différentes régions habillés dans leur tenue traditionnelle. Mais les enfants qui ont encadré la procession d'un grand drapeau chinois dans le stade national étaient des Hans», a expliqué Yuan Zhifeng, directeur adjoint de la compagnie de danse Galaxy. Les Hans forment quelque 90 % de la population de la Chine.
Selon des sources, il n'y a pas de commission Bouchard-Taylor en Chine, et vous ne devriez pas retenir votre souffle en en attendant une.
***
Je vous laisse, je dois aller graisser mon BMX.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

