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Hors-jeux - De nulle part à nulle part

Jean Dion   19 août 2008  Actualités sportives
Alexandre Despatie passe en finale au tremplin de trois mètres
Alexandre Despatie passe en finale au tremplin de trois mètres
Il aura suffi de, combien, trois secondes? Deux? Peut-être même juste une? Départ du 110 m haies. Quelqu'un fait un faux départ. Liu Xiang s'élance, fait deux pas, se met à boiter. Tout de suite, il sort du stade. Blessé à un pied. La cata.
Plus que Yao Ming, plus que les joueurs de tennis de table, Liu Xiang était attendu à Pékin.

C'est bien beau, toutes ces médailles remportées à l'haltérophilie, à la gymnastique, les Jeux olympiques ont pour vedette et pour réelle raison d'être l'athlétisme, et il était immensément important que Liu aille battre le reste de l'humanité sur le plus prestigieux des terrains. Ces Jeux où la Chine voulait tant affirmer sa domination, ou du moins son accession définitive au rang de puissance sportive mondiale, n'auront plus jamais la même saveur. Tout le monde là-bas en pleurait, d'ailleurs.

À Athènes, en 2004, Liu Xiang était sorti de nulle part pour remporter l'or. Cette fois, il est sorti pour aller nulle part.

***

En juillet dernier, les dirigeants de là-bas ont annoncé que la tenue de manifestations allait être autorisée pendant les Jeux olympiques dans trois parcs de Pékin situés loin des lieux de compétition. À l'aide de sources — nommément la très fiable agence de presse d'État chinoise Xinhua —, je suis heureux de vous faire rapport à ce sujet.

Pour manifester, il faut d'abord obtenir un permis. Or, à ce jour, un grand total de zéro permis a été émis, ce qui fait qu'un grand total de zéro manifestation a eu lieu. Si vous voulez organiser une manifestation à Pékin, il n'est cependant pas trop tard, mais faites vite: la date limite pour soumettre une demande est aujourd'hui, puisque les autorités exigent un délai de cinq jours entre l'émission d'un permis et la tenue d'une manifestation.

En tout, 77 demandes de permis ont été faites. Deux d'entre elles ont été suspendues parce que l'information fournie était jugée insuffisante — une information insuffisante nuit autant à une demande que si, en remplissant le formulaire, vous écrivez dans l'espace réservé à l'administration. Une autre a été refusée parce que la nature de la manifestation, ou son thème, contrevenait aux lois locales relatives à la tenue de manifestations.

Quant aux 74 autres demandes, elles ont été retirées puisque les problèmes qu'elles voulaient évoquer «ont été réglés par les autorités compétentes et par des ministères par le biais de consultations», fait savoir Xinhua en citant un porte-parole non identifié du Bureau de la sécurité publique.

Le vice-président du Comité organisateur des Jeux, Wang Wei, a par ailleurs déclaré à des représentants de la presse occidentale libre sur le terrain qu'il serait «irréaliste» de penser que les choses puissent se dérouler différemment. «Nous pensons que vous ne comprenez pas la réalité de la Chine, a-t-il dit. La Chine possède sa propre version de la démocratie et sa propre manière de l'exercer.»

***

Les Jeux olympiques procurent une immense variété d'expériences, même lorsqu'on est juste assis sur son steak à les regarder à la télé pendant des heures et des heures. Hier après-midi, par exemple, Radio-Canada est passé du lancer de marteau féminin à la nage synchronisée. Direct de même, ça donne un petit coup, mettons. Où l'on prend conscience de manière aiguë de la belle diversité du genre humain.

Évidemment, si on laisse à ce moment son esprit dériver et si on a le moindrement l'humeur à la badinerie, on imagine la lanceuse de marteau faisant de la nage synchronisée. Émergeant de l'eau en hurlant comme une damnée. Ou n'émergeant pas de l'eau du tout, même si cela irait à l'encontre du principe d'Archimède (à ce sujet, vous connaissez la version dictatoriale du principe d'Archimède? «Tout corps plongé dans un liquide finit par avouer.» Je vous remercie.). À l'inverse, la nageuse grimée comme un clown y allant de son plus scintillant sourire Pepsodent après avoir projeté l'engin de quatre kilos à une distance modeste mais constituant son record personnel.

D'ailleurs, si vous voulez l'avis d'un seul homme, tous les JO devraient se dérouler ainsi. En l'état actuel, c'est trop facile: c'est sûr que les athlètes sont bons, ils passent leur vie à s'entraîner. Mais on reconnaîtrait vraiment les vrais talents naturels si, juste avant de commencer les Jeux, on tirait au sort les disciplines. Tu es un haltérophile super-lourd qui lève cinq tonnes? Désolé, mon vieux, tu t'en vas au marathon. Tu es une gymnaste de 3 pieds 10 pouces et 55 livres? Oups, on t'a tiré le volleyball. Tu es un superbe cheval racé de sports équestres? Bonne chance avec ce lanceur de poids qui sera ton cavalier!

Et vous avez tous trois heures pour visualiser.

***

Tout moment de distraction peut coûter cher au téléspectateur des Jeux olympiques. Par exemple, vous regardez du judo. Vous ne comprenez rien, vous ne savez pas pourquoi ils donnent parfois des points alors que les combattants ont l'air de faire exactement la même chose que lorsqu'ils ne donnaient pas de points. C'est 1-0 depuis un bout de temps lorsque vous vous penchez pour saisir ce verre de sangria bien tassée que vous vous êtes concocté à la faveur d'une capsule de l'équipe Visa qui passait pour la 323e fois afin d'apprécier les compétitions en toute fraîcheur. L'extension de la main vers la boisson dure à peine 1 sec 24 parce que vous avez vraiment soif. Lorsque vous dirigez de nouveau le regard vers l'appareil, paf, c'est 100 à 1. Vous songez dès lors dans votre dedans, calvette, il a quand même pas fait 100 kokas pendant que j'entreprenais de me désaltérer légitimement? Vous faites ensuite des recherches et découvrez le waza-ari, et vous continuez de regarder le judo même si vous n'y comprenez toujours rien.

Mais même si vous êtes ultra-attentif et conservez votre Singapour Sling en main en tout temps, ne sombrez pas dans la neurasthénie si des trucs vous échappent. Ce coefficient de difficulté de 6,43, il est juste là pour vous camoufler les petites manigances des juges. Et puis, regardez-moi un peu la procédure en cas d'égalité, appliquée avant-hier lorsque la Chinoise He Kexin et l'Américaine Nastia Liukin ont toutes deux fait 9,025 aux barres asymétriques: 1. plus haut coefficient de difficulté; 2. total des déductions imposées par les quatre juges du milieu; 3. moyenne des trois plus faibles déductions des quatre juges qui comptent. Vous me suivez?

La semaine dernière, l'entraîneur américain Miles Avery a expliqué à ESPN comment on compte les points au concours de gymnastique: «Vous prenez les 10 meilleurs éléments et chaque élément a une valeur. Si tu fais un E, c'est cinq dixièmes. Si tu fais un F, c'est six dixièmes. Tu fais un A, c'est un dixième. Tu additionnes tous ces dixièmes, et la plupart des concurrents vont avoir un coefficient de difficulté avoisinant les quatre points. Tu ajoutes les groupes d'éléments, tu as 10 points pour l'exécution et ce concurrent part à 16,5, aux anneaux par exemple. Quatre points de difficulté, 2,5 pour les éléments de groupes et 10 points pour l'exécution. À ces 10 points, les juges vont imposer des déductions, mettons 1,2, ce qui donnera 8,8 points pour l'exécution et 6,5 pour la difficulté.»

Je vous laisse, j'ai sérieusement besoin d'un autre Piña Colada.
 
 
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  • LUCILLE MURRAY - Inscrite
    19 août 2008 12 h 38
    Avec toutes ces gymnastiques mathématiques olympiennes, un bon Scotch
    Monsieur Dion, Vous avez bien raison... Je n'en finis plus d'essayer de comprendre les points au concours gymnastique et plutôt que perdre quelques secondes à nous préparer un Singapour Sling, une Sangria ou une Pina Colada.... je vais tout simplement opter pour un bon Scotch Straight...même pas de glaçons! et sans lever les yeux. Surtout au judo...
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