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La bataille du tableau des médailles a commencé

À deux jours du début des Jeux, les comités olympiques fixent des objectifs à leurs délégations

6 août 2008  Actualités sportives
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et la Russie ont dominé tous les Jeux olympiques. Ces pays doivent désormais craindre la montée de la puissance sportive chinoise.
Photo : Agence Reuters
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et la Russie ont dominé tous les Jeux olympiques. Ces pays doivent désormais craindre la montée de la puissance sportive chinoise.
Trente médailles pour l'Italie, 35-36 pour la France, 90 pour la Russie... A quelques jours de l'ouverture des Jeux de la 29e olympiade, les différents comités olympiques nationaux ont sorti les calculatrices, effectué une revue d'effectifs et formulé des objectifs très précis pour leurs délégations respectives. Plus que les médailles, les principales nations sportives visent un rang au tableau des médailles.

L'Agence gouvernementale du sport britannique a ainsi annoncé que ses athlètes auront pour mission de conserver le huitième rang au nombre des médailles. Même refrain de l'autre côté de la Manche : Bernard Laporte, secrétaire d'Etat au sport, a fixé comme objectif pour la France d'aussi bien figurer qu'à Athènes en 2004, et donc de se maintenir au septième rang. Cette importance accordée au tableau des médailles, qui historiquement est censé refléter la puissance internationale d'un pays, prend une tout autre dimension quand il s'agit de déterminer quelle nation dominera les Jeux olympiques de Pékin.

Des classements non reconnus par le CIO

La course à la suprématie olympique est lancée depuis plusieurs mois. Les États-Unis et la Russie, qui à eux deux ont dominé tous les Jeux olympiques depuis la Seconde Guerre mondiale, doivent désormais faire face à la montée de la puissance sportive chinoise. Pour arbitrer le bras de fer sino-américain, tout le monde y est allé de sa petite projection.

Simon Shibli, chercheur à l'université de Sheffield Hallam (Grande-Bretagne), parie sur la Chine en se fondant sur un modèle qui étudie la progression athlétique du géant asiatique depuis les Jeux de Los Angeles en 1984. Un ancien responsable olympique italien, Luciano Barra, à la lumière des dernières grandes compétitions internationales, donne au contraire ses faveurs aux États-Unis. Même les cabinets de conseil y mettent leur grain de sel : PricewaterhouseCoopers, avec son modèle ultraélaboré qui intègre des facteurs économiques, démographiques, politiques et financiers, prévoit très précisément que les Chinois devanceront les Américains d'une médaille aux Jeux. Bref, impossible d'y voir clair.

Et ce d'autant plus que personne ne parle de la même chose. Certains, en effet, se fondent sur le nombre de médailles d'or pour déterminer le «pays vainqueur» des Jeux. D'autres, au contraire, font un total du nombre de médailles sans tenir compte du métal. Cas pratique aux derniers Jeux d'Athènes pour la deuxième place derrière les États-Unis : les Russes remportent 92 breloques, dont 27 en or, les Chinois 63 pour 32 dorées. Qui privilégier ? Le Comité international olympique (CIO) a toujours botté en touche. Depuis les Jeux olympiques modernes sous l'impulsion de Coubertin, le CIO, soucieux de leur ôter toute dimension politique, ne reconnaît «aucun classement global par pays», selon les termes de la Charte olympique. Les tableaux des médailles - fonction du nombre de titres olympiques - figurent cependant, par olympiade, sur le site officiel de l'organisation olympique. Mais uniquement, évidemment, «à titre d'information».

Jeu d'intox'

États-Unis, Chine et Russie entendent se livrer une féroce bataille pour figurer tout en haut de la hiérarchie olympique à Pékin et en tirer tous les avantages politiques possibles. Avant d'en arriver à «la vérité du terrain», un savant jeu d'intox' s'est tramé depuis plusieurs semaines en coulisses. Leonid Tyagachev, président du Comité olympique russe, a ainsi modestement reconnu qu'«il sera très difficile de dépasser au tableau des médailles les très fortes équipes des États-Unis et de la Chine». Ce à quoi Cui Dalin, vice-ministre des Sports chinois, lui a répondu avec la même réserve : «Nous devons rester sobres et objectifs. De manière générale, nous ne sommes pas une grande nation sportive. Les États-Unis et la Russie sont encore bien au-dessus de nous.» Et de préciser, dans un entretien accordé au magazine américain Newsweek : «La Chine ne s'est jamais fixé comme objectif de devenir numéro un par le nombre de médailles d'or.»

À ce petit jeu, les Américains ne sont pas en reste et savent faire monter la pression. «Nous faisons face à un défi très sérieux, le plus sérieux depuis l'éclatement de l'Union soviétique. Quand vous pensez au fait que la Chine sera à domicile, c'est là que vous commencez à perdre le sommeil», déclare Steve Roush, directeur de la performance sportive au Comité olympique américain. Si les Américains voyaient leur domination écornée pour la première fois depuis 1992, ils pourraient toujours se réfugier derrière le tableau, concocté par la chaîne NBC, des médailles de toute l'histoire des Jeux olympiques. Et là, pas de doute, ils sont bien loin devant.

***

Avec AFP et AP
 
 
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