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L'entrevue - Des Jeux pris en otage

Pour Jean-Paul Baert, directeur général de la Fédération québécoise d’athlétisme, l’essentiel du mouvement olympique — les athlètes — a été oublié à Pékin.
Photo : Jacques Nadeau
Pour Jean-Paul Baert, directeur général de la Fédération québécoise d’athlétisme, l’essentiel du mouvement olympique — les athlètes — a été oublié à Pékin.
La conclusion arrive avant le début et la fin. La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin n'a pas encore été présentée à la face du monde, mais Jean-Paul Baert, directeur général de la Fédération québécoise d'athlétisme, fait déjà le bilan de la grand-messe sportive qui doit prendre son envol à la fin de cette semaine. Une messe qui, pour sa cuvée 2008, a pris jusqu'à maintenant les allures d'une mascarade, selon lui, en oubliant l'essentiel du mouvement olympique, soit les athlètes, et en brimant leur liberté d'expression pour des considérations politiques et économiques qui ne devraient plus avoir leur place dans ce genre d'événement, estime-t-il.

«Le mouvement olympique va certainement être secoué par ces jeux», a indiqué au Devoir l'ancien lanceur de javelot quelques jours avant son départ pour Pékin où il sera, dans les prochaines semaines, analyste sportif pour Radio-Canada. «Des pendules vont devoir être mises à l'heure, et ce, pour éviter à l'avenir que le pays-hôte ne prenne en otage les Jeux olympiques, comme cela est le cas cette année. Le Comité international olympique (CIO) a perdu le contrôle sur cet événement. Il doit en prendre conscience pour que cela ne se reproduise plus.»

Pour M. Baert, l'esprit olympique a été passablement malmené dans les derniers mois, et la communauté internationale, elle, a été trompée par les autorités chinoises qui n'ont pas hésité à promettre ouverture et respect des libertés collectives et individuelles pour obtenir le droit de présenter ces JO d'été sur leur territoire. «Mais maintenant que c'est fait, on se rend compte que les Chinois ne respectent rien», dit-il.

L'homme en prend d'ailleurs pour preuve le grand ménage effectué au centre-ville de Pékin où, à l'approche des Jeux, les autorités chinoises ont renforcé leur répression pour éviter que les étrangers soient finalement en contact avec la face obscure du pays, celle où les plaintes et la contestation se font généralement entendre.

La semaine dernière, Amnesty International a même dénoncé vivement ces coups de balai qui frappent autant les ouvriers que les dissidents et les travailleurs communautaires. L'organisme accuse même dans un de ses rapports les «autorités d'utiliser les Jeux olympiques comme un prétexte visant à perpétrer, et dans certains cas à intensifier, les politiques et les pratiques en vigueur conduisant à de sérieuses violations des droits de l'homme», peut-on lire.

Parallèlement à ces critiques, les premiers journalistes arrivés sur place en prévision de la couverture de cet événement international ont très vite déchanté en constatant par exemple que plusieurs sites Internet ont été censurés par le gouvernement chinois. Un geste qui nuit au travail des artisans de la nouvelle et qui tranche aussi avec les promesses de liberté que leur a faites Pékin par l'entremise du CIO.

D'ailleurs, devant les contrôles accrus des étrangers dans les rues, contrôles qui n'épargnent pas les journalistes, le Britannique Jonathan Watts, du quotidien The Guardian a montré les dents il y a quelques jours. À titre de responsable de l'Association des correspondants étrangers en Chine, il a dénoncé en effet dans plusieurs médias de la planète, dont Radio-Canada ou L'Express en France, la multiplication des cas d'entrave au travail de ses collègues en poste ou en visite dans la capitale chinoise. Preuve que le concept de «liberté de presse» n'arrive pas encore à s'exprimer en mandarin.

Un scénario prévisible

Pour Jean-Paul Baert, ces nombreux problèmes étaient prévisibles. Tout comme d'ailleurs la frilosité du mouvement olympique à les dénoncer vertement, au nom du respect de l'esprit des Jeux. «On sent que tout le monde est en train de marcher sur des oeufs pour des questions purement partisanes», dit-il. «La Chine est une puissance commerciale émergente. Les JO sont une vitrine importante pour elle qui a beaucoup à vendre, mais aussi beaucoup à acheter. Et ceux qui veulent lui vendre des choses ne veulent certainement pas la froisser.»

L'ex-champion français de judo David Douillet a très bien saisi cette mécanique de la séduction en avril dernier, rappelle l'ancien entraîneur des lanceurs canadiens, qui, de 1973 à 1988, a préparé plusieurs cohortes d'athlètes pour les JO de Montréal, Moscou, Los Angeles et Séoul.

Lorsque M. Douillet a annoncé l'intention des participants français aux JO de porter un macaron appelant, sur fond d'anneaux olympiques, à «un monde meilleur» lors de la cérémonie d'ouverture, il s'est très vite heurté à un mur. Dans les jours qui ont suivi, par la voix de son président, Jacques Rogge, le CIO a en effet rappelé que l'événement ne tolérerait pas de «propagande politique, religieuse ou raciale [...] dans un lieu, site ou emplacement olympique», comme l'indique la règle 51.3 de la charte olympique.

L'ancien judoka a fait marche arrière. «Et le gouvernement français n'a pas insisté. Parce qu'il a des Airbus 380 à vendre et que la Chine pourrait lui en acheter plusieurs», ironise M. Baert.

L'anecdote des macarons pourrait faire sourire... si les considérations commerciales qui lui ont sans doute donné vie n'étaient pas à l'origine d'un grand paradoxe. Sous la pression du pays-hôte, le CIO n'hésite pas à faire avec les athlètes olympiques ce que la communauté internationale reproche depuis des lunes à l'Empire du Milieu: il impose le bâillon, estime Jean-Paul Baert.

Un paradoxe surréel

«Quand on regarde le président du CIO en ce moment, dit-il, on a l'impression de voir le président chinois qui donne ses directives au peuple en annonçant ce qu'il est permis de faire ou pas et en évoquant les sanctions prévues en cas du non-respect des règles. C'est un peu surréel.»

Certes, les athlètes agacés par cette médecine ne se sont pas fait beaucoup entendre, reconnaît-il. «Mais il va falloir s'attendre à ce que la contestation s'exprime bientôt. Pour l'instant, les athlètes sont concentrés sur ce qu'ils ont à faire.» Comprendre: suer pour récolter des médailles. «Mais dès que leurs épreuves seront terminées, des choses vont sans doute se passer. Et j'espère que si des personnes souhaitent s'exprimer, elles vont avoir la liberté nécessaire pour le faire.»

Pour ce grand défenseur de l'olympisme, le mouvement n'en serait certainement pas arrivé là si, dans les dernières années, les Jeux olympiques, eux, ne s'étaient pas transformés «en grand cirque commercial et politique» où il est question avant tout d'argent, de politique et de produits, mais de moins en moins du sport et des athlètes. «Or, les Jeux olympiques, ce n'est pas ça, dit-il. Les JO n'ont pas besoin d'une cérémonie d'ouverture prétentieuse où l'on exhibe la maîtrise d'une technologie pour mieux la vendre ensuite. Une cérémonie simple pour souligner l'entrée des athlètes dans un stade ferait très bien l'affaire. Simple et chaleureuse.»

Lucide, M. Baert reconnaît toutefois que le mouvement va avoir de la difficulté à se sortir de l'engrenage dans lequel il est pris avec ces milliards de dollars alimentés par des droits de télévision, par des marques en tout genre, par des fabricants de matériel informatique, par des firmes d'ingénieurs... Mais sa flamme olympique n'est pas encore totalement éteinte.

«Cette année, nous sommes peut-être allés trop loin, dit-il. Et le besoin de redonner une dimension humaine aux JO se fait maintenant de plus en plus sentir.» L'objectif pourrait d'ailleurs être facilement atteint si l'événement était remis une bonne fois pour toutes dans les mains des athlètes plutôt que dans celles de la politique et du commerce. «On ne doit pas oublier que les Jeux existent pour les athlètes et par les athlètes», conclut-il.
 
 
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  • Mario Tremblay - Abonné
    4 août 2008 07 h 52
    Je ne suis pas un intime de ces cercles d'amis ...
    Mais je sais une chose, nous avons vu ce qu'était le Comité olympique lors des scandales, il y a quelques années; vous le dites vous-même, tout le monde veut vendre quelque chose à la Chine... et si les athlètes sont encore assez cons pour participer à ces jeux, c'est aussi une question d'argent... alors moi, j'ai un enregistreur et je vais pouvoir faire comme si ça n'existait pas les Jeux olympiques à la TV.
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  • Hélène Paulette - Inscrite
    4 août 2008 12 h 10
    Je me souviens....
    Comme M.Lépine, je me souviens de Montréal et des palissades pour cacher ce qu'on ne saurait voir. Je me souviens aussi des merveilleux Jeux de Lillihamer en Finlande, les derniers à bannir toute publicité commerciale. Je me souviens surtout de Samaranche, l'ancien Franquiste, qui a littéralement vendu les Jeux aux "Marchands du Temple". Les Chinois ne font rien de pire que les États-Unis, qui censurent et fouillent à qui mieux mieux sous prétexte de lutte anti-terroriste et qui viennent de légaliser toutes les illégalités commises par l'Administration Bush!
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  • Michel Vézina - Inscrit
    4 août 2008 18 h 32
    Les jeux de l'Autruche
    L'occident espérait, les bonzes du JO prenaient leurs souhaits pour les désirs des chinois. Tout ça est au déshonneur des supposés défenseurs de la démocratie et de la liberté de parole. On ne vaut pas grand chose!
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