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Les jeunes retrouvent le chemin des courts

Le tennis se classe au quatrième rang des sports les plus populaires chez les adolescents, derrière le soccer, le basketball et le hockey

Pendant que les grands s'affrontent à Toronto et que les vedettes féminines sont attendues à Montréal, sur les courts publics, ce sont les jeunes qui s'en donnent à coeur joie. Après quelques années creuses, le tennis est en effet de nouveau à la mode dans la métropole.

Marie-Ange, 14 ans, est assise sur le gazon non loin des terrains de tennis du Complexe sportif Claude-Robillard. Elle est absorbée par la lecture d'un livre, mais régulièrement elle jette un coup d'oeil devant. De l'autre côté de la clôture, son petit frère André-Cédric, 11 ans, joue au tennis avec un ami. Les quelques gouttes de pluie qui commencent à tomber et les nuages menaçants qui se pointent à l'horizon ne semblent pas les gêner. Son cours est peut-être terminé, mais il joue encore. Sur les terrains avoisinants, des instructeurs continuent d'enseigner à d'autres groupes de jeunes, dont certains n'ont pas l'air d'avoir plus de cinq ans. Malgré le temps maussade qui sévissait hier matin à Montréal, la quasi-totalité des 12 terrains extérieurs étaient occupés.

Au Québec, 29 % des joueurs de tennis ont entre 12 et 17 ans. D'après des données obtenues par la firme PMB, le tennis se classe au quatrième rang des sports les plus populaires chez les jeunes de ce groupe d'âge, derrière le soccer, le basketball et le hockey. Mais le tennis peut se targuer d'avoir connu une progression de 26,4 % en deux ans, de loin la plus rapide parmi ces quatre sports, et en l'espace de trois ans, de 2002 à 2005, il est devenu plus populaire que le baseball et le football.

Frédéric Ledoux, directeur technique à Tennis Québec, est surpris de cette progression chez les jeunes. «C'est quand même un sport traditionnel, pas un sport extrême», indique-t-il.

Mais ce sont les plus jeunes qui semblent les plus séduits par le jeu. «Nous avons remarqué une augmentation très marquée des inscriptions des jeunes de 12 et 13 ans, explique Nicole Nobert, directrice technique de Tennis Montréal, un organisme qui offre des cours aux joueurs de tous âges de la métropole. Nous mettons beaucoup l'accent sur ce groupe parce que c'est la volonté de l'industrie de les former tôt. Nous avons perdu plus d'adolescents de 16-17 ans puisqu'ils sont maintenant sur le marché du travail. D'ailleurs, j'en embauche comme instructeurs.»

Marie-Ange et André-Cédric sont nés en France, ont vécu au Cameroun et ont immigré au Québec il y a un peu plus de deux ans. Ils viennent d'un monde où le soccer est roi et maître, et n'avaient jamais vu de gens jouer au tennis avant leur arrivée à Montréal. Très sportif, André-Cédric a commencé un jour à envoyer une balle sur un mur avec une raquette de badminton. Sa famille a alors décidé de l'inscrire à un cours, donné par Tennis Montréal. Sa soeur n'en suit pas, mais elle joue régulièrement avec lui sur les terrains du parc Jarry. Ils ont tous les deux commencé à pratiquer ce sport cette année et déjà, à leurs yeux, le tennis est aussi amusant que le soccer.

Popularité retrouvée

La progression de la popularité du tennis se voit aussi chez les moins jeunes. De 2001 à 2005, sa pratique a connu une croissance de 18 % au Canada et de 26 % au Québec de 2002 à 2005, renversant un déclin d'une dizaine d'années.

À la fin des années 1970, le tennis était tellement populaire que plusieurs investisseurs ont décidé de bâtir des clubs privés, des terrains intérieurs qui devenaient plus qu'un simple endroit pour jouer, mais aussi un espace de socialisation. Ils poussaient à tous les coins de rue. Au bout de quelques années, les installations ont commencé à devenir désuètes et les membres ont cessé de s'y rendre. «On en avait trop fait», selon Eugène Lapierre, président de la Coupe Rogers.

«Il y a eu une baisse [de participation] au début des années 1990, indique Frédéric Ledoux. Le tout s'est stabilisé à la fin des années 1990 avant de remonter au début des années 2000.»

D'après M. Lapierre, il y a une corrélation très importante entre la popularité du sport et le tournoi professionnel qui se tient à Montréal. «Nous avions moins de 100 000 spectateurs au début du stade [Uniprix — construit en 1996]; l'an dernier, nous en avons eu 185 000. D'après les sondages, cette progression s'est surtout faite auprès des gens qui ne sont pas des amateurs de tennis et des jeunes.»

Question d'accessibilité

La moitié des joueurs de tennis dans la province sont à Montréal, soit 232 000. Le territoire montréalais compte environ 380 terrains intérieurs et extérieurs. C'est l'arrondissement d'Ahunstic-Cartierville qui remporte la palme du plus grand nombre avec 36. De plus, depuis cette année, tous les terrains de l'arrondissement, à l'exception de ceux du Centre Claude-Robillard, sont gratuits. Pour les élus, ce changement s'inscrit dans une politique de développement durable. «C'est un sport très pratiqué. C'est une façon de soutenir les jeunes qui le pratiquent», explique Jean-François St-Onge, conseiller municipal de l'arrondissement.

Nicole Nobert explique qu'il y a quelques années, une règle non dite indiquait que, si un parc de Montréal possédait plus de six terrains, ceux-ci devaient être payants, ce qui est de moins en moins le cas depuis peu. Selon elle, cette tendance vers la gratuité peut amener le tennis à être compétitif par rapport à d'autres sports. «Il y a environ cinq ans, il n'y avait pas autant de terrains gratuits. Lorsqu'on voulait jouer une heure au tennis, il fallait payer. Le jogging, le vélo et le patin à roues alignées sont devenus tous plus populaires. Ce sont des sports que, une fois l'équipement payé, on peut pratiquer. Pour le tennis, c'était toujours payant.»

Depuis 2004, le parc Lafontaine, un des plus fréquentés à Montréal, accueille environ 35 000 participants par année sur ses 14 terrains disponibles. Le Centre Claude-Robillard demeure aussi très populaire, surtout grâce aux camps de jour qui utilisent beaucoup le centre sportif et dont l'affluence n'est pas comptabilisée par l'arrondissement d'Ahunstic-Cartierville. D'après Valérie De Gagné, chargée de communication à la Ville de Montréal, de la fin juin à la fin août, l'achalandage sur les lieux est de 100 %.

Le stade Uniprix dispose de 20 terrains, dont huit à l'intérieur. Ceux-ci sont d'ailleurs très prisés l'hiver, d'après Andrée Perron, réceptionniste. «Les lignes [pour réserver un terrain] ouvrent à 7h et, durant 45 minutes, elles n'arrêtent pas de sonner. C'est comme un concours radiophonique.» Aucun projet d'agrandissement n'est d'ailleurs actuellement dans les plans de Tennis Canada ou de la Ville de Montréal.

Changement de philosophie

L'épisode des clubs privés aura démontré que le nombre de terrains disponibles n'est pas un facteur qui influence la popularité du tennis, c'est plutôt leur qualité qui compte. Il y a quatre ans, les élus de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce ont décidé d'investir et de refaire le parc Somerled. Ils ont réduit le nombre de terrains de 19 à 12, mais ils se sont assurés que ceux qui restaient seraient en bon état. Depuis une dizaine d'années, plusieurs autres parcs ont été rénovés suivant la même philosophie: moins de terrains, mais plus beaux. En septembre, ce sera au tour du parc de Kent, aussi dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, de subir une cure de rajeunissement. «Nous ne faisons pas de pressions pour obtenir plus de terrains [auprès de la Ville], raconte Mme Nobert. Nous voulons avoir des terrains en bon état.» Quant à l'espace laissé par les terrains qui disparaissent, il est converti en terrains de jeux pour les petits enfants ou en terrains de basketball.

L'évolution de la pratique du tennis aura donc permis de satisfaire encore plus de gens.
 
 
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