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Euro 2008 - ...et l'Espagne qui gagne à la fin

Jean Dion   30 juin 2008  Actualités sportives
Les joueurs de l’équipe espagnole brandissant fièrement leur trophée après leur victoire enlevante de 1 à 0 contre l’Allemagne, hier, en finale de l’Euro 2008, à Vienne.
Photo : Agence France-Presse
Les joueurs de l’équipe espagnole brandissant fièrement leur trophée après leur victoire enlevante de 1 à 0 contre l’Allemagne, hier, en finale de l’Euro 2008, à Vienne.
À la veille de la finale de l'Euro 2008, le sélectionneur espagnol, Luis Aragones, avait prévenu ses joueurs: «Celui qui perd tombe dans l'oubli.» Et Dieu sait que la Roja était passée maîtresse dans l'art de se laisser oublier. Éternelle favorite, sempiternelle déception. Dernier championnat en grand tournoi: Euro 1964 (plus l'or olympique à Barcelone en 1992). Et le contrat s'annonçait d'autant plus ardu qu'elle retrouvait hier le plus coriace des clients, l'Allemagne, constamment présente aux rendez-vous importants, imposante, méthodique, sans complexes. À l'issue de sa victoire contre la Russie en demi-finale, Aragones avait d'ailleurs rappelé la boutade de l'ancien attaquant anglais Gary Lineker: «Les Allemands gagnent toujours à la fin.»

Mais pas cette fois. Cette fois, les Espagnols sont arrivés soudés comme jamais, après des mois de virulentes critiques à la maison — la décision d'Aragones de ne pas retenir les services de Raúl, notamment, a enflammé le pays — avec cette attitude de nous-contre-le-monde qui a si souvent fait ses preuves par le passé. Cette fois, ils ont, pour reprendre l'expression du gardien Iker Casillas, «rompu avec la malédiction». Cette fois, ils ont joué du football inspiré jusqu'au bout. Cette fois, pour une fois, c'est l'Espagne qui gagne à la fin. Et succède à la Grèce comme championne d'Europe des nations.

Sur la pelouse du stade Ernst Happel de Vienne, dans un match tout à fait enlevant, âprement disputé, offrant une multitude d'occasions de marquer, à l'image de l'ensemble du tournoi, il faut le dire, les Espagnols ont pris la mesure des Allemands, qui avaient jusque-là trois fois plus de trophées qu'eux n'avaient de participations à des finales, par le score de 1-0. Et, ironie de l'histoire, par-delà 20 années de frustrations, ils ont reçu leurs médailles et leur coupe des mains du président de l'Union européenne de football, Michel Platini, le même qui, en leader des Bleus, les avait privés d'un titre lorsque la France leur avait ravi la finale en 1984.

La Roja partait pourtant handicapée, privée de son attaquant David Villa, meilleur buteur du tournoi avec quatre réalisations, blessé au proverbial ischio-jambier. Il appartenait dès lors au jeune prodige de 24 ans de Liverpool, Fernando Torres, de prendre les choses en mains (façon de parler). Annoncé comme l'une des têtes d'affiche de l'Euro, Torres s'était fait relativement discret depuis le début du tournoi. Ses défenseurs arguaient qu'il s'effaçait plutôt pour mieux servir l'efficace collectif espagnol. En tout cas, hier, il a jailli, et au moment propice.

Des experts ont raconté que le premier but de cette finale allait être crucial. C'est très très vrai lorsqu'un match se termine 1-0. Et Torres s'est chargé de se faire le livreur de marchandise. Déjà, après un premier quart d'heure de jeu dominé par l'Allemagne, qui contrôlait le ballon, les Espagnols avaient soudain relevé la tête et lancé l'attaque. À la 22e minute, Torres dépassait en impulsion un défenseur adverse et parvenait à rediriger de la tête un centre de Sergio Ramos, mais le ballon a abouti sur le poteau à la droite du gardien allemand, Jens Lehmann.

Mais, à la 33e, «El Niño» se reprenait, pour de bon et de fort jolie façon. Le milieu de terrain Xavi Hernández, dans l'axe mais éloigné du filet, repère son coéquipier légèrement décalé sur la droite et lui envoie la passe. Torres est étroitement marqué par Philip Lahm, qui semble avoir une enjambée d'avance sur lui. Mais Torres bat le défenseur de vitesse et arrive de justesse premier au ballon. Ayant flairé le danger, Lehmann quitte sa cage et fond sur Torres à l'entrée de la zone de réparation. Il arrive trop tard et n'a d'autre possibilité que de se jeter au sol en espérant que le ballon le touche. Mais Torres parvient à soulever la balle par-dessus le gardien et celle-ci roule jusque dans le petit filet côté gauche. Cela devait suffire à coiffer l'Espagne du titre de reine du soccer européen.

Les Allemands, de leur côté, n'ont jamais abandonné, mais ils ont manqué de ressources lorsque venait le temps de compléter leurs actions en attaque, et Casillas a rarement été véritablement inquiété (quatre tirs seulement, contre 14 à l'autre bout). Le capitaine de la Nationalmannschaft, Michael Ballack, brillant jusque-là dans le tournoi mais qui représentait un cas douteux avant la rencontre en raison d'une blessure à un mollet, a connu un match difficile, coupé au visage par un coup de tête accidentel et saignant abondamment. Il a dû quitter la rencontre pendant quelques minutes, avant de revenir. Des critiques à son endroit et à l'endroit de l'ensemble de la sélection pourraient ressurgir, à la lumière du fait que l'Allemagne, bien que finaliste à la Coupe du monde de 2002 et à cet Euro, n'a rien gagné depuis l'Euro 1996.

Les Espagnols, eux, désireux de clouer définitivement le cercueil, ont continué de presser offensivement jusqu'à la fin, mais Lehmann, lui aussi objet de reproches épisodiques, a gardé son équipe dans la partie avec quelques beaux arrêts. Cela, toutefois, ne devait pas suffire.

Quant au controversé Luis Aragones, qui aura 70 ans le mois prochain, il s'agissait de son dernier match aux rênes de la sélection espagnole. Il s'en va, a-t-il raconté, «parce que personne ne m'a demandé de rester». Il part évidemment en pleine gloire, ayant pris le pari audacieux de constituer une équipe jeune, qu'il n'aura cependant pas la chance de guider vers la Coupe du monde de 2010.

Mais si celui qui perd tombe dans l'oubli, lui et les siens resteront longtemps dans les mémoires.
 
 
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  • Pierre Ferron
    Inscrit
    lundi 30 juin 2008 01h59
    Merveilleux soccer!
    La "Furia" espagnole nous a fait vibrer ces dernières semaines, mais cette finale aura été emballante jusqu'à la toute fin. Étant le grand-papa de deux petits-fils qui jouent au soccer, ce sera avec enthousiasme que je les conduirai à leurs pratiques en juillet prochain; ils font l'apprentissage d'un sport merveilleux. Pierre Ferron, Trois-Rivières.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    lundi 30 juin 2008 07h34
    Représentativité des clubs "nationaux"
    Est-ce que le club d'Espagne était composé d'Espagnols ? et le club de l'Allemagne, d'Allemands ? Ou si c'est comme NOTRE club de hockey, le CH qui est composé d'Européens et de 2 à 3 Québécois de service afin qu'il ne soit pas totalement composé d'étrangers ?

    Est-ce qu'ils ont aussi des plafonds salariaux ?

  • Jean Poitras
    Abonné
    lundi 30 juin 2008 09h11
    Bravo
    Beau texte! Alors que je n'avais pu voir le match, je suis resté en haleine jusqu'à la fin.

  • John Mokawi
    Inscrit
    mardi 1 juillet 2008 21h27
    @ Bousquet: oui mais non
    L'équipe espagnole, comme l'équipe de hockey du Canada, est composée d'espagnols, mais ce n'est pas le cas des clubs de la ligua, comme le Barça et le Real Madrid. En revanche, les joueurs du Barça suivent des cours de catalan.
    Le joueurs n'ont pas de plafonds salariaux, à ce que je sache, et en tout cas pas en Espagne, où on retrouve les salaires les plus mirobolants (surtout au Real Madrid et au Barça).
    Ceci dit, je trouve votre remarque un peu agressive et digne d'un troll. On ne parle pas du CH ici, après tout.

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