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Et puis euh - Hallucinations

Jean Dion   3 juin 2008  Actualités sportives
Est-ce bête. Non mais, est-ce bête. Pour lancer en trombe, à l'instar d'un bolide qui ne se peut juste plus à l'issue de son tour de chauffe — le tour de chauffe étant selon des sources l'équivalent, pour un individu qui se propose de boire non pas le verre, mais le pichet jusqu'à la lie, de «se faire un fond» —, la semaine du vroum vroum qui berce nos rêves d'aller toujours plus vite nulle part, la rubrique Et puis euh, plus cérébrale qu'on ne serait porté à le croire à première vue, se proposait de faire dans la critique littéraire. C'est bien beau tous ces reportages sur le «cirque», sur le déballage du matériel et l'odeur du caoutchouc et la rue Crescent et ses chandails bedaine et Montréal qui est franchement, franchement, la ville la plus accueillante de l'univers connu et au-delà, mais à un moment donné, il faut se rendre compte que la Formule 1 est une discipline avant tout intellectuelle. Suffit d'admirer un ordinateur pour s'en convaincre. Et puis, quoi qu'on dise quoi qu'on fasse, la pensée voyagera toujours plus vite qu'une monoplace, même chauffée en débile par un malade.

Au programme, il aurait donc dû y avoir une recension minutieuse de la toute récente autobiographie de Lewis Hamilton, intitulée avec originalité My Story. Vous, c'est votre affaire, mais moi, j'ai toujours trouvé que le récit de la vie d'un gars qui vient d'avoir 23 ans, ç'a du cachet pas pour rire. Certes, 23 ans, c'est jeune et il serait loisible de zyeuter un peu l'avenir avec la confiance des gagnants avant de se tourner vers le passé, mais combien de gens ont attendu d'être vieux avant de raconter leur passionnante vie et se sont ramassés à en avoir oublié des bouts et ont dû abandonner leur projet la mort imminente dans l'âme? Et puis, à 23 ans, on peut déjà avoir accompli de grandes choses. C'est le cas de Lewis Hamilton, pilote chez McLaren, premier Noir en Formule 1, escaladeur du podium à ses neuf premières épreuves en carrière, vice-champion du monde 2007, tenant du titre sur le circuit de l'île Notre-Dame doté de paddocks et d'un centre de presse international ragaillardis?

En outre, on ne peut guère reprocher à Hamilton de s'être limité jusqu'ici à publier un livre. Si Jacques Villeneuve s'était contenté de littérature et avait résisté à l'appel de la musique, on ne s'en trouverait pas plus mal.

Mais est-ce bête, je ne l'ai pas lue, l'autobiographie (pas de calembour possible ici avec «auto» et «biographie» puisque l'idée a déjà été utilisée par Jacques Duval). Du moins, pas encore, mais ça ne saurait tarder, elle me brûle les doigts. Remarquez, il existe bel et bien un autre bouquin, intitulé à peu près «Comment avoir l'air de parler intelligemment d'un livre sans l'avoir lu», mais je ne suis guère avancé puisque je n'ai pas lu celui-ci non plus et vous discerneriez trop de failles dans l'analyse. On se reprendra donc.

Pas lu le truc, parce qu'occupé à d'autres tâches. Ça n'a l'air de rien comme ça sauf pour les manifs et le compte rendu de smog quotidien, mais les Jeux olympiques de Pékin fondent sur nous à grandes enjambées. Et pour s'y adéquatement préparer, il faut plus que maintenir par-devers soi des tableaux statistiques et des exemples de chronomètres. Il faut un diplôme en pharmacie. Je me suis donc mis en frais d'apprendre par coeur la liste des substances prohibées et leurs propriétés sur l'organisme dans un contexte de dépassement de soi.

Mais attention. S'il n'y avait que la nomenclature des produits interdits par l'Agence mondiale antidopage, il n'y aurait vraiment rien là. Déhydrochlorméthyltestostérone, 19-norétiocholanolone, aminoglutéthimide, méthylènedioxymétamphétamine, phenylpiracétam, ça se place quand même assez aisément dans une conversation de cocktail où on n'essaie pas de faire le smatte. Cependant, il y a quelques semaines, les autorités chinoises ont adjoint au répertoire classique leur propre liste d'affaires pas permises, qui devra être observée par les athlètes du pays hôte sous peine de... sous peine de je vous laisse imaginer quoi.

Ces nouvelles substances sont issues d'une pharmacopée traditionnelle qui remonte dans certains cas à plusieurs centaines d'années. Parmi celles-ci, on note le sang de tortue — rendu célèbre par «l'Armée de Ma», du nom de l'ancien entraîneur de l'équipe nationale d'athlétisme Ma Junren, dont les filles avaient battu trois fois en deux jours le record du monde du 5000 mètres en 1997 et qui prétextait que leur rendement tout à fait admirable était imputable à l'ingestion de soupe au sang de tortue, avec ou sans biscuits soda l'histoire ne le dit pas —, la potion à base de racine d'angélique officinale, et l'élixir fait de pénis de cerf.

Il est à noter, si jamais le goût vous en prend avant d'aller faire votre séance de lancer du marteau ou de steeplechase bihebdomadaire, que ces concoctions ne conduisent pas nécessairement à un test positif. Mais leur combinaison pourrait. Enfin, on ne sait pas, mais il n'y a pas de risques à courir. On retrouve des stimulants là-dedans, et «nous aimerions mieux perdre des médailles d'or que de voir nos athlètes se faire pincer», a déclaré le vice-ministre aux Sports de la Chine, Cui Dalin.

Or ne reculant devant absolument rien, j'ai mis la main sur la liste exhaustive, et ai passé le week-end à la mémoriser, aux dépens de ce pauvre Lewis Hamilton. On ne peut pas faire deux choses en même temps, sauf écrire en vue du Pulitzer en regarder du baseball. La voici: http://tinyurl.com/5z3fgb. Vous viendrez dire, après, que je ne fais rien pour l'avancement des connaissances en général et de la connaissance en particulier. Et à votre place, je me méfierais du Fufang Chuanbei Zhike Tangjiang, le terrible WS3-B-2187-96, ou alors du Xiao'er Qingfei Huatan Koufuye (WS3-B-1885-95), ils pourraient vous faire halluciner et ce n'est pas remboursé par l'assurance médicaments.

La prochaine fois, nous verrons quel genre d'hallucinations peut provoquer l'inhalation de gaz d'échappement d'un bolide de chez Toro Rosso, même de loin.
 
 
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  • Dominique Brunel - Inscrit
    3 juin 2008 06 h 58
    la F1 ou le paradigme du mur
    La F1 appartient à l'ancien paradigme: celui d'un monde qui s'en va assurément dans le mur, celui de la disparition de la vie, rien de moins. Alors, ne soyons pas manichéen comme un Debeliou: il n'est pas question de choisir ici entre le bien et le mal, mais entre la vie et la mort de notre espèce (et de la grande majorité des autres). Pour vivre dans le nouveau paradigme, il nous faut nous lever et empêcher les courses de F1 et tous ces sports qui font l'apologie de la vitesse et de la performance des moteurs. La question n'est pas: vont-ils être interdit un jour, mais plutôt: quand vont-ils enfin l'être?
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