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Et puis euh - Sports Moins

Jean Dion   13 mai 2008  Actualités sportives
Reprise épisodiquement lorsque rien de particulier ne le justifie, la rubrique Sports Moins, espèce de picouille de l'information cotée à 100 000 contre 1 dans un Kentucky Derby de purs-sangs qui tapent à un seul sabot sur leurs claviers, se penche sur des choses insoupçonnées qui se bousculent dans ce merveilleuxª monde. Aujourd'hui, entre autres choses, de l'inaperçu et de l'aperçu, du non-dit et du bien dit au menu.

Causons d'abord vidéo, puisque nous vivons dans une société de l'image. C'est du moins ce qu'ils disaient l'autre jour à la radio, ce que l'on pourrait considérer comme résolument paradoxal, mais bon, on ne choisit pas toujours.

Il y a ce juge vidéo, dimanche, au Championnat du monde de hockey sur glace qui se déroule, notamment mais non exclusivement, à Halifax. Les États-Unis affrontent la Finlande, et ils mènent 2-0 vers le début du troisième tiers-temps lorsque Ville Koistinen décide de redonner espoir aux siens et de ramener son club au plus fort du match, genre, en en enfilant une du côté droit, ou à la gauche du gardien, selon l'axiome emprunté. Sauf que la rondelle, clairement, entre dans le but par là où ce n'est pas permis, soit à travers le filet. (Remarque: ainsi que le Philadelphie l'a fait à maintes occasions contre Carey Price, il est autorisé de marquer en lançant à travers le gardien. Mais à travers le filet, ça non. D'ailleurs, à ce sujet, une anecdote: quand le hockey a commencé, vers 1875, il n'y avait pas de filet. Juste deux poteaux, et un juge situé derrière sur la patinoire qui devait déterminer si la rondelle avait passé entre. Puis a été inventé le lancer frappé, et les juges de buts se sont plaint à la CSST et ont graduellement recherché d'autres perspectives d'emploi. L'industrie du filet naquit dès lors, sans parler de celle de la baie vitrée, et le monde connut une longue période de prospérité sans précédent.)

Bref, il devait y avoir un trou, ce qui peut arriver à n'importe quel but, mettez-vous à leur place. Quoi qu'il en soit, il sautait aux yeux que le tracé du tir était répréhensible. Même à vitesse normale, moi qui suis affublé d'une myopie à rentrer dans le mur et qui m'empêche de distinguer les enjeux à long et même à moyen terme, je l'avais intimement discerné. Les arbitres, qui eux n'étaient peut-être pas bien placés devant leur téléviseur, ont donc fait appel au juge vidéo. Qui, incompréhensiblement, au ralenti et de 48 angles différents, a confirmé le but. Vous dire, ce n'était pas le temps d'inviter John Tortorella, le bouillant entraîneur des États-Unis, à expliquer pourquoi son Lightning a fini dernier.

Ce qui soulève bien sûr une question, et à vrai dire deux. 1) Quelles qualifications sont exigées d'un juge vidéo en contexte international? 2) Quelles qualifications sont exigées d'un filet international en situation de match?

Enfin, toujours est-il que la Fédération internationale de hockey sur glace a fait amende honorable et a déclaré hier qu'il y avait eu erreur sur la garnotte. Et le propos fut tonitruant: «Nous nous excusons publiquement au monde entier.» Wow. Vous êtes-vous déjà, vous, excusé auprès du monde entier? Cela ne doit point être chose aisée. En plus, quand vous sortez, vous croisez plein de gens sur le trottoir, et vous songez «lui, oui, il fait partie de ceux-là, elle aussi, et lui, et elle, et tous les autres là-bas, ont-ils vraiment passé l'éponge?». Le fardeau doit être au moins à moitié aussi lourd que celui sur le jeune Carey Price.

Pour sa part, le juge vidéo ne juge vidéora plus pendant le tournoi. La sortie, c'est par là. Remarquez, ça nous change un peu de la Ligue nationale. Dans la LNH, les autorités auraient dit ben euh écoutez euh la lentille était embuée à cause de l'intense chaleur que dégagent nos matchs et nos spectateurs enfiévrés et la machine était légèrement défectueuse pour des raisons techniques et puis euh nous avons pleine confiance en notre personnel et voilà, cette suspension de 15 secondes et ces 5 ¢ d'amende montrent que nous sommes très sérieux dans notre sévérité de discipline OK bye.

Toujours dans le domaine de la vidéo, si nous n'étions pas à l'ère du numérique, messieurs dames, je n'hésiterais pas un dixième de seconde à affirmer que les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont un sérieux problème de pellicule. Les nouvelles sortent l'une après l'autre, ils ont filmé, à l'encontre des règlements de la Ligue nationale de football, ceci, cela, ceci, les séances d'entraînement des autres clubs, les patrons de jeu défensifs, les patrons de jeu offensifs, une méchante collection de DVD qui laisse entrevoir même avec les paupières mi-closes que Bill Belichick est peut-être avant tout un génie du cinéma, ou en tout cas un meilleur visualisateur que le juge du Championnat du monde de hockey sur glace. Bref, les Patriots sont très bons, mais pas tant que ça.

Selon des sources, George W. lui-même aurait contacté les Patriots pour enfin mettre la main sur cette vidéo des armes de destruction massive qui manque cruellement à son taux d'approbation, et ils auraient demandé que Washington leur cède en échange le film du dernier souper d'équipe des Redskins. Selon d'autres sources, les Pats détiendraient aussi la preuve que Lee Harvey Oswald n'a pas agi seul, les 18 minutes et demie de ruban manquantes de Nixon, un témoignage de Kerry Fraser affirmant que le but d'Alain Côté était bon et un dossier épais comme ça sur vous, juste pour le fun.

Terminons donc pour le moment avec la citation par excellence des deux derniers mois. Elle nous vient de Pat Riley, entraîneur-chef du Heat de Miami (NBA), dont l'équipe a bouclé la saison avec un rutilant rendement de 15 victoires et 67 défaites. À la fin du calendrier, Riley a démissionné de ses fonctions tout en conservant celles de président du club, mais quelque temps auparavant, il déclarait: «Je me sens comme un moustique dans un camp de nudistes. Je sais ce qu'il faut faire, mais je ne sais pas par où commencer.»

La prochaine fois, nous examinerons une fascinante tendance dans le domaine du nom de sportif professionnel nord-américain. On commencera avec Beau Bell, tiens.
 
 
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  • Joël Paquin
    Abonné
    mardi 13 mai 2008 12h10
    tout ce que vous avez toujours voulu savoir, sans oser le demander
    C'est le quasi-délire aujourd'hui (comme d'habitude).

    Je ne suis pas le sport à la TV, en grande partie par manque d'intérêt, mais surtout parce que cette chronique m'explique clairement tout ce que je dois savoir pour bien paraître en société. Aujourd'hui encore, un bel exemple de contribution donnée sans compter (mon impression).

    Merci Jean. Le concept de duïté est en effet un must pour qui veut bien paraître dans une discussion sportive opiniâtre, et ce, sans rien y connaître! Je vous serez reconnaissant éternellement.

    Joël

  • Marc Perron
    Inscrit
    mardi 13 mai 2008 15h14
    Sports Moins 0 - Écriture Plus 1
    Chaque fois que je me prends à lire un article jusqu'au bout alors que je savais dès le départ que je n'y apprendrais rien qui m'intéresse, je me dis que l'auteur a du talent... Donc, même si une image (vidéo ou non) vaut mille mots, je juge qu'il ne faudrait jamais penser à mettre une de ces images à la place d'un article comme celui-ci ! Au plaisir,

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