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Et puis euh - Une vie de choix

Jean Dion   28 février 2008  Actualités sportives
Bien sûr, ils pensent que nous ne nous en apercevons pas, et ils ont largement raison — quoiqu'on puisse se demander s'il est possible d'avoir étroitement raison —, mais des esprits perspicaces sont Dieu merci à l'oeuvre. Ils s'imaginent que personne ne verra clair dans leurs petites manigances, mais ils oublient qu'il y a des sources. Il y a toujours des sources. Hé, Isabelle Aubret en a même fait une chanson, vous pouvez la fredonner si ça vous tente (si vous ne la connaissez point, tinyurl.com/2s656o, mais je vous préviens, le texte est tragique, bien plus que la perspective de Hossa en train de la refiler à Crosby puis à Malkin dans la série éliminatoire de premier tour Pittsburgh-Montréal qui aurait lieu si la saison régulière se terminait aujourd'hui).

D'abord, alors que le capitaine n'est toujours pas en mesure dans l'une des langues de Justin Trudeau, ils se départent du seul Français de l'équipe. Vous avez le droit de ne pas trouver que cela relève de la machination, tout comme vous avez aussi le droit de croire que les témoins à la commission Gomery ne se souvenaient vraiment de rien.

Puis, Gainey déclare que son club est maintenant meilleur qu'il ne l'était auparavant. Ce qui signifie donc que Halak est supérieur à Huet. Or, si c'est le cas, que faisait l'un à Montréal et l'autre à Hamilton? Louche louche louche.

À moins que.

À moins qu'il ne faille aussi prendre en compte, dans l'évaluation du personnel, ce choix de second tour obtenu des Capitals de Washington en retour du dénommé Huet. En somme, il faut poser l'inéquation (Halak + choix > Huet) et vérifier si elle s'avère. Pour ce faire, une seule avenue possible: rencontrer le choix de deuxième tour.

Or, après une tonne de démarches si complexes que vous auriez applaudi si vous les aviez vues, toutes les demandes d'entrevue avec le choix de deuxième tour ont été refusées. Selon des sources, ce pourrait soit être que l'Organisation a quelque chose à cacher, soit que le choix n'est en mesure de s'exprimer dans aucune langue connue, soit qu'il éprouve des problèmes de comportement hors glace, se couche tard et pique les affaires aux madames, soit qu'il demande lui-même à être échangé contre un choix de premier tour afin de regagner sa propre confiance.

Mais l'Organisation, étant donné ce qu'elle a donné pour, n'aurait aucune intention de le céder à une autre formation. Bref, le choix n'aurait pas le choix. Il pourrait donc se mettre à bouder, à traîner les pieds, ce qui risquerait de l'envoyer assister aux matchs depuis la galerie de presse. L'entraîneur déclarerait alors que «le choix a choisi de se mettre dans le pétrin».

La vie de choix, contrairement à ce que l'expression même laisse entendre, n'est guère aisée.

Encore le choix peut-il se compter chanceux d'avoir été connu comme choix dès la conclusion de la transaction. Il aurait pu se retrouver dans la peau du joueur à être nommé plus tard. (Certes, le choix est aussi, au fond, un joueur à être nommé plus tard. Mais il sait qu'il constitue un choix, indiqué en toutes lettres dans la grille du repêchage. Le joueur à être nommé plus tard, lui, est un vrai joueur qui joue vraiment mais ne sait pas qu'il sera nommé plus tard. Enfin, c'est énormément complexe.)

Sauf erreur, les joueurs à être nommés plus tard ont cependant été totalement ignorés lors des transactions bouclées mardi. Selon des sources, leur valeur connaît une baisse du fait qu'il est difficile pour un entraîneur d'entraîner un joueur qui joue pour quelqu'un d'autre.

Dans le temps, on parlait plutôt de «considérations futures». L'expression, parce que boiteuse en français, a plutôt fait place à «joueur à être nommé plus tard», même si elle se révélait plus exacte parce que le joueur à être nommé plus tard n'est pas nécessairement un joueur. Il peut s'agir d'un choix ou d'une somme d'argent. Dans le cas d'un choix, comme le choix, comme on l'a vu, est un joueur à être nommé plus tard, il s'agirait donc d'un «joueur à être nommé par le biais d'un choix à être connu plus tard». Voilà qui fait un peu loin pour l'individu concerné, même s'il ne se reconnaît pas immédiatement.

Parfois, la vie sportive provoque des occurrences étranges. En 1962, le receveur Harry Chiti a été transféré des Indians de Cleveland aux Mets de New York en retour d'un joueur à être nommé plus tard. (Au baseball majeur, l'identité d'un joueur à être nommé plus tard doit être connue dans un délai de six mois suivant la transaction.) Chiti s'est joint aux Mets en avril, et les deux équipes ont amorcé des discussions concernant le JAENPL. En juin, ils ont convenu qu'ils se retrouvaient dans une impasse, et Chiti a été retourné aux Indians. Il est ainsi devenu le seul joueur de l'histoire des ligues majeures à être échangé contre un joueur à être nommé plus tard qui s'est finalement révélé lui-même.

Autre truc dont vous pourrez vous servir lors de votre prochain cocktail mondain pour épater le plancher: en 1980, un jeune joueur du nom de José Altagracia González Uribe s'est joint aux Cardinals de St. Louis et a amorcé sa carrière sous le nom de José González. En 1985, à l'issue d'un échange entre les Cards et les Giants, González fut expédié à San Francisco en qualité de joueur à être nommé plus tard. Quelques mois après son arrivée là-bas, voulant insuffler un nouveau tonus à sa carrière — si vous n'avez jamais tenté l'expérience, essayez d'insuffler du tonus, vous verrez, des heures et des heures d'agrément — et trouvant qu'il passait un peu trop incognito en raison du grand nombre de joueurs des majeures appelés González, il décida de prendre le nom de sa mère et de se rebaptiser José Uribe.

L'instructeur des Giants Rocky Bridges devait alors énoncer la formule célèbre: «C'était donc lui, le vrai joueur à être nommé plus tard.»

Ceci n'a bien sûr rien à voir avec le Canadien de Montréal mais est susceptible de faire décolérer un peu l'amateur moyen qui croit que, tant qu'à faire, ils auraient dû garder Huet jusqu'à la fin de la saison, quitte à ne rien obtenir du tout en retour. Car le Canadien de Montréal avait bel et bien le choix de ne pas avoir ce choix.

La prochaine fois, nous verrons comment, dans une perspective dialectique, le Canadien de Montréal a pris le risque que Carey Price soit un joueur à être nommé trop tôt.

***

jdion@ledevoir.com
 
 
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  • Dominique Chouinard - Abonnée
    28 février 2008 09 h 16
    wow!
    10/10, que dire que dire...je me suis roulé dans ma confiture ce matin....
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  • Ghislaine Télémaque - Abonnée
    28 février 2008 09 h 26
    Wawapito
    Rien compris!
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  • Jean Poulin - Abonné
    28 février 2008 10 h 22
    inévitable
    L'échange de Huet était inévitable puisque lorsqu'il est arrivé à Montréal il se faisait appeler Huet (prononcé "Huè") et qu'il a ensuite demandé à être appelé Huet (prononcé "Huette"). Étant donné que le joueur s'est renommé plus tard, il ne pouvait plus être gardé. Il s'est échangé lui-même, en quelque sorte.
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  • Dominic Courtois - Abonné
    28 février 2008 12 h 40
    M. Rogatien,
    je ne sais pas si vous avez encore le temps de vous pencher sur cette chose-ci; ces choses-là, le taxi en prime depuis peu, semblent être assez accaparantes, mais après avoir lu votre chronique je me suis pris, moi, à rire du titre de votre chronique en mangeant mon lunch. On visualise et on appuie avec conviction sur le euh... Ça marche à tout coup. Pour le reste, c'est pas mal aussi, en lisant votre chronique, je suis assuré que les Vogons démoliront la Terre pour faire la place à une autoroute.
    Merci du brin de folie,
    Dominic Courtois
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  • Rémi Catafard - Abonné
    28 février 2008 12 h 48
    La France à Washington.
    Cristobal pourrait devenir un rouage important pour l'amélioration des relations entre Bush et Sarcozy, pour ne pas dire entre les USA et la France. C'est peut-être dans
    cette direction qu'il faut chercher pour trouver la raison
    profonde de cet échange possiblement diplomatique.
    Quant à l'incompréhension de madame Télémaque, puis-je lui
    suggérer de relire et de relire votre chronique ou de consul-
    ter un spécialiste qui lui expliquera le tout d'une façon
    simple. Suggestion faite en toute bonne foi et sans malice.
    RémiCat.
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