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Et puis euh - Éloge de la saleté dans un monde trop propre

Jean Dion   29 novembre 2007  Actualités sportives
Il n'y a rien de tel qu'un petit voyage dans le temps. On qualifie souvent la rubrique Et puis euh, pourtant tellement vachement incrustée dans l'ici et maintenant qu'elle se rédige à la toute dernière minute de manière à s'offrir la plus fraîche possible à son lectorat exigeant — la procrastination de son auteur n'étant nullement en cause —, de pétrie de nostalgie. Les allusions récurrentes à quand ils jouaient avec pas de casque, à l'époque bénie de quand il y avait juste six équipes, aux exploits d'Eddie Giroux, d'Old Hoss Radbourn ou de Pudge Heffelfinger peuvent en effet donner à penser à part soi qu'un goût prononcé pour les antiquités l'habite. Mais il y a une raison à cela, mûrement réfléchie de surcroît: c'est en explorant le passé qu'on arrive à comprendre l'histoire.

Certes, les gens disent habituellement qu'en étudiant le passé, on arrive à comprendre le présent, mais c'est parce qu'ils affectionnent les banalités, les idées reçues et les clichés. D'abord, on ne comprend jamais vraiment le présent, ne serait-ce que parce qu'on ne peut pas profiter du recul historique. Prenons un exemple au hasard: s'il était possible de comprendre le présent, il n'y aurait pas autant de gossage de trios et d'atermoiements autour du taux d'utilisation respectif de Cristo et Price*. On trouverait la formule idéale tout de suite, et paf, on aurait une parade. Mais ce n'est que dans une dizaine d'années qu'on pourra intelligemment se pencher sur le cas et dire: ouais, aurait fallu que Latendresse joue avec Markov et Kotsytsin, Kostsistyn, Kotstsyitn, enfin lui là, le Biélorusse que je confonds toujours avec son frère Serge**, ça n'aurait probablement rien donné sur la glace mais on aurait eu un trio KLM comme dans le temps du CCCP, et aurait aussi fallu qu'on mette des pubs mettant en vedette Maxim Lapierre dans les rues, mais dans les rues de Hamilton.

(* Soit dit en passant, tous les calembours vaseux relatifs au nom de Carey Price, comme The Price is Right, le Club Price, ça n'a pas de prix, Jesus Price, etc., ont déjà été faits. Si quelqu'un vous arrive en faisant son frais et vous dit écoute bien ça j'en ai une bonne que j'ai confectionnée hier soir pendant la pause publicitaire Humpty Dumpty***, accusez-le illico de plagiat.

** Puisque vous avez été nombreux à vous en enquérir lorsque j'en ai parlé il y a quelque temps, voici une réponse pour tous: non, je n'ai pas la moindre ombre de reflet de début d'amorce de commencement d'idée de ce que signifie le slogan publicitaire «Une vraie bière de Serge». En fait, je pense que ça ne signifie rien pantoute. Remarquez à cet égard que l'insignifiance n'a pas empêché un autre slogan élaboré jadis, «L'affaire est ketchup», de passer dans la langue courante. Si vous ne vous souvenez pas de cela, c'est probablement qu'à ce moment, vous étiez parti prendre votre Bovril.

*** En écoutant du hockey à la télévision, on constate que tout est désormais commandité. Tout. La liste des formations partantes, les avantages numériques, le sondage non scientifique du jour, le studio, le commentaire d'Yvon, le sommaire de la période. Tout, sauf les pauses publicitaires. Mais ne vous en faites pas, ça s'en vient****.

**** Cette parenthèse vous a été présentée par une blessure à la laine. La laine, un vrai matériau de serge.)

Donc, disions-nous, rien de tel qu'un voyage dans le temps. Comme ce match de football professionnel américain présenté lundi soir dernier et mettant aux prises le Miami et le Pittsburgh à Pittsburgh. Il pleuvait, il faisait frette, le terrain avait été mal préparé, mal drainé, enfin pour tout dire, les gars jouaient dans un authentique marécage. C'était proprement fabuleux.

Bien sûr, lorsqu'on évolue dans un marécage, il est ardu de déployer des schèmes offensifs complexes. Le quart-arrière a tendance à s'enfarger dans ses lacets, le porteur de ballon piétine dans la gadoue au lieu de faire les feintes qui ont fait son succès dans les cocktails mondains et auprès des dames, le botteur de précision glisse au moment de planter son pied qui ne botte pas et botte conséquemment tout croche. Le ballon prend des allures de savonnette sous la douche. Résultat, l'équipe censée être la meilleure devient tout à coup pas mal moins meilleure.

Je ne sais pas si vous y aviez déjà songé, mais je vais vous livrer une vérité incontournable de ce monde sans pitié si vous m'autorisez juste pour cette fois-ci à substantiver l'adjectif: la bouette est un grand égalisateur. Mettez les puissants de ce monde dans la bouette et vous verrez que ça ne sera pas long avant qu'ils disent pardon mononcle. Voilà pourquoi les puissants de ce monde ont plutôt tendance à envoyer les autres dans la bouette.

Remarquez, on n'a plus la bouette qu'on avait. J'ai souvenance d'un match opposant les Vikings du Minnesota aux Rams de Los Angeles où des joueurs des Vikings, qui portaient ce jour-là leur uniforme blanc, avaient dû changer de chandail en cours de match parce qu'on n'arrivait plus à distinguer les pâles des foncés (je profite de cette permission unique pour substantiver comme un damné). Ça, c'était de la bouette. Or, certes, lundi soir, les joueurs étaient détrempés, mais ils sont demeurés quand même assez présentables, en tout cas de loin. Plus mouillés que sales. C'est à cause des terrains, qui sont trop bien faits de nos jours. Un peu de relâchement de ce côté ne nuirait pas.

Enfin, toujours est-il que dans les circonstances, le score est demeuré 0-0 jusqu'à quelques secondes de la fin du match, lorsque les Steelers ont réussi un placement pour l'emporter 3-0. On se serait senti dans les années 1930, sauf que la partie était présentée à la télévision et que dans les années 1930, la télévision n'avait pas encore de contrat de diffusion du football. À l'époque, plusieurs matchs se terminaient 0-0, 3-0 ou quelque chose du genre, parce que la passe vers l'avant restait sous-développée, parce que lorsqu'un joueur était arrêté en possession du ballon ses adversaires avaient le droit de le reculer et parce que vous essaierez, vous, de marquer des touchés et de botter des placements alors que sévit la Grande Crise et que tout le monde est si pauvre qu'il n'y a même pas moyen de s'acheter un ballon.

Bref, on en veut encore.

La prochaine fois, nous verrons comment le record de 502 matchs consécutifs disputés par un gardien de but appartenant à Glenn Hall ne sera jamais battu parce que le repos est de nos jours un principe survalorisé.

***

jdion@ledevoir.com
 
 
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  • claire dufour - Abonnée
    29 novembre 2007 11 h 28
    Un sport de salon.
    Tout tourne autour du moi, de MA QUALITÉ DE VIE, de MA FATIGUE...L'effort, le travail, la volonté de gagner est révolu
    C'est ce qui se passe dans le milieu du travail.
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  • Hugues Savard - Inscrit
    29 novembre 2007 12 h 25
    Les joueurs d'énergie
    Est-ce que les joueurs d'énergie et les policiers, ce serait de bonne guerre, vont un jour aussi être commandités? Ou est-ce que ces joueurs vont se ramasser au site d'enfouissement sanitaire le plus proche?

    Traduction: Est-ce que les plombiers et les gros caves, ce serait aussi con, vont un jour aussi faire les putes? Ou est-ce que ces joueurs vont se retrouver au dépotoir le plus proche?
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  • Olivier Nguyen - Inscrit
    29 novembre 2007 16 h 31
    J'ai peut-être une solution
    J'ai deux hypothèses qui diffèrent quant à la question à forte teneur existentielle que vous réussissez comme toujours à glisser dans vos lignes.

    La première est que la serge étant sûrement une sorte de plante ligneuse (voir l'expression "Le petit vieux qui vend de la serge"), ou encore une graminée ancienne. Un quelconque "Petit Einstein" travaillant au sein des laboratoires s'est ainsi glissé en secret (et dans le domaine de la spéculation) dans les locaux du brasseur et a substitué à l'insu du fabriquant quelques boisseaux de serge aux costauds étals d'orge, de houblon et/ou de malt de la place, créant ainsi un riche breuvage tout aussi digne de l'épithète.

    La seconde, plus osée, reviendrait à croire que dans la publicité se cache quelque obscure contrepétrie.
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  • Michel Filiatrault - Abonné
    11 décembre 2007 15 h 15
    La créativité du jeu manque autant que la boue....
    Allez voir ce ptit extrait d'un essai tout en remue-méninge !

    http://www.time.com/time/specials/2007/top10/artic,30583,1686204_1686305_1690598,00.html
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