Et puis euh - Demain l'avenir
Aujourd'hui, on remet les pendules à l'heure, normale de l'Est en l'occurrence. Fini le niaisage, les clins d'yeux entendus, les rires sous cape, les remarques faussement larmoyantes devant la futilité du sport organisé. Vous savez un peu comment ça marche: mettons que quelqu'un meure ou tombe assez gravement malade. Inévitablement, un intellectuel de la chose sportive va se lever et dire: «C'est là qu'on se rend compte à quel point le [hockey, football, baseball, basketball, soccer, tennis, boulingrin mixte] n'est pas important. Il y a des choses beaucoup plus graves dans la vie qu'une victoire ou une défaite.» Puis, après la pause, «le match de ce soir, une lutte sans merci de laquelle un des adversaires ne se relèvera pas».
Dans la foulée des attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, bien des voix se sont élevées aux States pour que cesse l'usage, largement répandu, du mot «héros» pour qualifier un athlète; un héros, disait la nation ébranlée, c'est le pompier qui a grimpé dans la tour en feu, pas le gars qui attrape un ballon mieux qu'un autre. Puis, deux ans plus tard, dans un contexte d'Afghanistan et d'Irak, Kellen Winslow II — quand on veut faire pompeux alors que nos parents n'ont pas eu l'originalité de trouver un autre prénom que celui du père, on inscrit «II» au lieu de «junior» —, alors ailier rapproché avec les Hurricanes de l'Université de Miami, s'était fait ramasser lorsque, à l'issue d'un match contre Tennessee, il avait déclaré que c'était «la guerre» sur le terrain et qu'il était lui-même «un f... soldat». Winslow s'est par la suite excusé.
Les mots sont très importants, aux States. Par exemple, quand W. a dit qu'il allait mettre le grappin sur Oussama «mort ou vif», ça voulait dire... Non, attendez, ce n'est pas un bon exemple.
Pour remettre les choses en perspective, souffrez donc que l'on vous présente Nick Saban. D'abord entraîneur-chef de football à Michigan State puis à Louisiana State, il a été embauché par les Dolphins de Miami en 2005. Il y est resté deux saisons avant de se sauver, acceptant une offre de l'Université de l'Alabama alors que, pendant les semaines précédentes, il avait catégoriquement nié être en pourparlers avec elle et affirmé vouloir rester à Miami jusqu'à la fin des temps. Or la puissante Alabama se relève d'une difficile et inattendue défaite contre la petite université de Louisiana-Monroe, 21-14, et affrontera samedi sa rivale de toujours, Auburn.
Voici l'analyse de Saban: «Les changements historiques surviennent la plupart du temps après un événement catastrophique de quelque nature. Il peut s'agir du 11-Septembre, qui a en quelque sorte transformé l'état d'esprit de l'Amérique par rapport aux événements catastrophiques. Et d'une manière, Pearl Harbor nous a préparés à la guerre, ou quelque chose du genre, et c'était un événement catastrophique.»
Quand je vous disais, mesdames messieurs, qu'on ne rigole pas avec le sport. Notez d'ailleurs que la place de la Deuxième Guerre mondiale dans les livres d'histoire, est très surfaite, ainsi que le veut le bout de phrase «Pearl Harbor kind of got us ready for World War II, or whatever».
Vous voulez l'avis d'un seul homme? Pour tous les amateurs professionnels, Nick Saban fait figure de, ben, héros.
***
Matière à réflexion.
L'entraîneur-chef du Ca'adien de Montréal, mardi: «Le futur est meilleur aujourd'hui qu'il ne l'a été dans le passé.»
OK. Ayant recours aux techniques éprouvées de la philologie, de l'exégèse et de la casuistique, je vous ai concocté une petite analyse dont, je vous préviens, les conclusions ne vous plairont sans doute pas si d'aventure vous caressez, fût-ce à rebrousse-poil, le rêve d'une parade sur Sainte-Cath en juin.
Donc, dans le passé, l'avenir n'était pas terrible. Or l'avenir de ce passé, c'est très probablement le présent. En conséquence, le présent n'est pas vargeux. Certes, il y a un avenir, et il est meilleur que l'avenir du passé, mais ne sachant pas à quel point cet avenir était pourri dans le passé, il est impossible de déterminer combien au juste cet avenir est bon. Tout comme on ne sait pas si le bon avenir est proche, quoiqu'on puisse en douter puisque cet avenir doit émerger d'un présent qui n'est pas vargeux, ce qui prend habituellement un certain temps.
Vous allez donc devoir attendre. Jusqu'à quand? Si on tire les leçons du passé, l'avenir le dira.
***
On aura beau faire, et croyez-moi j'ai essayé, difficile de qualifier la finale de la coupe Grey 2008 autrement que par l'expression «affiche de rêve». Si si.
Saskatchewan contre Winnipeg. Ne venez pas me dire que cet affrontement ne suscite pas en vous une imagerie mentale d'un exotisme débridé. Le coeur du Canada. Répétez: Saskatchewan, Winnipeg. Des lieux qu'on a chantés, ici même, en terre française d'Amérique. Les Trois Accords face à Pierre Lalonde.
Un match ultime d'autant plus frais que les Roughriders, que j'appuie sans discontinuer depuis les beaux jours de Ron Lancaster et George Reed, n'y vont pas souvent, à la coupe Grey. Deux victoires seulement dans toute l'histoire, en 1966 et 1989. Mais on peut les admirer dans un classique du cinéma de chez nous, j'ai nommé l'excellente comédie de moeurs* Deux femmes en or, alors que des personnages du film vont assister à la finale de 1969 à l'Autostade de Montréal — défaite contre Ottawa, qui s'appelait aussi les Rough Riders, mais en deux mots pour des raisons que je vous expliquerai une autre fois. Ça ne s'oublie pas.
(* Dans les descriptions que fournissait à l'époque TV Hebdo, on retrouvait trois sortes de films de moeurs: la comédie de moeurs, dans laquelle on pouvait entrapercevoir du monde drôlement tout nu; le drame de moeurs, présentant à la dérobée du monde sérieusement tout nu; et l'étude de moeurs, qui montrait du monde tout nu sans qu'on sache si c'était supposé être drôle ou pas. Mais une chose était garantie: les moeurs exigeaient qu'on les évoquât avec pas de linge.)
En plus, regardez-moi ça: en raison d'une blessure subie par le quart-arrière numéro un des Blue Bombers, Kevin Glenn, c'est son remplaçant, la bien nommée recrue Ryan Dinwiddie, qui commencera le match. Une première dans tout le football professionnel nord-américain, CFL, NFL, AFL, AAFC, USFL, WFL: un quart qui commence sa première rencontre à l'occasion d'un match de championnat. Imaginez le beau documentaire s'il gagne.
Une affiche de rêve, je vous dis.
***
jdion@ledevoir.com
Dans la foulée des attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, bien des voix se sont élevées aux States pour que cesse l'usage, largement répandu, du mot «héros» pour qualifier un athlète; un héros, disait la nation ébranlée, c'est le pompier qui a grimpé dans la tour en feu, pas le gars qui attrape un ballon mieux qu'un autre. Puis, deux ans plus tard, dans un contexte d'Afghanistan et d'Irak, Kellen Winslow II — quand on veut faire pompeux alors que nos parents n'ont pas eu l'originalité de trouver un autre prénom que celui du père, on inscrit «II» au lieu de «junior» —, alors ailier rapproché avec les Hurricanes de l'Université de Miami, s'était fait ramasser lorsque, à l'issue d'un match contre Tennessee, il avait déclaré que c'était «la guerre» sur le terrain et qu'il était lui-même «un f... soldat». Winslow s'est par la suite excusé.
Les mots sont très importants, aux States. Par exemple, quand W. a dit qu'il allait mettre le grappin sur Oussama «mort ou vif», ça voulait dire... Non, attendez, ce n'est pas un bon exemple.
Pour remettre les choses en perspective, souffrez donc que l'on vous présente Nick Saban. D'abord entraîneur-chef de football à Michigan State puis à Louisiana State, il a été embauché par les Dolphins de Miami en 2005. Il y est resté deux saisons avant de se sauver, acceptant une offre de l'Université de l'Alabama alors que, pendant les semaines précédentes, il avait catégoriquement nié être en pourparlers avec elle et affirmé vouloir rester à Miami jusqu'à la fin des temps. Or la puissante Alabama se relève d'une difficile et inattendue défaite contre la petite université de Louisiana-Monroe, 21-14, et affrontera samedi sa rivale de toujours, Auburn.
Voici l'analyse de Saban: «Les changements historiques surviennent la plupart du temps après un événement catastrophique de quelque nature. Il peut s'agir du 11-Septembre, qui a en quelque sorte transformé l'état d'esprit de l'Amérique par rapport aux événements catastrophiques. Et d'une manière, Pearl Harbor nous a préparés à la guerre, ou quelque chose du genre, et c'était un événement catastrophique.»
Quand je vous disais, mesdames messieurs, qu'on ne rigole pas avec le sport. Notez d'ailleurs que la place de la Deuxième Guerre mondiale dans les livres d'histoire, est très surfaite, ainsi que le veut le bout de phrase «Pearl Harbor kind of got us ready for World War II, or whatever».
Vous voulez l'avis d'un seul homme? Pour tous les amateurs professionnels, Nick Saban fait figure de, ben, héros.
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Matière à réflexion.
L'entraîneur-chef du Ca'adien de Montréal, mardi: «Le futur est meilleur aujourd'hui qu'il ne l'a été dans le passé.»
OK. Ayant recours aux techniques éprouvées de la philologie, de l'exégèse et de la casuistique, je vous ai concocté une petite analyse dont, je vous préviens, les conclusions ne vous plairont sans doute pas si d'aventure vous caressez, fût-ce à rebrousse-poil, le rêve d'une parade sur Sainte-Cath en juin.
Donc, dans le passé, l'avenir n'était pas terrible. Or l'avenir de ce passé, c'est très probablement le présent. En conséquence, le présent n'est pas vargeux. Certes, il y a un avenir, et il est meilleur que l'avenir du passé, mais ne sachant pas à quel point cet avenir était pourri dans le passé, il est impossible de déterminer combien au juste cet avenir est bon. Tout comme on ne sait pas si le bon avenir est proche, quoiqu'on puisse en douter puisque cet avenir doit émerger d'un présent qui n'est pas vargeux, ce qui prend habituellement un certain temps.
Vous allez donc devoir attendre. Jusqu'à quand? Si on tire les leçons du passé, l'avenir le dira.
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On aura beau faire, et croyez-moi j'ai essayé, difficile de qualifier la finale de la coupe Grey 2008 autrement que par l'expression «affiche de rêve». Si si.
Saskatchewan contre Winnipeg. Ne venez pas me dire que cet affrontement ne suscite pas en vous une imagerie mentale d'un exotisme débridé. Le coeur du Canada. Répétez: Saskatchewan, Winnipeg. Des lieux qu'on a chantés, ici même, en terre française d'Amérique. Les Trois Accords face à Pierre Lalonde.
Un match ultime d'autant plus frais que les Roughriders, que j'appuie sans discontinuer depuis les beaux jours de Ron Lancaster et George Reed, n'y vont pas souvent, à la coupe Grey. Deux victoires seulement dans toute l'histoire, en 1966 et 1989. Mais on peut les admirer dans un classique du cinéma de chez nous, j'ai nommé l'excellente comédie de moeurs* Deux femmes en or, alors que des personnages du film vont assister à la finale de 1969 à l'Autostade de Montréal — défaite contre Ottawa, qui s'appelait aussi les Rough Riders, mais en deux mots pour des raisons que je vous expliquerai une autre fois. Ça ne s'oublie pas.
(* Dans les descriptions que fournissait à l'époque TV Hebdo, on retrouvait trois sortes de films de moeurs: la comédie de moeurs, dans laquelle on pouvait entrapercevoir du monde drôlement tout nu; le drame de moeurs, présentant à la dérobée du monde sérieusement tout nu; et l'étude de moeurs, qui montrait du monde tout nu sans qu'on sache si c'était supposé être drôle ou pas. Mais une chose était garantie: les moeurs exigeaient qu'on les évoquât avec pas de linge.)
En plus, regardez-moi ça: en raison d'une blessure subie par le quart-arrière numéro un des Blue Bombers, Kevin Glenn, c'est son remplaçant, la bien nommée recrue Ryan Dinwiddie, qui commencera le match. Une première dans tout le football professionnel nord-américain, CFL, NFL, AFL, AAFC, USFL, WFL: un quart qui commence sa première rencontre à l'occasion d'un match de championnat. Imaginez le beau documentaire s'il gagne.
Une affiche de rêve, je vous dis.
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