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Coupe Rogers de tennis - Ailleurs que sur le terrain

Jean Dion   7 août 2007  Actualités sportives
On vous l'a sans doute déjà dit, mais il n'est pas vain de le répéter, au cas où ça n'aurait pas adhéré les autres fois: une bonne partie, sinon la totalité, de la munificence du sport professionnel de qualité tient dans le fait que tout peut arriver. L'inattendu, doublé de la certitude confiante que dans une couple d'heures on aura un résultat final, tout est là. Prenons par exemple le match inaugural de ce lundi aux Internationaux de tennis du Canada au parc Jarry: un joueur en pleine ascension, occupant le 10e rang mondial, loué la veille par nul autre que Roger Federer, en l'occurrence le Tchèque Tomas Berdych; en face, un participant issu des qualifications à Montréal, coté numéro 103, le Néerlandais Robin Haase.

Or un peu tout est arrivé, puisque le 103 a battu le 10. En deux sets consécutifs de 6-4 et 7-5. C'est bien pour dire, n'est-ce pas. Que ça se joue sur le terrain, je veux dire. Sinon, y aurait qu'à faire des calculs d'ordinateur, et l'ATP Tour serait joué, comme l'annonçait le prophète.

En tout cas, les organisations sportives n'aiment pas que ça se joue ailleurs que sur le terrain, et on les comprend un peu: si ça se joue ailleurs, les gens vont acheter des tickets pour voir ce qui se passe ailleurs, ils vont déserter les gradins, les revenus ne rentreront plus, les joueurs ne pourront plus être payés, ils vont se mettre à jouer mal pour protester, ce qui va entraîner une désaffection des spectateurs, et ainsi de suite jusqu'à ce que le sport professionnel meure, dans pas grand temps. Ce qui serait catastrophique pour les organisations sportives, on en conviendra. Voilà pourquoi elles se tiennent loin, du moins en apparence, du péché du gambling et du monde interlope (ou de la piraterie d'État) qui l'exploite de manière dévergondée.

Enfin bref, je réfléchissais à tout ça, hier, entre deux matchs de la coupe Rogers, en lisant tranquillement le Times de Londres d'un oeil et en pratiquant ma brosse en décroisé de l'autre. Oui, je suis abonné au Times, un abonnement mobile qui me suit même sur la galerie de presse du stade Uniprix. (D'ailleurs, faudrait se pencher un jour sur la cocasserie de la chose, un lieu sportif commandité par une pharmacie. Une chance que le Tour de France ne passe pas au coin de Saint-Laurent et Faillon.)

Donc, on sait, si l'on a pris soin de se connecter avec pas de fil sur le monde au cours des derniers jours, que l'ATP a institué une enquête sur une sombre histoire de paris extraordinairement élevés sur un match disputé en Pologne la semaine passée et que le joueur russe Nikolay Davydenko, alors 4e au classement mondial et aujourd'hui 5e, a abandonné pour blessure à la manche décisive. Or hier, le Times publiait qu'au printemps dernier, avant un tournoi présenté à Miami, l'ATP a invité un mafieux repenti à prendre la parole devant les joueurs pour les mettre en garde contre les dangers de la corruption. On se cite quelques extraits de l'article en question?

«Plus tôt cette année, l'ATP a convié Michael Franzese, un membre haut placé du clan Colombo de la pègre new-yorkaise, à s'adresser à 200 de ses meilleurs joueurs lors d'un meeting à présence obligatoire, avant le Masters Series qui portait sur l'implication du crime organisé dans le gambling sportif.»

«Franzese, appelé par les médias américains et des personnalités liées à la lutte contre le crime "Long Island Don" et "Le prince de la mafia", avait la réputation d'être l'un des mafiosi aux activités les plus lucratives depuis Al Capone. Sous des accusations répétées de racket, il a plaidé coupable, accepté une peine de dix ans de prison et s'est engagé à faire des allocutions sur les effets néfastes qu'a pu avoir sa "carrière" sur le sport.»

Il appert que Franzese aurait déjà également rencontré des joueurs des ligues majeures de baseball et de l'Association nationale de basketball. Vous, ça vous regarde, mais moi, je n'aurais jamais pensé que ce genre de choses puisse se produire. Voilà pourquoi un jour prochain, je mourrai d'incrédulité.

Remarquez, l'ATP reconnaît volontiers que la rencontre a eu lieu. Elle l'inclut d'ailleurs dans un «processus permanent de communication avec les joueurs», voire «d'éducation». Mais toutes les questions ne sont pas nécessairement bienvenues. Hier, lorsqu'un reporter a demandé à Tomas Berdych s'il avait déjà été approché par des éléments criminels, il s'est fait répondre par le «modérateur» de la rencontre de presse que l'interrogation n'était pas pertinente. Berdych a toutefois mentionné qu'il était présent à la rencontre de Miami, et que le gars était assis devant tout le monde et qu'il leur parlait de ce qu'avait été sa vie.

Dans l'ensemble, les joueurs restent prudents sur le sujet, de manière fort compréhensible. L'Australien Lleyton Hewitt, qui venait tout juste de vaincre l'Espagnol Juan Carlos Ferrero, s'est dit «étonné» par l'histoire de Davydenko, et déclaré qu'il fallait laisser l'enquête suivre son cours. Berdych a émis l'avis que les hypothétiques cas de matchs truqués devaient être traités avec sérieux, car le problème, s'il s'avérait, serait encore plus important que celui du dopage. «Mais à moins de nous mettre un fusil sur la tempe, ils ne peuvent rien faire pour nous forcer à collaborer», a-t-il dit. Idée générale: la seule présence de soupçons est nuisible, ainsi que l'on s'en doute.

Cela étant, que voulez-vous, mesdames messieurs. Quand il y a du fric quelque part, comme disait le poète, il y a du monde.

***

En fin de programme de soirée hier, Frank Dancevic, de Niagara Falls, le Canadien le mieux coté avec une 91e place mondiale issue notamment d'une surprenante victoire récente contre Andy Roddick en demi-finale tournoi d'Indianapolis (Dancevic a perdu en finale), affrontait l'Argentin Juan Martin Del Potro, 19 ans seulement et 75e raquette au classement ATP. Ce soir, ce sera au tour de Frédéric Niemeyer, de Deauville, de faire de même. Quant aux gros noms, Roger Federer et Rafael Nadal, ils n'entreront en scène que demain, mais il paraît selon des sources que ça vaut la peine d'attendre.
 
 
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