Et puis euh - Beau temps pour le bowling
Disons-le, mesdames messieurs, on n'a plus la température qu'on avait. Prenons la météo, par exemple. De conserve avec la nutrition, la politique nord-coréenne et cette impression étrange mais bien réelle que quelqu'un vous épie, là en ce moment même, soit par-dessus votre épaule, soit en suivant le moindre de vos déplacements dans le cyberespace et en constituant à votre sujet un dossier épais comme ça qu'ils ressortiront quand vous voudrez aller en politique ou passer à la douane de Lacolle, la météo est devenue un moyen contemporain de faire peur au monde.
Tenez, hier, ils disaient à peu près ceci: «Alors aujourd'hui, avertissement de chaleur extrême, d'irradiation toxiciste aux rayons SUV et de danger général dans la région. Il va faire 32 degrés, mais avec le facteur Humidorª, vous sentirez qu'il fait 38. À ce 38, on doit ajouter l'effet Caniculexª, qui rendra l'atmosphère ambiante équivalente à 46. Avec l'annulation de l'apport Éoligénixª du nord par la venue d'un front Caloridianª du sud, ça va passer à 62. Bref, vous allez tous mourir.»
«Nous vous souhaitons une journée rafraîchissante à notre antenne.»
Non mais c'est vrai: faites-vous une idée. Si les bons vieux degrés centigrades ne correspondent plus à la réalité complexe de notre époque formidable, qu'on utilise une autre échelle, calvette. Ça veut dire quoi, ça, «il fait 32 mais en réalité il fait 42, en fait c'est 32 mais on sent que c'est 42»? Si on sent que c'est 42, il fait bel et bien 42, et 32 n'a aucun sens, non?
Imaginez un instant qu'on applique le même système absurde au monde professionnel du sport. «OK les amis, Barry Bonds a 754 circuits en carrière, mais on sent qu'il en a juste 692.» Bien sûr, on pourrait intégrer le facteur HGHª, qui fait en sorte que, pour chaque ml de substance illicite contractée à l'insu du sujet, la masse de la mosselle du biceps augmente d'une poussée inversement proportionnelle égale au volume d'air déplacé, ce qui a pour effet d'expédier la balle trois pieds plus loin 19 fois sur 20, et, compte tenu du phénomène de rapprochement des clôtures observé dans les années 1990, on en serait arrivé, toutes choses étant inégales par ailleurs, à 62 circuits de moins, dans la mesure où trois quarts de ces balles ont été frappées par une température de 32 degrés alors que rien qu'à sentir on sentait bien qu'il en faisait 42.
Voilà qui serait certes fort intéressant, mais l'amateur s'en trouverait tout mélangé. Et ça, il ne faut pas. Le principal bienfait du sport professionnel, messieurs dames, réside dans sa clarté. Une victoire, une défaite, une nulle, 4 à 2, 1 en 3, deux buts deux passes, pas de taponnage. Bien sûr, il arrive qu'un résultat n'indique pas l'allure de la rencontre, tout comme la température en degrés n'indique pas l'allure de la chaleur. Mais c'est 4 à 2 pareil, pas «on sent que c'est 6 à 5».
Est-ce clair? Je vous remercie quand même.
Par ailleurs, pendant que tout le monde s'énerve avec des courses de stock-car des ligues mineures, des gens sérieux se livrent à des activités sérieuses. C'est ainsi que, pas plus tard que la semaine dernière, on a appris que les Égyptiens de l'époque romaine — qui était elle aussi formidable, quoique pas autant que la nôtre — avaient peut-être inventé le bowling.
Voyez comme toute est dans toute. Je me rends d'abord en Israël, m'y trouve ébaubi d'entrapercevoir du baseball, et le commissaire de la ligue là-bas, Daniel Kurtzer, indique dans sa présentation que, ah ha, l'idée de frapper une balle avec un bâton et de se mettre à courir comme un malade tout de suite après, loin d'être née aux States (ce qu'on savait déjà, ils n'ont rien inventé les Américains, ils ont seulement tout perfectionné), a pu être retracée un millénaire et demi avant notre ère (formidable) dans des fresques égyptiennes.
Selon des sources, un égyptologue du nom de Peter Piccione a mis au jour, il y a trois ou quatre ans, une fresque située dans le temple de Hatchepsout à Luxor, dédiée à la déesse Hathor, qui montre le pharaon Thoutmôsis III en train de s'exercer au jeu, à côté d'une inscription disant que, eh bien, ici on frappe la balle pour la patronne virtuelle de Thèbes. Il paraît que le pharaon était dans les gradins à prix non populaires ce jour-là pour admirer la virtuosité des joueurs.
Puis, par la suite, à la fin des années 1880, une équipe d'étoiles formée de joueurs professionnels a procédé à un petit tour du monde. L'organisateur en était Albert Spalding, oui oui celui-là même qui conquit la fortune en vendant des gants, des bâtons et des balles à son nom et qui devait quelques années plus tard, le snoro, mettre sur pied une commission d'enquête bidon destinée à «prouver» que le baseball avait été inventé à Cooperstown, New York, par Abner Doubleday. Or Spalding et ses ouailles se sont arrêtés en Égypte et ont notamment joué une partie à proximité du sphinx et des pyramides. Il paraîtrait même qu'une des pyramides aurait servi d'écran arrière, mais il n'y a malheureusement pas de photos claires de l'événement qui nous soient parvenues.
Donc, le bowling. D'après des découvertes faites récemment dans le secteur de Narmoutheos, à une cinquantaine de kilomètres au sud du Caire, les Égyptiens du deuxième ou troisième siècle de notre ère pratiquaient un jeu consistant à lancer une boule le long d'une allée. Il n'y avait pas de quilles, car il s'agissait plutôt d'un mélange de bowling et de billard. Deux joueurs placés de part et d'autre de l'allée devaient faire rouler l'un une petite boule et l'autre une grosse, le but étant pour le lanceur de la petite de la loger dans un trou aménagé au centre de l'allée et pour le lanceur de la grosse d'empêcher l'autre de ce faire (idéalement, la grosse boule venait obstruer parfaitement le trou). Sous le trou était placé un vase contenant du sable fin permettant une récupération facile de la petite boule en cas de jeu réussi. Voilà du moins les conclusions auxquelles en sont arrivées les chercheurs, selon le site Internet de la chaîne de télé américaine Discovery. Là encore, on ne dispose malencontreusement pas de photos claires de l'événement, mais bon.
N'est-ce pas extraordinaire?
Par ailleurs, l'invention du vrai bowling tel qu'on le connaît aujourd'hui sera attestée lorsque des fouilles mettront au jour une paire de souliers vert et rouge positivement affreux.
jdion@ledevoir.com
Tenez, hier, ils disaient à peu près ceci: «Alors aujourd'hui, avertissement de chaleur extrême, d'irradiation toxiciste aux rayons SUV et de danger général dans la région. Il va faire 32 degrés, mais avec le facteur Humidorª, vous sentirez qu'il fait 38. À ce 38, on doit ajouter l'effet Caniculexª, qui rendra l'atmosphère ambiante équivalente à 46. Avec l'annulation de l'apport Éoligénixª du nord par la venue d'un front Caloridianª du sud, ça va passer à 62. Bref, vous allez tous mourir.»
«Nous vous souhaitons une journée rafraîchissante à notre antenne.»
Non mais c'est vrai: faites-vous une idée. Si les bons vieux degrés centigrades ne correspondent plus à la réalité complexe de notre époque formidable, qu'on utilise une autre échelle, calvette. Ça veut dire quoi, ça, «il fait 32 mais en réalité il fait 42, en fait c'est 32 mais on sent que c'est 42»? Si on sent que c'est 42, il fait bel et bien 42, et 32 n'a aucun sens, non?
Imaginez un instant qu'on applique le même système absurde au monde professionnel du sport. «OK les amis, Barry Bonds a 754 circuits en carrière, mais on sent qu'il en a juste 692.» Bien sûr, on pourrait intégrer le facteur HGHª, qui fait en sorte que, pour chaque ml de substance illicite contractée à l'insu du sujet, la masse de la mosselle du biceps augmente d'une poussée inversement proportionnelle égale au volume d'air déplacé, ce qui a pour effet d'expédier la balle trois pieds plus loin 19 fois sur 20, et, compte tenu du phénomène de rapprochement des clôtures observé dans les années 1990, on en serait arrivé, toutes choses étant inégales par ailleurs, à 62 circuits de moins, dans la mesure où trois quarts de ces balles ont été frappées par une température de 32 degrés alors que rien qu'à sentir on sentait bien qu'il en faisait 42.
Voilà qui serait certes fort intéressant, mais l'amateur s'en trouverait tout mélangé. Et ça, il ne faut pas. Le principal bienfait du sport professionnel, messieurs dames, réside dans sa clarté. Une victoire, une défaite, une nulle, 4 à 2, 1 en 3, deux buts deux passes, pas de taponnage. Bien sûr, il arrive qu'un résultat n'indique pas l'allure de la rencontre, tout comme la température en degrés n'indique pas l'allure de la chaleur. Mais c'est 4 à 2 pareil, pas «on sent que c'est 6 à 5».
Est-ce clair? Je vous remercie quand même.
Par ailleurs, pendant que tout le monde s'énerve avec des courses de stock-car des ligues mineures, des gens sérieux se livrent à des activités sérieuses. C'est ainsi que, pas plus tard que la semaine dernière, on a appris que les Égyptiens de l'époque romaine — qui était elle aussi formidable, quoique pas autant que la nôtre — avaient peut-être inventé le bowling.
Voyez comme toute est dans toute. Je me rends d'abord en Israël, m'y trouve ébaubi d'entrapercevoir du baseball, et le commissaire de la ligue là-bas, Daniel Kurtzer, indique dans sa présentation que, ah ha, l'idée de frapper une balle avec un bâton et de se mettre à courir comme un malade tout de suite après, loin d'être née aux States (ce qu'on savait déjà, ils n'ont rien inventé les Américains, ils ont seulement tout perfectionné), a pu être retracée un millénaire et demi avant notre ère (formidable) dans des fresques égyptiennes.
Selon des sources, un égyptologue du nom de Peter Piccione a mis au jour, il y a trois ou quatre ans, une fresque située dans le temple de Hatchepsout à Luxor, dédiée à la déesse Hathor, qui montre le pharaon Thoutmôsis III en train de s'exercer au jeu, à côté d'une inscription disant que, eh bien, ici on frappe la balle pour la patronne virtuelle de Thèbes. Il paraît que le pharaon était dans les gradins à prix non populaires ce jour-là pour admirer la virtuosité des joueurs.
Puis, par la suite, à la fin des années 1880, une équipe d'étoiles formée de joueurs professionnels a procédé à un petit tour du monde. L'organisateur en était Albert Spalding, oui oui celui-là même qui conquit la fortune en vendant des gants, des bâtons et des balles à son nom et qui devait quelques années plus tard, le snoro, mettre sur pied une commission d'enquête bidon destinée à «prouver» que le baseball avait été inventé à Cooperstown, New York, par Abner Doubleday. Or Spalding et ses ouailles se sont arrêtés en Égypte et ont notamment joué une partie à proximité du sphinx et des pyramides. Il paraîtrait même qu'une des pyramides aurait servi d'écran arrière, mais il n'y a malheureusement pas de photos claires de l'événement qui nous soient parvenues.
Donc, le bowling. D'après des découvertes faites récemment dans le secteur de Narmoutheos, à une cinquantaine de kilomètres au sud du Caire, les Égyptiens du deuxième ou troisième siècle de notre ère pratiquaient un jeu consistant à lancer une boule le long d'une allée. Il n'y avait pas de quilles, car il s'agissait plutôt d'un mélange de bowling et de billard. Deux joueurs placés de part et d'autre de l'allée devaient faire rouler l'un une petite boule et l'autre une grosse, le but étant pour le lanceur de la petite de la loger dans un trou aménagé au centre de l'allée et pour le lanceur de la grosse d'empêcher l'autre de ce faire (idéalement, la grosse boule venait obstruer parfaitement le trou). Sous le trou était placé un vase contenant du sable fin permettant une récupération facile de la petite boule en cas de jeu réussi. Voilà du moins les conclusions auxquelles en sont arrivées les chercheurs, selon le site Internet de la chaîne de télé américaine Discovery. Là encore, on ne dispose malencontreusement pas de photos claires de l'événement, mais bon.
N'est-ce pas extraordinaire?
Par ailleurs, l'invention du vrai bowling tel qu'on le connaît aujourd'hui sera attestée lorsque des fouilles mettront au jour une paire de souliers vert et rouge positivement affreux.
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