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Play Ball à... Tel-Aviv

Jean Dion   26 juillet 2007  Actualités sportives
Le Californien Aaron Pribble, du Lightning de Tel-Aviv, l’un des meilleurs lanceurs de la nouvelle ligue de baseball professionnelle d’Israël.
Le Californien Aaron Pribble, du Lightning de Tel-Aviv, l’un des meilleurs lanceurs de la nouvelle ligue de baseball professionnelle d’Israël.
Deuxième de trois textes - Dans le petit local attenant au Kraft Family Stadium de Jérusalem qui sert à la fois de bureau, de vestiaire, d'infirmerie et de bien d'autres choses encore, Steve Leibowitz, le président d'American Football in Israel, résume bien le sentiment de plusieurs juifs qui ont émigré dans la terre de leurs ancêtres. «Ce pays est magnifique. C'est chez nous. Mais à un moment donné, on s'ennuie de certaines petites choses.» Même pour un gars occupé comme lui, directeur de l'information pour une chaîne de télévision. Or, parmi les «petites choses», il y a, qui diable en douterait, le sport. Pour ce natif de New York, il a fallu implanter là-bas, voilà bientôt 20 ans, du football US. Des Canadiens et des Russes n'ont pu s'empêcher de s'organiser des ligues de hockey. Et pour d'autres Américains d'origine, il manquait du bon vieux baseball.

La question est maintenant réglée. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à consulter la liste des inscrits, dont les noms transportent l'habitué aux banalités du genre «As de Saint-Glinglin»: le Lightning de Tel-Aviv, les Tigers de Netanya, le Miracle de Modi'in, les Blue Sox de Bet Shemesh, l'Express de Ra'anana et les Pioneers de Petach Tikva. Six clubs, qui forment la toute nouvelle Ligue de baseball d'Israël, le premier circuit de balle professionnel au pays. Réalisée, en un scénario qu'on retrouve un peu partout, grâce aux efforts combinés des gens sur place et de membres de la diaspora juive qui accueillent toutes les occasions de montrer, comme on me l'a dit à répétition, qu'«Israël est un grand pays, pas juste une terre en guerre», la ligue a amorcé ses activités à la mi-juin et mettra fin à sa première campagne à la mi-août.

Les débuts n'ont pas toujours été aisés. Des terrains — la ligue en compte trois — n'étaient parfois pas prêts, et des matchs ont dû être déplacés à la dernière minute sans qu'il soit possible d'en informer les amateurs. Leur qualité laisse encore à désirer: pendant ce match auquel j'assiste, ce 13 juillet au Sportek de Tel-Aviv, on voit de temps à autre un joueur de champ intérieur lancer une petite pierre par-delà les lignes de démarcation. Mais le rodage est en voie de conclusion. «Ça va relativement bien maintenant», dit le commissaire de la ligue, Daniel Kurtzer, professeur à l'université Princeton et ancien ambassadeur des États-Unis en Israël et en Égypte. «Nous travaillons à un projet sur 20 ans. Tout n'arrivera pas tout de suite. Mais comme il n'y a pas vraiment de sport d'équipe d'été sérieusement organisé en Israël, nous avons bon espoir que celui-ci fonctionnera.»

«If you build it, they will come», prophétise de son côté Larry Baras, un homme d'affaires du Massachusetts qui fut l'un des pionniers du projet, en rappelant le classique Field of Dreams dans lequel Kevin Costner attire de défunts joueurs des White Sox de Chicago en aménageant un terrain dans son champ de maïs de l'Iowa. «Pour le moment, nous en sommes davantage à l'étape "investissement" qu'à l'étape "revenus". Mais avec une bonne stratégie de marketing, on peut faire du chemin.» Cette oeuvre d'exposition est déjà amorcée, plusieurs matchs étant diffusés à la télévision israélienne — il est d'ailleurs assez singulier de regarder du baseball assis dans un bar-restaurant de Jérusalem (c'est celui qui regarde le baseball qui est assis, pas le baseball) —, de même que sur une chaîne câblée aux États-Unis.

C'est au cours des derniers mois que les choses se sont mises en branle. Des camps de recrutement ont été tenus au Massachusetts, en Israël, à Miami, en Californie et en République dominicaine. Les 120 meilleurs joueurs, originaires de neuf pays, ont été retenus. Particularité: aucune restriction ethnique ou religieuse. Évidemment, les baseballeurs juifs se sont montrés intéressés au premier chef, mais ils ne forment que 70 % des effectifs de la ligue en cette saison inaugurale. Les joueurs sont payés 2000 $US pour les deux mois d'activités, logés et nourris. Chaque équipe disputera 45 matchs en saison régulière avant le match de championnat.

Lorsque approchées, des personnalités en vue «n'ont pas hésité une seconde» à s'associer au projet, dit Larry Baras. Dan Duquette, l'ancien directeur général des Expos — pas moyen de faire deux pas en Terre sainte sans tomber sur une référence montréalaise, je vous jure — et des Red Sox de Boston, occupe le poste de directeur des opérations baseball et a présidé à l'allocation des joueurs aux différentes équipes. L'économiste du sport Andrew Zimbalist et le propriétaire minoritaire des Yankees de New York, Marvin Goldklang, participent aussi à l'aventure. Et quatre des six gérants sont d'anciens joueurs des ligues majeures: Ron Blomberg, premier frappeur de choix de l'histoire en 1973; Art Shamsky, porte-couleurs des Mets dans les années 1960; Ken Holtzman, as lanceur avec Oakland à la belle époque des moustachus; et Steve Hertz.

Comme on dit dans le milieu, Hertz, qui dirige le Lightning, a pris une tasse de café dans les majeures, disputant cinq matchs avec les Colt .45s de Houston, les prédécesseurs des Astros, en 1964. Mais une brillante carrière d'entraîneur au Miami-Dade College, où il a oeuvré pendant 38 ans, l'attendait. Quand on lui a offert de venir prodiguer ses conseils en Israël, où il n'avait jamais mis les pieds, le temps d'un été, il a sauté sur l'occasion. «Ce sont de bons jeunes», dit-il de ses joueurs, qui pour la plupart sont dans la vingtaine. «Ce n'est pas facile de faire découvrir un nouveau sport à une population qui se passionne déjà pour d'autres. Mais je compare notre situation à celle du soccer lorsqu'il est arrivé aux États-Unis. Le processus est long, mais à force de persévérance... »

De fait, la ligue d'Israël s'est fixé pour objectif de présenter du baseball de calibre A, soit trois niveaux sous celui des ligues majeures. «Quoique je dirais que certains de nos matchs se rapprochent du AA», dit le commissaire Kurtzer. «L'important, c'est de présenter du bon jeu dès le départ. Ça ne peut qu'attirer des joueurs toujours meilleurs dans l'avenir.» Autre rêve: avec l'apport de joueurs juifs actuellement dans les majeures, comme Shawn Green ou Brad Ausmus, inscrire Israël à la prochaine Classique mondiale de baseball, prévue pour 2009.

***

Ce vendredi-là au Sportek, le plus grand complexe sportif extérieur de Tel-Aviv, le match entre Bet Shemesh et le Lightning commence à 10h, sous un soleil déjà de plomb. On joue tôt pour permettre à tout le monde qui le désire de rentrer tranquillement à la maison pour se préparer au sabbat. Quelques joueurs, particulièrement les lanceurs, trouvent l'expérience difficile.

Dès l'abord du parc, on devine que le baseball devra travailler pour faire sa place. On compte une cinquantaine de spectateurs. La clôture du champ droit est rapprochée parce qu'il y a derrière un terrain de soccer qui a préséance. Pas de tableau indicateur. En plus de donner les noms des joueurs qui se présentent au bâton et des changements en défensive, l'annonceur maison prend le micro pour expliquer à la foule, lorsqu'un tel jeu se produit, ce qu'est un court-et-frappe, pourquoi le lanceur lance parfois au premier but lorsque s'y trouve un coureur, etc.

Néanmoins, le match est rudement contesté. Deux solides collisions au marbre échauffent quelque peu les esprits. Le Lightning l'emporte finalement 5-0 — toutes les rencontres sont de sept manches — derrière une excellente prestation de son gaucher Aaron Pribble, de San Francisco, qui muselle les Blue Sox sur cinq coups sûrs et onze retraits au bâton.

Steve Hertz est satisfait du résultat, mais il ajoute après le match: «Vous direz ce que vous voudrez, mais... du baseball en Israël? Je pense que je n'y crois pas encore.»
 
 
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  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    jeudi 26 juillet 2007 04h51
    «If you build it, they will come»
    Si le premier acheteur d'armes américaines cède à la nostalgie des grandes ligues, il est fort à parier que plusieurs défunts (comme dans Field of Dreams) vont se rendre au champ d'honneur.
    Il y aura de quoi remplir plusieurs stades dans lesquels une foule civile et militaire se tiendra côte à côte silencieusement en témoignage des guerres qui n'aurait pas dû être.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    jeudi 26 juillet 2007 08h11
    CLUBS DE BASEBALL RELIGIEUX ?
    Il est écrit plus haut : «Autre rêve: avec l'apport de joueurs juifs comme Shawn Green ou Brad Ausmus, inscrire Israël à la prochaine Classique mondiale de baseball, prévue pour 2009.»

    Suivant ce projet d'un club de baseball de religion juive pour Israël, pays de religion juive, le pape pourrait bien former un club de baseball catholique pour représenter le Vatican, pays catholique, à cette Classique mondiale.

    On verrait ainsi qui est le plus fort à ce jeu là, les disciples du Christ ou ceux de Yahvé.

  • Rachad ANTONIUS
    Abonné
    vendredi 27 juillet 2007 15h19
    Bon investissement pour le comité Canada-Israël
    Le Comité Canada-Israël a fait un bon investissement : M. Dion a réussi a écrire 3 textes sur Israël sans que les mots Palestine, palestinien ne soient mentionnés une seule fois. Sans que la suppression des droits des sportifs palestiniens n'interviennent d'aucune façon dans la compréhension de la situation du sport. Invisisbles. Supprimés. Mission accomplie.

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