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Jean Dion   17 mai 2007  Actualités sportives
Il y a deux jours à peine — mais le temps file tellement vite que vous me diriez que c'était avant-hier et je ne serais pas loin de vous croire —, nous avions commencé, oh! tout juste, à répondre aux questions du public. Ça n'a l'air de rien comme ça, à première vue, mais le public s'adresse régulièrement à la rubrique Et puis euh dans le fol espoir de voir se fissurer la muraille aveugle de l'ignorance. Non pas que quiconque subodore que se trouve ici un savoir particulier; non, selon des sources, ce serait plutôt que le public se général se dit dans son coffre-fort intérieur que «considérant les billevesées que l'ami Rogatien déverse avec la prévisibilité du métronome suisse, j'en déduis qu'il n'a vraiment pas grand-chose à faire de sa chienne de vie et qu'en conséquence, il a plein de temps pour faire des recherches à ma place». Cela est bien sûr faux, puisqu'il n'y a pas de position «fermé» sur l'interrupteur du génie et que la réflexion qui conduit à la ponte d'un Pulitzer-pour-l'ensemble-de-son-oeuvre est un processus permanent et très exigeant pour la coiffe du rotateur.

Donc, voici une question abordée la dernière fois et dont l'auteur gagnerait un prix de présence si seulement il était là, mais il est pas là: pourquoi désigne-t-on les présentations successives du Super Bowl avec des chiffres romains?

D'abord, il faut apporter une précision tout à fait cruciale: cela n'a pas toujours été le cas. En effet, au commencement, le Super Bowl ne s'appelait pas le Super Bowl. Il s'appelait Gaëtan. (Mais non, c'est juste une petite blague pour rire.) En fait, il s'appelait «Match de championnat NFL-AFL», car à l'époque de la création de l'événement, au milieu des années 1960, il y avait deux ligues de football professionnel américain, dont on devine un peu l'identité à partir de ce qui précède: exactement, la NFL et l'AFL. Ce n'est qu'en 1970 qu'on a procédé à une fusion, un peu comme à Longueuil, sauf que tout le monde était bien content et que l'argent rentrait, qui a donné l'équation NFL + AFL = NFL. Les équipes de l'AFL ont formé l'AFC, et celles de la NFL, la NFC, sauf Pittsburgh, Cleveland et les Colts de Baltimore, qui étaient dans la NFL et sont passées à l'AFC.

Ce n'est qu'à partir du troisième Super Bowl que le Super Bowl s'est appelé Super Bowl. Une idée de Lamar Hunt, propriétaire des Chiefs de Kansas City, qui avait vu ses enfants jouer avec une super ball et se disait qu'il était possible de trouver mieux que «Gaëtan». Hunt, s'inspirant par ailleurs des matchs de championnat universitaires qui portent le nom de «Bowls» dans la foulée du Rose Bowl, lui-même ainsi désigné parce qu'il se jouait dans le grand stade de Pasadena (Californie) en forme de bol, avait fait cette proposition à la blague, mais elle a été retenue, ce qui prouve que dans le monde du sport qui n'arrête pas une fraction de seconde d'être merveilleux, on ne sait jamais et tout peut arriver même si c'est incroyable. Le premier vrai Super Bowl fut donc le Super Bowl III, puisqu'on considéra que les deux matchs de championnat NFL-AFL méritaient rétroactivement d'accéder au statut de Super Bowls. En somme, 1 = 3.

Pour désigner le quantième de chaque présentation, on songea d'abord à utiliser les années, tout simplement. Mais regardez-moi ça un peu: le Super Bowl a toujours lieu en janvier ou février, ce qui signifie que le Super Bowl de 1996, par exemple, couronne le champion de la saison 1995. Peut-on imaginer plus mélangeant? Le football américain est déjà assez compliqué comme ça, il ne fallait pas en rajouter pour confondre l'amateur professionnel, qui a bien d'autres choses auxquelles réfléchir, comme le baseball, le basketball et le hockey.

Il fallait donc trouver une autre formule. Or, lors d'une réunion du suivi des orientations, quelqu'un eut l'idée, proprement géniale, de l'adjectif numéral ordinal. Super Bowl 1. Super Bowl 2. Super Bowl 27. Super Bowl 41. Mais vous conviendrez que ça fait un peu ringard et qu'on rate ainsi une sacrée belle occasion de montrer qu'on a de la culture. Et si la bande d'aristocrates du CIO le font avec leurs olympiades, et si, à la fin des programmes de télévision, on s'en sert pour désigner l'année de réalisation, pourquoi la NFL ne recourrait-elle pas aux chiffres romains? Cela donne du prestige, messieurs dames, vous ne pouvez pas imaginer.

Les Romains de l'Antiquité, il faut le dire, étaient plutôt bizarres. Ils utilisaient des lettres pour faire des chiffres, avec la confusion que la chose suscitait. Tenez, à l'époque, il y avait un jeu télévisé intitulé Des lettres et des lettres. Or, quand arrivait le temps de jouer aux lettres, au mot le plus long, mettons qu'un candidat demandait une consonne et obtenait un L. Son adversaire disait «voyelle» et obtenait un I. Ensuite, voyelle: I. Inévitablement, les participants se regardaient d'un air ahuri et finissaient par interroger l'animateur: «Vous êtes sûr que c'est pas des chiffres, ça?» L'animateur répondait que non, mais il se trouvait toujours un joueur pour, après réflexion réglementaire de VL secondes, proposer «51», alors que l'autre donnait «48». Le gars du 48 disait alors qu'il avait utilisé plus de lettres/chiffres en faisant IIL que le gars du 51 avec son LI. Le gars du 51 répliquait que 51 était certainement plus haut que 48, que de toute façon on était en train de jouer aux lettres et que IIL n'est même pas un mot alors que LI désigne une mesure itinéraire chinoise acceptée au Scrabble, le gars du 48 criait: «Et ta soeur, Caïus, elle sait que X c'est dix mais que DIX c'est 509?» et la bataille pognait.

Et c'était la même chose pour les films. Dans les cinémas romains, il était impossible sans s'adresser au vendeur de tickets, ce qui était plutôt gênant même pour un Romain hautement décadent rompu aux orgies et tout ça, de savoir si on projetait un long métrage pour adultes ou tout bonnement un film 30.

Malgré cet embrouillamini, les chiffres romains en sont venus à illustrer, faussement ou non, que celui qui s'en sert n'est pas un tarla. Et regardez un peu comme le Super Bowl a crû en popularité au fil des ans. Toute est dans toute, comme disait je ne me souviens plus qui.

jdion@ledevoir.com
 
 
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  • Normand Chaput - Abonné
    17 mai 2007 00 h 03
    en fait c est pas tout a fait vrai
    C etait le super bowl 1 (le chiffre) mais comme, effectivement, il y en avait deux autres avant, on a mit deux autres 1 (chiffre) avant ce qui a donne super bowl 1 qui a ete suivi du premier et de l autre. Donc il fallait que ce soit le premier meme s il en etait pas. C est seulement l annee suivante quand il a fallu nommer le suivant, puisqu ils voyaient loin, ils se sont dit superbowl 1111? Mais qu arrive-il si on se rend a quarante? superbow l 1111111111111111111111111111111111111111? C est la que le genie a rencontre la culture et qu ils ont switche en romains
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  • Joho - Inscrite
    17 mai 2007 05 h 07
    Le futur a plein d'avenir
    C'est réconfortant de constater après la lecture de cette chronique que le futur a plein d'avenir devant lui. Aucun doute là-dessus, nous évoluons dans le sens du terme.
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  • Benoît Gagnon - Abonné
    17 mai 2007 05 h 20
    Tout est dans la doute par Benoît Gagnon
    En effet, le TOUT est une hypothèse frileuse de l`esprit, puisque celui-ci ne peut se définir que par son opposition qui est le NÉANT. Vous voyez dans que dilemme nous nous trouvons. Si nous affirmons l`existence du TOUT nous nions le néant; or la négation du néant entraine la négation du "Tout puisque TOUT EST DANS tout" par conséquent le TOUT est dans le néant.Voilà une évidence rassurante
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  • Jean-Marc Plante - Abonné
    17 mai 2007 13 h 06
    Aidez-moi
    M. Dion, me voici pris à vous défendre auprès de mes collègues à cause d'une chronique de Laporte dans La Presse sur un peu le même sujet: http://www.cyberpresse.ca/article/20070204/
    CPBLOGUES08/70204017&blogdate=20070204&cacheid=20070204
    Que dois-je leur dire? J'ai présumé que, comme d'aucuns que je ne nommerai pas, vous ne perdiez pas de temps à lire ses textes insipides et que, sinon, vous faisiez à tout le moins oeuvre utile en améliorant ses brouillons d'idées. Ils ne semblent pas convaincus.
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  • Roland Berger - Abonné
    17 mai 2007 15 h 59
    Toute est dans toute
    Ça doit rappeler quelque chose à Raoul Duguay. Mais le pire, pardon, le pis, c'est que rien n'est dans rien, c'est-à-dire le néant. Ce brave néant a les épaules larges. Un dépotoir universel pour tout ce qui n'existerait pas. Ouf !
    Roland Berger
    London, Ontario
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  • Normand Chaput - Abonné
    17 mai 2007 23 h 56
    je pense donc j existe
    on sait que le neant existe (ou a deja existe). On sait que le neant peut engendrer des choses etonnantes, ne serait-ce que sa propre petite personne, qu on doit bien expliquer autrement. Il n est pas impensable que le neant, s il existe, devient quelque chose qu on peut nommer. Donc, il n est plus aussi neant qu on pourrait le penser. Je crois que le neant a un probleme mais je pense qu il n a pas dit son dernier mot. Il pourrait meme finir par nous aneantir si on ne fait pas attention! Maintenant que toute soit dans toute ne veut rien dire puisqu on parle pour rien. Le rien, tout le monde sait ce que ca veut dire. Le TOUT personne sait parce qu on l a pas atteint. Peut etre que comme la terre est ronde, a un moment donne on va s apercevoir qu on s en va vers le neant. Et la boucle sera bouclee. C a ressemble a ma vie tout cela!
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  • LeRévoltéTranquille - Abonné
    19 mai 2007 00 h 58
    De la faculté de flabbergaster son lecteur à tout coup...
    ... et ceci fait seulement pour m'entendre penser à la sonorité que le mot "flabbergaster" me donnerait comme sensation si je l'évoquais à voix haute (cette formulation se dit-elle ?) ???

    Permettez-moi de proposer formellement (et c'est pas la I ère fois, après tout) J Dion à l'obtention du Prix Pulitzer (qui, comme tout le monde n'est pas sans l'ignorer, a remplacé le prix Ebenezer-Pruitt au pied levé, demandez à un anthropologue instruit à l'UdeM de mes connaissances pour voir) si tant est que le comité de sélection restreint ne s'est pas déjà réuni ou se trouve aux abonnés absents...

    Cette prose déliquescente vous est faite en forme d'hommage, puissiez-vous y trouver un ersatz de votre esprit, sinon un certain plaisir.
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  • Jean Le May - Inscrit
    19 mai 2007 10 h 12
    Issus du Néant
    A lire vos articles, monsieur Dion mais surtout les commentaires des autres lecteurs, il me semble que nous sommes tous issus du néant. On connait tous notre ancêtre: l'homme de Néantderthal. Bien sûr, on aimerait être dans le Grand Tout et adopter Tout-en Kamon comme représentant céleste mais si on met tout en commun comme le laisse supposer son saint nom on sera mêlés de tout et de rien et on tentera de faire chacun de nous de petits Dion II, Dion IV et la le seul Dion digne de ce nom va se retrouver à la pêche car il n'aura plus de job. Et s'il est seul à la pêche, comment pourra-t-il nous transmettre son savoir. Non, non, Dion est Tout et toute est dans tout mais nous ne sommes qu'un rien qu'il ne prend peut-être même pas le temps de lire. Que voulez-vous sont comme ça les dieux.
    Vous voulez une preuve? Prenez par exemple M. Chaput, celui qui écrit pas d'accent et pas d'apostrophe.Pensez-vous que si Monsieur Dion, le Grand Tout lui-même, lisait nos articles et commentaires, il n'aurait pas remarqué l'absence de petits signes typographiques dans les messages de M. Chaput?Non , monsieur Dion est un grand tout et un rien le dérange... s'il s'en aperçoit. Ce qui n'est manifestement pas le cas.
    Bref, je crois que monsieur Dion regarde ses textes quand ils sont IMPRIMÉS sur du vrai papier, dans un vrai journal et j'ai nommé Le Devoir et qu'il ignore tout de notre vénération et de nos petits riens imitatifs.Suinon il nous le dirait. Décidément nous sommes en lui, le grand Tout, mais lui n'est pas en nous car nous sommes rien.
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  •  
  • nicholas.lescarbeau@gmail.com - Abonné
    23 mai 2007 09 h 53
    Être payé
    Dire que vous êtes payé pour écrire cela. C'est merveilleux comme je m'amuse.
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