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En avant vers le progrès

Jean Dion   10 mai 2007  Actualités sportives
On savait déjà — et si on ne le savait pas, c'est peut-être qu'on n'a pas été assez attentif en classe, hmm?, peut-être qu'on bayait aux corneilles en regardant par-delà la baie vitrée et s'imaginant ailleurs, par exemple sur une terrasse non-fumeur à la mode en train de siroter un panaché tout en respirant du bon smog produit par des non-fumeurs? —, oui, on savait déjà que pour arrêter le progrès, la grasse matinée est fortement déconseillée. D'abord parce qu'elle est grasse, ce qui augmente les risques d'apse* chez les inhalateurs de smog qui ont dès lors les conduits bouchés, ensuite parce que c'est comme ça. Depuis longtemps, on nous colporte l'odieux mensonge qui veut que l'avenir appartienne à ceux qui se lèvent tôt, mais c'est juste une façon de dire que le présent appartient à ceux qui se couchent tard, et de préférence pour regarder les matchs sur la côte Ouest qui se rendent en prolongation ou en manches supplémentaires. Néanmoins, il faut être debout de bonne heure pour arrêter le progrès, car le progrès est concocté par des p'tits winners qui se pensent frais, qui croient qu'ils ont de l'allure juste parce qu'ils arrivent les premiers au bureau et qui décident des affaires en notre absence.

(* Selon quelqu'un que je connais, il s'agirait d'une condition respiratoire. «Je fais de l'apse», a-t-il déclaré l'autre jour.)

Il va sans dire que le monde du sport professionnel n'échappe pas au progrès. Bien sûr, on a pu observer des reculs au fil des ans. L'imposition de jouer avec pas d'avec pas de casque, par exemple. Ou la disparition des combats de boxe de 75 rounds avec pas de gants. Ou l'abolition du saut à la perche avec pas de matelas. Autant de gestes qui tendent à prouver que l'humain gagne sans cesse en moumounerie, mais bon, si c'est ce qu'il veut pour vivre plus vieux et ainsi passer plus de temps à essayer d'avoir l'air plus jeune, on ne va le priver de ce dérisoire plaisir.

Mais parlons un peu des avancées. Récemment, le magazine ESPN, auquel je suis abonné pour pouvoir piquer des idées dedans quand je sens que vous parler des nouvelles catégories statistiques élaborées au cours des dernières années dans le domaine du baseball vous inciterait à me tromper avec un courrier du coeur, présentait une liste des innovations qui devraient bouleverser la façon dont se déroule le sport organisé de spectacle, et peut-être la vie en général, au cours des prochaines années. Et c'est très très émouvant.

Prenons par exemple le FlexAll. Le FlexAll est un muret breveté, fabriqué par la firme Battelle Science and Technology International (quel nom, quand même), que la série NASCAR a l'intention d'aménager à l'entrée de la ligne des puits de ses pistes de course. Comme l'entrée des puits est un endroit névralgique, où on passe de la haute vitesse sur la piste principale à une phase de décélération rapide — oui oui, il faut ralentir vite —, les risques d'accident y sont élevés; en outre, lorsqu'il y a collision, celle-ci s'y fait de plein front, avec les dégâts que cela suppose. Le FlexAll est donc un muret, placé entre la ligne des puits et la piste, fait d'alvéoles de polyuréthane hyperélastiques, qui permet d'absorber 92 % de l'impact d'un bolide le percutant à 160 km/h et de réduire la force gravitationnelle subie par le pilote de 60 %. Avantage non négligeable: en quelques minutes, le muret se reforme de lui-même et n'a besoin d'aucune réparation. Coût unitaire: 30 000 $US. Conséquence: les chauffeurs de NASCAR vont être tentés d'entrer aux puits encore plus comme des mongols, mais le département américain des Transports songe à en installer aux sorties des autoroutes.

Autre truc révolutionnaire: le ProBatter PX2. Celui-là, vous vous en ficherez sans doute, à moins que vos passe-temps ne comprennent un petit exercice au bâton ici et là, mais voici tout de même: fini le vieux lance-balles automatique qui expédiait toujours la même garnotte de la même manière. Avec le ProBatter PX2, le frappeur fait face à une toile sur laquelle est reproduit un lanceur qui exécute une véritable motion conforme au tir à effectuer, et il peut commander de la balle rapide, de la courbe, de la glissante, etc. La balle est envoyée par un trou aménagé dans la toile, comme si elle sortait de la main du lanceur. Coût: 45 000 $US. Question: pourquoi on n'avait pas des patentes de même dans le temps?

Mon préféré demeure toutefois le Smart Turf, une idée de la compagnie Sportexe. Là, on touche au sublime. Le Smart Turf est un gazon synthétique dont chaque brin est doté d'une fibre optique. Mettons que vous regardez un match de la Nationale Football Ligue à la télévision, dans le confort de votre domicile résidentiel. Vous apercevez les lignes blanches peintes sur le terrain, certes, mais vous voyez aussi en surimpression une ligne jaune virtuelle indiquant jusqu'où doit se rendre l'attaque pour gagner un premier jeu.

Hé ben hé ben, grâce au Smart Turf, l'amateur professionnel pourra voir cette ligne jaune depuis son siège dans le stade. Sérieux.

En fait, les fibres optiques permettront aussi de projeter sur le terrain des tableaux statistiques, des dessins et, motif sans doute moindre de réjouissance, de la bonne publicité qui informe le consommateur à propos de la qualité des produits.

Et ce n'est point tout: si telle est la volonté du gars aux commandes de la machine, il sera possible d'afficher les traces de pas des joueurs sur le terrain, de sorte que les arbitres n'auront plus besoin de consulter la reprise vidéo pour déterminer si un receveur de passes a bel et bien posé les deux pieds sur la surface de jeu avant de sortir en touche.

Comment les fibres s'y prendront-elles pour résister au piétinement incessant de 22 belles jeunesses de 250 livres? On va faire enquête là-dessus.

Autre possibilité présentée par le Smart Turf: en quelques minutes, en tapant sur un clavier, on peut déplacer les lignes blanches et transformer un terrain de football américain en un terrain de soccer, par exemple. Pas de peinture ni rien. Ne reste qu'à remplacer les buts qui, eux, demeurent inévitablement bien réels. Coût du Smart Turf: 1,5 million $US par stade, rapidement récupéré par la pub et l'économie de main-d'oeuvre.

Non, messieurs dames, on n'a pas le choix: il faut dire merci le progrès.

jdion@ledevoir.com
 
 
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  • camelot - Inscrit
    10 mai 2007 10 h 52
    Faute
    On écrit "bailler" aux corneilles.
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  •  
  • Pierre Langlois - Inscrit
    10 mai 2007 13 h 22
    Mais encore...
    Donc, mais encore... voudrions nous l'arrêter (ce fameux progrès) ou ne serait-ce que le ralentir, pour en constater l'utilité ou son contraire, qu'il nous aurait déjà dépassé...ou passé dessus...

    Nous sommes bien peu de chose et les fibres optiques sont là pour nous le prouver...
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  •  
  • Guy Leclerc - Abonné
    10 mai 2007 16 h 22
    Il vaut toujours mieux vérifier...
    Ben non, Monsieur Francoeur, on écrit «bayer aux corneilles», comme l'a fait Jean Dion.

    Guy Leclerc
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  • Catherine Lagarec - Abonnée
    10 mai 2007 23 h 32
    Pas de faute
    Erreur. L'orthographe de M. Dion est parfaitement correcte, on dit bien "bayer aux corneilles"(Robert).
    Daniel Lagarec
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