Et puis euh - Philadelphia Hegels
Qu'est-ce qu'ils racontent, déjà, dans la toune qu'ils jouent au commencement de la messe de minuit? Bien des balivernes, certes — «le monde entier tressaille d'espérance»... ? allons donc, il est bien trop plein de pâté à viande, le monde entier, pour tressaillir de quoi que ce fût — mais aussi une vérité essentielle de notre temps: «Peupleeeeeeee debout!!!!!» Ç'a l'air contradictoire comme ça, mais sachons ne pas l'oublier, Hegel a dit: «Les natures élevées vivent dans la contradiction et c'est là leur privilège.» Donc, que le monde ne tressaille pas mais qu'il adopte la station debout, voilà qui montre l'élévation de sa nature, voilà qui montre aussi que Hegel, bien que passé de vie à trépas près d'un demi-siècle avant que le premier match ne soit disputé, s'y connaissait en hockey professionnel.
Car, n'en doutez pas, le peuple est debout en cette ère de communications à mille milles à l'heure à foutre le vertige à un laveur de carreaux de gratte-cieux. C'est lui qui bat la cadence, dicte le rythme, impose le pas, c'est lui qui désormais, messieurs dames, agit comme DJ du grand plancher de danse qui s'ébat au son du concert des nations, comme on pourrait dire si on mangeait un peu plus de fibres poétiques et un peu moins de gras transis. Fini les élites qui décident à notre place, l'arrogance n'aura qu'un temps, nous n'avons à y perdre que nos chaînes et toutes ces choses.
Une preuve? Steve Schmid, un fan des Sabres de Buffalo, voulait protester contre le mode de votation visant à établir les formations partantes au match des Étoiles 2007 de la Nationale Hockey Ligue. Bon, d'accord, on ne trouve pas nécessairement là ce qu'on pourrait appeler un enjeu de société au sens fort du terme, mais il faut bien commencer quelque part si on veut renverser la structure d'exploitation de la personne par la personne, non? Schmid, donc, a créé un site cyber(fré)nétique (www.voteforrory.com) dans lequel il invite tous les amateurs, en guise de protestation par l'absurde, à voter pour Rory Fitzpatrick au poste de défenseur dans l'association de l'Ouest.
Fitzpatrick, il n'est pas vain de le souligner à l'intention des plus jeunes et de ceux qui étaient à l'époque en train de se construire un abri souterrain à l'abri du bogue de l'an 2000, a disputé 48 matchs avec votre Canadien en 1995 et 1996, à son arrivée dans la NHL. Depuis, il a roulé sa crosse (comme ils disent dans le hockey sur glace français) à Saint Louis, Nashville et Buffalo, et le voici cette année avec les Canucks de Vancouver. Fiche signalétique en carrière: 232 matchs joués, 9 buts, 18 passes, 27 points, différentiel de moins 48. Cette saison: 22 matchs, 0 but, 0 passe,
0 point. Bref, on n'a pas vraiment affaire ici à du matériel de Temple de la renommée, pour reprendre l'expression de P. T. de Chardin.
Mais regardez-moi ça juste un peu. Dans un mouvement d'une beauté à faire décoller la tapisserie, la masse anonyme a entendu l'appel et lui a emboîté le pas comme une seule oreille (c'est une image). De sorte qu'au moment où on se parle entre les lignes, les derniers résultats donnent 428 000 et quelques voix à Fitzpatrick, ce qui le place au deuxième rang de la course derrière Scott Niedermayer et devant de solides arrières établis comme Niklas Lidstrom et Chris Pronger. De sorte que si la tendance se maintient, Rory Fitzpatrick sera partant au match des Étoiles.
Si cette éventualité est attrayante et vachement rebelle, on remarquera qu'il ne s'agirait toutefois pas d'une première, loin de là. Je vous laisse élaborer, pour discussions au jour de l'An, votre propre liste de personnes élues en politique qui ne méritaient pas une seconde de l'être et qui montrent que le peuple debout devrait parfois aller se recoucher.
***
C'est ça, il cite Hegel pour faire son frais, hurlez-vous. Pourtant, pour des affaires compliquées, le football américain devrait suffire. Et vous avez bien raison. Vous trouvez la Phénoménologie de l'esprit surfaite? Mijotez un peu les scénarios en vue des séries dans la NFL, dont voici un extrait (la version intégrale est disponible dans La Pléiade):
«Giants de New York: peuvent obtenir une place en séries avec une victoire et un avantage sur Green Bay au bris d'égalité de la force des équipes vaincues par chacun; avec une victoire et une défaite ou une nulle de Green Bay; une nulle et une défaite ou une nulle de Green Bay, St. Louis, Atlanta et la Caroline; ou des défaites de Green Bay, St. Louis, Atlanta et la Caroline.
«Les Giants peuvent décrocher l'avantage sur Green Bay au bris d'égalité si Detroit et Minnesota perdent ou si deux scénarios parmi les suivants surviennent: défaite de l'Arizona, défaite de Miami, défaite de San Francisco et victoire de la Caroline, victoire de Houston et victoire de Tampa Bay. Si New York et Green Bay ne parviennent pas à briser l'égalité, la place en éliminatoires sera déterminée par la difficulté des calendriers respectifs.
«Green Bay: peut obtenir une place en séries avec une victoire, jumelée à une victoire des Giants et au fait que les Packers remportent le bris d'égalité de la force des équipes vaincues par chacun; avec une victoire et une défaite ou une nulle de New York et St. Louis, une victoire et une défaite ou une nulle de New York plus une victoire de la Caroline, une victoire et une défaite ou une nulle de New York plus une victoire d'Atlanta; ou avec une nulle et ou défaites de New York et St. Louis et une défaite ou une nulle d'Atlanta et de la Caroline.
«Les Packers peuvent décrocher un avantage sur New York au bris d'égalité si l'Arizona, Detroit, Miami, Minnesota et San Francisco gagnent et si la Caroline, Houston et Tampa Bay perdent. Si Green Bay et New York ne parviennent pas à briser l'égalité, la place en éliminatoires sera déterminée par la difficulté des calendriers respectifs.»
Si ce qui précède ne relève pas de la phénoménologie de l'esprit, chers amis, je vais organiser un concours pour vous demander ce dont il s'agit, avec un cadeau-boni en prime à part ça. Personnellement, je vais attendre à dimanche soir pour dire qu'il ne servait à rien de s'énerver et que de toute manière New York et Green Bay n'iront nulle part.
Ceci met fin aux sports pour 2006, mais il paraît que 2007, ah là là...
jdion@ledevoir.com
Car, n'en doutez pas, le peuple est debout en cette ère de communications à mille milles à l'heure à foutre le vertige à un laveur de carreaux de gratte-cieux. C'est lui qui bat la cadence, dicte le rythme, impose le pas, c'est lui qui désormais, messieurs dames, agit comme DJ du grand plancher de danse qui s'ébat au son du concert des nations, comme on pourrait dire si on mangeait un peu plus de fibres poétiques et un peu moins de gras transis. Fini les élites qui décident à notre place, l'arrogance n'aura qu'un temps, nous n'avons à y perdre que nos chaînes et toutes ces choses.
Une preuve? Steve Schmid, un fan des Sabres de Buffalo, voulait protester contre le mode de votation visant à établir les formations partantes au match des Étoiles 2007 de la Nationale Hockey Ligue. Bon, d'accord, on ne trouve pas nécessairement là ce qu'on pourrait appeler un enjeu de société au sens fort du terme, mais il faut bien commencer quelque part si on veut renverser la structure d'exploitation de la personne par la personne, non? Schmid, donc, a créé un site cyber(fré)nétique (www.voteforrory.com) dans lequel il invite tous les amateurs, en guise de protestation par l'absurde, à voter pour Rory Fitzpatrick au poste de défenseur dans l'association de l'Ouest.
Fitzpatrick, il n'est pas vain de le souligner à l'intention des plus jeunes et de ceux qui étaient à l'époque en train de se construire un abri souterrain à l'abri du bogue de l'an 2000, a disputé 48 matchs avec votre Canadien en 1995 et 1996, à son arrivée dans la NHL. Depuis, il a roulé sa crosse (comme ils disent dans le hockey sur glace français) à Saint Louis, Nashville et Buffalo, et le voici cette année avec les Canucks de Vancouver. Fiche signalétique en carrière: 232 matchs joués, 9 buts, 18 passes, 27 points, différentiel de moins 48. Cette saison: 22 matchs, 0 but, 0 passe,
0 point. Bref, on n'a pas vraiment affaire ici à du matériel de Temple de la renommée, pour reprendre l'expression de P. T. de Chardin.
Mais regardez-moi ça juste un peu. Dans un mouvement d'une beauté à faire décoller la tapisserie, la masse anonyme a entendu l'appel et lui a emboîté le pas comme une seule oreille (c'est une image). De sorte qu'au moment où on se parle entre les lignes, les derniers résultats donnent 428 000 et quelques voix à Fitzpatrick, ce qui le place au deuxième rang de la course derrière Scott Niedermayer et devant de solides arrières établis comme Niklas Lidstrom et Chris Pronger. De sorte que si la tendance se maintient, Rory Fitzpatrick sera partant au match des Étoiles.
Si cette éventualité est attrayante et vachement rebelle, on remarquera qu'il ne s'agirait toutefois pas d'une première, loin de là. Je vous laisse élaborer, pour discussions au jour de l'An, votre propre liste de personnes élues en politique qui ne méritaient pas une seconde de l'être et qui montrent que le peuple debout devrait parfois aller se recoucher.
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C'est ça, il cite Hegel pour faire son frais, hurlez-vous. Pourtant, pour des affaires compliquées, le football américain devrait suffire. Et vous avez bien raison. Vous trouvez la Phénoménologie de l'esprit surfaite? Mijotez un peu les scénarios en vue des séries dans la NFL, dont voici un extrait (la version intégrale est disponible dans La Pléiade):
«Giants de New York: peuvent obtenir une place en séries avec une victoire et un avantage sur Green Bay au bris d'égalité de la force des équipes vaincues par chacun; avec une victoire et une défaite ou une nulle de Green Bay; une nulle et une défaite ou une nulle de Green Bay, St. Louis, Atlanta et la Caroline; ou des défaites de Green Bay, St. Louis, Atlanta et la Caroline.
«Les Giants peuvent décrocher l'avantage sur Green Bay au bris d'égalité si Detroit et Minnesota perdent ou si deux scénarios parmi les suivants surviennent: défaite de l'Arizona, défaite de Miami, défaite de San Francisco et victoire de la Caroline, victoire de Houston et victoire de Tampa Bay. Si New York et Green Bay ne parviennent pas à briser l'égalité, la place en éliminatoires sera déterminée par la difficulté des calendriers respectifs.
«Green Bay: peut obtenir une place en séries avec une victoire, jumelée à une victoire des Giants et au fait que les Packers remportent le bris d'égalité de la force des équipes vaincues par chacun; avec une victoire et une défaite ou une nulle de New York et St. Louis, une victoire et une défaite ou une nulle de New York plus une victoire de la Caroline, une victoire et une défaite ou une nulle de New York plus une victoire d'Atlanta; ou avec une nulle et ou défaites de New York et St. Louis et une défaite ou une nulle d'Atlanta et de la Caroline.
«Les Packers peuvent décrocher un avantage sur New York au bris d'égalité si l'Arizona, Detroit, Miami, Minnesota et San Francisco gagnent et si la Caroline, Houston et Tampa Bay perdent. Si Green Bay et New York ne parviennent pas à briser l'égalité, la place en éliminatoires sera déterminée par la difficulté des calendriers respectifs.»
Si ce qui précède ne relève pas de la phénoménologie de l'esprit, chers amis, je vais organiser un concours pour vous demander ce dont il s'agit, avec un cadeau-boni en prime à part ça. Personnellement, je vais attendre à dimanche soir pour dire qu'il ne servait à rien de s'énerver et que de toute manière New York et Green Bay n'iront nulle part.
Ceci met fin aux sports pour 2006, mais il paraît que 2007, ah là là...
jdion@ledevoir.com
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