vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 00h28
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Et puis euh - L'air fou

Jean Dion   19 octobre 2006  Actualités sportives
C'est aujourd'hui, messieurs dames. C'est aujourd'hui qu'il y a 25 ans que. Un quart de siècle, envolé comme ça sans crier gare, ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier. Dix-neuf octobre mil neuf cent quatre-vingt-un. On était jeunes, on était fous, et surtout, on avait l'air fou, mais on ne le savait pas parce qu'Internet n'existait pas et parce que notre principale base de comparaison était les années 70, où c'était encore pire. On ne savait donc pas que 25 ans plus tard, on allait se trouver rétroactivement pas mal niaiseux, car chaque époque est ainsi: elle se croit l'aboutissement de l'évolution, le boutte de toute, la plus grande invention depuis le fil à couper le beurre et la teinture à margarine. Par exemple, nous sommes ici, maintenant, et nous ne nous prenons pas pour des résidus de cochonneries, mais attendez de voir en 2031, ils diront non mais fallait tu être assez mongol. (Parmi les objets de raillerie, on peut déjà anticiper qu'on retrouvera les partys rave, les coiffures des chefs de parti politique, Da Vinci Code, la télé-réalité et les fonds de culotte à la hauteur des genoux.)

Le 19 octobre 1981, nos Expos de Montréal ont perdu le cinquième et décisif match de la série de championnat de la Ligue nationale de baseball contre les Dodgers de Los Angeles, 2-1, sur un circuit in extremis de Rick Monday. Si vous saviez ce que ça m'a coûté en psys depuis ce jour fatidique.

Point n'est besoin de ressasser les circonstances archiconnues de cette tragédie. Je tiens cependant à livrer un témoignage bouleversant: votre ami Rogatien était là ce lundi après-midi-là, il avait d'ailleurs foxé pour la première fois un cours universitaire — soucieux de se libérer d'un poids considérable, il en a informé son prof 20 ans plus tard —, et il était prêt, si nos Expos avaient gagné, à se rendre immédiatement après le match faire le pied de grue au guichet du Stade olympique pour se procurer des billets de la Série mondiale, qui allaient être mis en vente le lendemain matin.

C'est pas de la foi, ça, de l'engagement, de la résilience, de l'impavidité financière que ne parvient même pas à ébranler un revenu d'étudiant?

Depuis, il m'arrive d'ailleurs de faire un rêve récurrent, dans lequel nos Expos existent toujours et s'apprêtent à participer aux séries éliminatoires. Je m'éveille alors inévitablement en proie à une exsudation déraisonnable et à une variété de spasmes, profondément déçu par le retour à la réalité. (Il m'arrive aussi parfois de rêver que je n'ai pas terminé mon cégep, qu'il me manque un cours dont l'examen final est imminent et auquel je n'ai jamais assisté. Mon psy dit que de deux choses l'une: ou bien je vis un sentiment d'inachèvement et d'incomplétude imputable à la défaite de nos Expos transmué en désir inassouvi d'éternité sur lequel vient se télescoper la perspective de la mort, ou bien je suis un maudit malade mental.)

Remarquez, lorsque l'épouvantable événement s'est produit, il était paradoxalement moins dramatique qu'il ne l'est devenu. C'est qu'à l'époque, non seulement nous étions jeunes et fous et toujours plus ou moins en état d'exposition à de la fumée secondaire d'une quelconque composition, mais nous n'avions qu'à consulter la formation de nos Expos, Carter, Dawson, Raines, Valentine, Cromartie, Parrish, Rogers, pour nous convaincre que ce n'était qu'une question de temps avant que ce club-là n'ascensionne jusqu'aux ultimes honneurs, comme chantait le poète. Nous ne pouvions pas savoir que jamais telle chose ne se reproduirait, que la meilleure occasion serait annihilée 13 ans plus tard par une foutue grève, que des épiciers puis un marchand de faux prendraient le contrôle de l'équipe, qu'on serait éternellement condamné à se contenter d'avoir passé proche, ni que notre flirt d'été* finirait par faire ses valises dans l'indifférence totale. Heureusement du reste que nous ne le savions pas, car qui sait ce qu'il aurait pu advenir: les gens étaient plutôt révolutionnaires dans ce temps-là. Si si, je vous le dis, ils étaient rebelles et tout, ils fumaient, buvaient, mangeaient gras et ne portaient ni ceinture de sécurité en voiture ni casque à vélo ni prophylactique à l'occasion des relations humaines.

(* En 1979, première saison où nos Expos ont fait montre d'un semblant d'allure, j'avais acheté des billets pour un match en septembre contre les Pirates de Pittsburgh. Je les avais achetés deux mois d'avance, et le mieux que j'avais obtenu était des places au niveau 700, derrière la clôture du champ droit. 57 000 spectateurs ce soir-là.)

Quel gâchis, quand même.

***

jdion@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Pauline Joly
    Abonnée
    jeudi 19 octobre 2006 08h02
    On s'était ennuyé
    Vous en avez pris de longues vacances.
    Bon retour. J'ai regardé ce drame dans mon sous-sol. Il me semble qu'un certain Burris avait lancé deux parties qui auraient mérité de bien finir. Je ne me rappelle plus, mais je crois qu'il en avait perdu une, la dernière peut-être...

    Merci pour ce souvenir. Était-ce une autre année ou la même (la même probablement) qu'il avait fallu faire un bris d'égalité avec Saint-Louis (??) pour trouver qui allait représener la division Est. L'innefable Jim Fanning était le gérant.

    Rogatien, c'est un surnom ou quoi ?

    Bonne journée.

    Jean Mario Longpré, qui reçoit par Internet la nouvelle que son journaliste préféré a pondu quelque chose.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
1 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012